Rose des Vents au souffle des débutants courageux

C'est la main blanche qui te promet le bonheur. Du Nord au Sud. D'Ouest en Est. Elle attend de toi que tu la comprennes. Elle te promet le Diable, il y a une main du Diable. La Main blanche apprend à définir, d'Est en Ouest. Du Nord au Sud. Sur toute la terre, même si tous les pays ont des frontières. Et des douanes. Même les pays de l'écriture, pareil. Contrairement à ce qu'ils se disent, une fois que tu discutes avec des gens qui t'ouvrent des portes, tu te rends compte des frontières, innombrables. Qui assomment. Des douaniers, qui attendent à l'entrée (ou à la sortie). Des murs, des cloisons, et tu te rends compte des tiennes, tu en as abattu déjà tant. Tu es fatiguée, comme une enfant, vers sept heures du soir, huit heures. Les hommes brûlés, ils te forgent un caractère, du plomb sur la tête (et pas dans), tu paies des amendes. Des prunes, les beaux flics te font des sourires, quand même. Mais n'enlèvent pas l'amende. Quand j'étais prostituée, il en venait, des policiers, ils n'étaient pas les plus gentils. Il te font des sourires, etc. Même si tu l'as dans le coeur. Même si tu l'as très bien dans ton coeur. Ils s'en conrefichent, tout ce qui les intéresse, c'est de donner des leçons, pas d'en recevoir, surtout pas. Même si tu sens que tu pourrais l'emporter loin. Lui. Mais c'est la Main Blanche qui te promet le bonheur, elle te donne une partie de son malheur, quelque chose qui teste ton coeur, les éclairs ne partiront pas du ciel comme ça. Ce sont des booms supersoniques. Du Nord au Sud, d'Est en Ouest. On les entend, en se demandant : tiens, qu'est-ce que c'était ? Un avion, évidemment. Militaire évidemment. On apprend, sur la roche, à monter. On voit les gens se promener. Ils sont heureux d'avoir fabriqué. Des familles. Ils attendent quelque part. Tu sais que ta raison a vacillé depuis longtemps, que finalement, comme l'art sauvage des enfants, ou des fous, tu es quelqu'un qui a vacillé. Toute ta personnalité. Même si tu as, aujourd'hui, de l'amour, une stabilité. Toute ta personnalité a vacillé. Quand même. Ton crédit, ton débit, la Main est blanche. La Main du Diable n'est pas pareille. Celle de Dieu, encore différente. Celle de l'homme, c'est encore autre chose, et c'est peut-être pas la plus intéressante. Quoique. Ce bruit dans ta tête, tu as ton gilet sur ton dos, tu rêvais de l'avenir avec eux. Du Nord au Sud. D'Est en Ouest. Le vent t'emporte souvent, ce n'est pas de l'amour. Et tes façons de te caresser devant le miroir, après la douche. Sans pleurer, comme avant, quand tu le faisais une fois par jour. Pour mieux comprendre vivre. Et puis c'est devenu une fois par semaine. Une fois par mois. Ensuite. Ensuite le sourire est venu. Ensuite le calme est venu. Ensuite ton radeau de la méduse a tenu. Finalement bon. Ensuite, la joie. Mais qu'est-ce qui succède toujours à la joie ? L'hymen ? Non. L'hymne ? Pas plus. La foi ? Quelle soit forte et belle, indémodable, pacifique surtout, ou bien demandeuse de guerre, d'Ouest en Est. Mais non. Ce n'est pas de l'amour qu'il s'agit. Ce n'est pas d'amour dont parle la Main Blanche. Le Nazisme et le Fascisme sont deux choses bien distinctes, toi et Angeline vous êtes deux êtres bien distincts. Ce n'est pas la peur qui te paralyse, ni même le vent, pas plus que le gilet. En hauteur, il faut se couvrir, au sommet du monde. Tous les sommets du monde, et après on dit que ce monde n'est pas froid. Il est froid, bien plus que fou. Même les pays de l'écriture, finalement, il ne faut pas croire ceux qui y vivent, ils parlent d'eux, ils racontent leur vie. Toujours. Et de manière vulgaire la plupart du temps, pas parce qu'ils évoquent la longueur de leur sexe, ni même l'odeur de leur partenaire, juste parce qu'ils n'ont pas de lucidité, même loin, loin, de loin. Juste parce qu'ils croient pouvoir jouer aux magiciens. D'Est en Ouest. Il faudrait dégraisser tout ça, avec l'aide de la Main Blanche, de l'Amour et de la Chouette, oui parfaitement, de la Chouette, cet oiseau nocturne, au bec reconnaissable entre mille. La vue était imprenable. Les gens regardaient l'horizon avec les jumelles. Les gens étaient ensemble. Mon crédit, mon débit, tu sais que j'avais raison, de te prendre par la main. Ensemble, à deux, nous sommes déjà une famille. Une famille a toujours un commencement. Comment entrer dans une famille lorsqu'on est faite pour son contraire ? Comment écrire de mauvaises phrases quand on est faite pour leur contraire ? Il y a des risques, tu choisis. Il était parti dans le sud dans sa tête, en chantant : on dirait le Nord. Et c'était troublant pour lui, de confondre. Le Nord, le Sud. Toutes les caresses, toutes les choses n'ont de promesses que dans celles qui arrivent, sinon ça n'a pas de sens. Mais se termine tôt ou tard. Du Nord au Sud, d'Est en Ouest. Et même le contraire. Tout se termine tôt ou tard. Je peux le voir. Je lui prends la main mais je peux voir. Que tout se termine tôt ou tard, la glace que suce ce gamin, les lecteurs qui sucent des écrivains qu'ils aiment, la cigarette après l'amour... Tout. Même le facteur, un jour, il décide d'arrêter, de mettre le courrier, dans nos coeurs, dans nos boîtes, surtout dans l'Est. Et le Centre. La Main Blanche te dit : tiens, apprends, sinon, tu peux partir à l'Ouest. Tiens, tiens lui la main correctement. Il oriente et dirige son sexe vers moi. Alors seulement les ténèbres s'installent, tu vois. Tu sens sa texture, sa douceur, tu sens si ça fonctionne bien pour lui. La Main Blanche dit tout ça. La Main Blanche n'a pas peur de ça. La Main Blanche est là, bien au-delà. Mais il y a des gens à qui on ne peut pas donner de baisers, même impossibles. Il existe des gens dans son entourage, des petits malins, qui vivent au sommet des immeubles avec les hiboux et les chouettes, et la nuit ils sortent tous ensemble faire la fête, ensemble, ils ne connaissent pas les rampants en bas dans la rue, et ces gens-là, ces petits malins on ne peut pas les embrasser. Je te connais, oriente, dirige, pour que viennent les ténèbres. A ce moment-là. Seulement. Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, l'amour triomphera, dans les ténèbres, seulement ce jour-là. On s'approche, et on tourne le visage, comme si on faisait mine, mais on ne touche pas. Ils vous disent : en Afrique, j'ai mangé du singe. Et des serpents. Et vous êtes assise là, regardant autour de vous, avant de répondre : mon frère aussi. Le sang dans la Main Blanche était à la limite nécessaire, car, comme me demandait Dominique, c'est seulement un jeu. Un jeu de mort, quelque chose qui respire le feu, c'est étouffant, mieux vaut mourir intoxiqué par la fumée que brûlé par les flammes. Qu'est-ce qui se passe dans la tête des femmes ? J'aime bien savoir. J'aime bien voir, comprendre, imaginer. Sentir. C'est peut-être lié à mon passé, sans déconner. C'est peut-être lié à la marée, comme elle est haute ce soir, comme la lune est haute ce soir, dans le ciel, malgré cet hélicoptère avec des lumières vertes et rouges et qui volait en faisant de grands cercles au dessus de chez moi, je délire peut-être, non je ne délire pas, Denis l'a vu. J'aimerais ne pas savoir ce qui se passe dans la tête de certains hommes. Peut-être que nous aimer est un délire, un délire de plus au milieu de tant d'autres, sur cette Terre, si belle vue de l'extérieur. J'ai faim de toi. Tu es la Main Blanche, tu n'es pas la Main de Dieu, tu n'es pas la Main de l'Homme, c'est pareil, tu n'es pas la Main de la Foi, tu cherches avec moi, dans les ordures si on pourrait y trouver quelque chose à se mettre sous la dent, beaucoup d'enfants survivent comme ça, si une mère a jeté son foetus avec le placenta, peut-être qu'on pourra manger à notre faim ce soir. On le fera cuire. Rôtir. Je ne peux plus manger de la viande depuis début juin, je me demande pourquoi. J'ai comme un...Dans la tête, ce truc, inversé, ce truc dans la tête qui me dégoûte de la viande. Vraiment. Je me demande pourquoi. Du Nord au Sud, je ne sais pas, il a voyagé longtemps, il a vu beaucoup de gens, qui n'avaient pas vu, eux, qu'ils ne voyaient rien. Du Nord au Sud. Il avait sa façon de faire. Mais j'étais avec lui, je reste avec lui, je le caresse, il est à moi. Je le dis. C'est pour ça que...C'est pour ça que j'ai parlé avec Martin, c'était bon de ne pas le connaître, malgré son physique fort avantageux, Denis en négatif et en plus jeune. Et je n'ai pas pensé à la tentation, comme avant je me serais jetée sur lui pour l'allumer, le baiser, et lui briser le coeur avant de le dégager comme une grosse merde. J'ai juste discuté, de ma lassitude, de ce temps si lourd, orageux. Il me disait qu'avec sa petite amie, elle et lui avaient des problèmes, il se sentait pareil, sauf que moi c'était mon mariage. Le rapprochement nous a fait rire. Ses problèmes, mon mariage. Ils étaient dans une période difficile. L'Est. J'ai demandé : depuis combien de temps vous êtes ensemble ? Depuis trois ans. Depuis trois ans ! Oui. Martin était bien plus intéressant que sa grande soeur, Dominique. Comment ça se fait, cette différence d'âge entre eux ? Lui : je n'ai jamais connu ma soeur, elle avait quitté la maison quand je suis né. On est devenu proches depuis pas très longtemps en fait. La Main Blanche est parfois pleine de sang. Il faut le dire. Disons-le, voilà, disons-le, même si ça fait pas plaisir, moi je trouve ça plutôt normal. Classique. Comme chose. Comme choses. Mais Martin n'avait rien avec ce mouvement en moi, de la Main Blanche. Le pouvoir, son pouvoir, comme ils disent dans les sectes (toutes les religions incluses), l'énergie je dirais plutôt. L'électricité, pour résumer, même si ça fait de moi une idiote, je m'en fiche de l'avis des lecteurs, sans jouer les haineuses ni les prétentieuses. Martin, ses yeux noirs me faisaient penser aux yeux noisettes de Denis. Martin, ses épais sourcils à ceux plus dessinés de Denis, une sorte de négatif de Denis, comme sur les anciennes photos, on peut le faire avec un numérique, les négatifs. Il y a des photos négatives, il y a des êtres négatifs qui pourrissent la vie sur Terre, la plupart des gens vivraient d'amour et d'eau fraîche, si on les obligeait, certains jours je me dis que j'en serais bien capable si cela était en mon pouvoir. Du Nord au Sud, d'Ouest en Est. En passant par le centre. Et puis cette petite barbe était magnifique, j'avais envie d'embrasser ses joues, pour me réconforter. Mais il est parti. En me disant : j'ai bien aimé discuter avec toi. Comme des fois Lionel, il vous dit pareil, avec les filles, il dit : tu me manques. Mais je lui parle que de mes rêves. Que de mes cauchemars. Et rien d'autre. La Main Blanche passe sur mon coeur, pour lui trouver une raison de se soigner lui-même, lentement, lentement, lentement. On y va. Lentement mais assurément on y va. Même si on risque de ne pas passer entre les balles, de se prendre le virage de travers. Du Nord au Sud, il y a des voyages à faire, quitter l'occident pour l'orient ne pourrait me faire que du bien. Le temps d'une semaine par exemple, je ne sais pas, je vais demander à la rose des vents, ce qu'elle en pense sérieusement. J'ai embrassé les joues de Denis longtemps, la bouche aussi mais les joues. En pensant malgré moi à celles de Martin, je me demande si c'est tromper ça, si je dois culpabiliser pour ça. Pour avoir pensé aux joues d'un autre en embrassant celles de mon compagnon. Qu'est-ce que tu veux. Moi il me faut l'original et le négatif. Comme j'ai l'habitude de dire, il y a un an je me serais jetée sur lui. J'aurais trompé Denis pour lui dire, pour qu'il me fasse du mal. Entièrement sadique, entièrement masochiste, entièrement pas nette. Mais c'est terminé aujourd'hui (vraiment ?). La Main Blanche passe sur mon coeur, pour lui donner l'envie. De se soigner lui-même. Ce qui reste à cautériser, à cicatriser. Toutes les cicatrices parties, il ne me restera plus qu'à construire le coeur de quelqu'un que je pourrais aimer pour toujours, vraiment.

