Etre quelqu'un

Je me souviens de son regard. Quand je lui ai dit. La haine qui s'est montrée. Démontrée. J''étais prise en faute et je n'avais qu'à courber l'échine ou devenir la grande prêtresse du mal qui aime faire souffrir. Je n'étais pas comme ça. Et si je l'ai jamais été je ne le suis plus. Comment on pourrait expliquer ça en anglais : garbage ? Garbage. This is garbage. L'Artiste est en forme. Il a plusieurs conquêtes. Quelqu'un qui le tient de quelqu'un qui avait envie que je le sache me l'a dit. Ce quelqu'un donc, connu de cet autre quelqu'un, n'a pas voulu donner son identité, mais c'est quelqu'un que je connais. Je connais beaucoup de gens. Trop de gens. Je leur parle, je leur dis qu'ils sont beaux lorsqu'ils s'aiment. C'est tout, sinon je ne connais rien d'eux. De ce qu'ils peuvent ressentir lorsqu'ils jouissent. C'est leur droit d'ailleurs de jouir loin de moi. Loin de mes yeux. Curieux. Vicieux ? Ce quelqu'un voulait que je le sache. Absolument. L'Artiste va bien. Du style : beaucoup mieux depuis...Toi. C'est sous-entendu. C'est posé là et tu en fais ce que tu veux ensuite. Denis s'est acheté une paire de chaussures à cent cinquante euros, je n'ai rien dit, c'est son argent mais je lui ai fait comprendre. Que. Et encore, il trouvait que pour la marque, ce n'était pas très cher. Ce quelqu'un tenait à ce que je sache, parce que, ce quelqu'un savait. Que j'allais me marier. Ce quelqu'un sait. Lentement mais sûrement, il le sait. Ce quelqu'un aime les loups. Surtout sous la neige. Les collectionne. Leurs photos. Il y a des loups qui s'amusent sous la neige. S'aiment. Comme les hommes. S'aiment avec des coups de crocs dans la fourrure. Je t'aime. Je te mords. Ce n'était pas très cher, je voulais te mordre. Tranquillement. Car je t'aime. Ce quelqu'un ne mord pas les jeunes femmes comme moi. Mais voulait que je sache. Pour l'Artiste. Ce quelqu'un s'attarde parfois ici, me dit que c'est chiant. Je lui rétorque que je le sais mais que ça n'est pas dans ma responsabilité. De faire de l'art non-chiant, car c'est chiant exprès bien sûr. Je suis maline. Absolument, dit-il, il aime la neige et les loups dedans. Qui jouent ensemble. Il n'a peur de rien. Ni de parler pour rien dire. Alors que moi c'est l'inverse, je dis mais c'est pour ne parler de rien. Car ce quelqu'un sait. Pour mon heure qui va arriver. Je vais devenir, encore une fois, la femme de quelqu'un. Je devrais quitter Denis et son petit milieu d'ami, je devrais aller séduire Franck et me marier avec lui. Ou alors rester en couple avec lui. J'ai de l'argent de côté. J'ai passé quelques mois à en gagner, j'étais une bonne gagneuse. Et puis après, si écrivain ça marche pas, je me ferais caissière. C'est l'un de mes rêves. Bien pauvres, je l'avoue. Ce quelqu'un a une femme. Qu'il ne couvre pas d'attentions. Ce quelqu'un, je voulais l'ignorer. On ignore toujours la bâtardise, on est obligé. Parfois. D'en faire un sujet de billet. Même si vos seins pointent car la fenêtre est ouverte. Même si, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, pendant plusieurs jours, vous ne pensez qu'à baiser. Qu'au sexe de votre futur mari. Vous avez envie qu'il éjacule son foutre chaud sur votre ventre. Pour parler vrai. Vous aimeriez bien parler de l'effet que cela vous fait. Des sensations. Mais c'est impossible à décrire, vous échouez sans cesse. Et vous n'avez aucune capacité à tendre pour de belles phrases, ceux qui écrivent de belles phrases pourrissent la vie et mentent à la Terre, car elle seule, est belle. Et la vie de la littérature, parfois. Ce quelqu'un aime les grands livres non lus, posés sur des étagères pour faire style : moi j'ai lu ça, et puis ça, ça fait de moi un lecteur de ça, important, ce quelqu'un a essayé d'écrire aussi par le passé. Ce quelqu'un sait que je vais me marier. Que me marier, comme il le prédisait, même les préparatifs, ne m'empêchent pas d'écrire n'est-ce pas. Que les lecteurs se lassent vite. Mais c'est juste leur vie ratée qui les lasse. Il aimerait vous dire, ce quelqu'un : je t'aime mais tu m'énerves. Tu m'angoisses. C'est angoissant de te lire. Tu as l'air si...franche. L'air. Pas la musique, il ne faut pas déconner. Tu pues quand même la facilité. Toutes les belles choses de la Terre, dans ton coeur. Ton coeur est vaste. Quelqu'un m'a dit une fois, quelqu'un d'ici que je ne connais pas, quelqu'un qui n'a jamais posté un commentaire, une femme au style de phrasé, que j'avais un très beau coeur. Qu'il devait être trop grand pour être compris. J'ai failli pleurer tellement c'était beau, c'était pur, pour une fois que quelqu'un voyait quelque chose de bien et pas seulement quand j'étais quelque chose de mal. Il fait un beau travail depuis que tu es loin de lui, L'Artiste. Il est heureux. Il n'est plus amoureux de toi. Il le claironne à qui veut l'entendre. Il paraît que je vais quitter Denis aussi, du jour au lendemain. Peut-être, si je viens à décéder. C'est possible. Si je venais à quitter cette vie. A quitter cette forme. A quitter ce souffle. Peut-être. Si j'en venais à quitter vos vies. Vos souffles. Vos formes. Vos façons de bouger, de prendre un verre, pour boire, par exemple, vos façons de parler, qu'on voit si vous êtes naturels ou si vous êtes très intérieurs. Que vous prenez tout à coeur. Vos façons de bouger. Sans classe, ou avec. La fatigue. Vos fatigues. Pour broder. Si vous êtes quelqu'un. Quelqu'un de bien, j'en doute, mais quelqu'un, oui, ça je ne peux pas en douter. Je vous rassure. Les loups dans la neige jouent parce qu'ils s'aiment et ils le savent. D'une autre manière que nous. Nous regardons les arbres. Nous regardons la neige. Que nous prenons dans nos mains. Nous lançons des boules de neige aux arbres. Les arbres sont impassibles. Et calmes. Ils ne font pas attention à ce que vous faites. Surtout si vous n'êtes pas quelqu'un de bien. Les loups ont peur des hommes, normalement. Sauf s'ils ont faim. Vous aimez votre femme. Mais elle n'est pas aussi belle que moi. Sa carcasse a du vécu. Normalement, vous devriez la chérir, vous l'avez épousée. Mais ce quelqu'un m'a dit que vous lui aviez dit que l'Artiste était heureux aujourd'hui. Sans moi. Cela devrait me faire du mal, pourquoi pas. Il est bien, avec ses jeunettes, autour, parce qu'il ne peut pas peindre s'il ne fait pas l'amour. Et il conserve, en souvenirs. Nos ébats. Vous êtes quelqu'un mais vous vous prenez pour un roi. J'ignore, comment faire pour approcher les loups. Parfois je sens que je devrais m'appuyer contre les arbres. M'asseoir dans la neige boueuse. Et attendre qu'une calèche passe, ou une Ferrari. Peut-être quelque chose, ou alors un passant. Un homme avec une canne. Pour aller dans la neige. Un barbu. J'aime les barbus, même si c'est moche la barbe, comme la moustache. Les barbus ont des éjaculations bien plus nourries, épaisses, c'est meilleur. Comme les moustachus, ce n'est un secret pour personne. J'attendrais bien là, pour vous. Pour vous. Qui êtes quelqu'un. Quelqu'un mais pas quelqu'un de bien. J'en doute. Permettez-moi d'en douter. Votre femme vous faisait l'amour correctement. Vous étiez jeunes. A l'époque. Vous avez perdu à jamais cette chose. Certains pensent que non, que ce n'est pas à jamais. Mais je ne parle pas pour eux, moi. A jamais dans le texte. Vous êtiez quelqu'un d'important dans votre jeunesse. Vous écriviez des phrases. Mises bout à bout, ça faisait des textes. Des livres. Vous donniez la main à beaucoup de femmes. Mais une seule a eu droit. A l'anneau autour du doigt. C'est vrai, je n'ai pas d'amis. J'ai Denis. C'est vrai, vous êtes quelqu'un, mais lui c'est quelqu'un de bien, voilà toute la différence. Sa carcasse n'a pas encore fini de bien vivre. Vous savez. Vous aimiez faire l'amour sur la plage. Et l'écrire ensuite. L'émotion du sable, du ciel, de la mer, et vos deux corps nus, vous l'avez écrit et vous l'avez fait sans mièvrerie. Celle qu'on pose lorsqu'on ne sait pas voir et entendre avec tout le corps, pas seulement avec les yeux. Mais mon coeur ne peut pas être touché, vous savez. Vous êtes quelqu'un, mais moi je suis quelqu'un d'autre. Vous vouliez que je sache. Mais je ne sais rien, de vous, je n'entends rien, mon corps n'y comprend rien. Ce n'est pas de sa faute. Ni de votre faute. Vous faisiez des clichés sur la plage, et vous donniez l'anneau à une autre, c'était le bon temps, cette jeunesse, ces caresses. Vous saviez que j'étais allée chez l'Artiste pour coucher avec lui. L'Artiste me disait : je parle de toi à ce quelqu'un. Il aime entendre parler de toi. Je crois qu'il t'admire. En tant que personne. Il n'aime pas ton blog. Il n'aime pas sa limite. Sa fonction aussi. Moi : parce qu'il est dans la société. L'Artiste souriait mais dans le fond, je l'emmerdais profondément. Il venait essuyer son résultat sur mes fesses. Dehors...Le temps...Etait humide, il n'y avait pas encore de neige, la neige n'est pas venue. Les loups sont retournés dans le bois. Ils n'aiment pas les hommes, en fait, ils ont peur. Lorsqu'ils n'ont pas faim. Il faudrait qu'ils soient affamés pour attaquer un homme. C'est ce que j'ai entendu dire. Je ne suis pas spécialiste des loups. Quelqu'un d'autre pourrait l'être. L'émotion qui était tellement forte, vous aimiez aller sur la plage, baiser avec les plus belles filles assez idiotes pour s'endormir devant vos lèvres. Et rentrer, retrouver celle qui est devenue une sinistre carcasse. Je l'ai rencontrée une fois. Vous vous en souvenez peut-être. Vous faisiez ce sourire idiot. Social, je veux dire. Le Monsieur qui reçoit des invités. C'était comme une barre, un fil dessiné, qui tirait sur le bas de votre visage, de votre face rouge. Vous avez bu du vin si je me souviens bien, du vin blanc, et probablement que ça vous a tapé vite à la tête. Du coup, vous avez probablement ressenti le besoin de prendre quelques cachets pour vous faire passer comme mourrant. Il y avait un loup, hurlant à la pleine lune dessiné sur l'étiquette de la bouteille. Les conquêtes de l'Artiste étaient supposées faire remettre en question une partie sombre de mon coeur, la partie la plus sombre, celle qui s'amuse du mal qui circule dans mes veines et entre les gens sur cette planète. Je sais quel monstre habite en moi, c'est quelqu'un lui aussi, quelqu'un de dangereux. Je le sais très bien. D'ailleurs, vous auriez tout intérêt à ne pas trop l'énerver. C'est un conseil que je vais donner à quelqu'un. Qui vous le transmettra. Ainsi de suite. Le téléphone arabe. Votre femme vous regarde comme si vous étiez quelqu'un de monstrueux. Elle le faisait ce soir-là. Ou alors elle était tout simplement prise par la fatigue et l'ennui et mourrait d'envie d'aller se coucher. Sans quelqu'un à ses côtés. Sans vous peut-être. Vous êtes un ami de Denis, peut-être, d'ailleurs vous être précis sur ce sujet, vous lui dites, en lui serrant la main. Je sais, grâce à vous, que l'Artiste a des conquêtes, plusieurs, je le savais bien avant vos petits tours de magie, puisque l'Artiste lui-même était venu dans ma boîte e-mail pour me le dire, pensant créer quelque chose, un effet, une réaction, un retour aux sources. L'Artiste mourrait d'envie, lui, de prendre encore cette serviette rose, ou ce morceau de papier absorbant, pour essuyer mon postérieur avec. Il aimait décharger sur mon cul. C'était parfois brûlant, pour moi. Il n'en pouvait plus, à une époque, il faisait peut-être trop de façons, mais il me le disait tout de même. Je rends les hommes amoureux, haineux, morts ou tristes. Et parfois, tout ça en même temps. Devinez ce que ce quelqu'un a choisi entre ces sublimes propositions. Vous auriez pu faire le choix de l'indifférence, comme tant d'autres, cela m'aurait arrangé : vos yeux sont aveugles et votre corps entier ne voit rien du tout. C'est un choix, à ce niveau, que vous avez fait. Vos mains sont craquelées, je me souviens que je n'ai pas aimé l'odeur de votre joue. Le bisou non plus. Il y a des gens qui vous dégoûtent, la chair. La chair de ces gens. C'est malgré vous. Je fais le même effet, surtout avec la chair de mon écriture. Sinon la chair de mon corps, au contraire, elle est mangeable. Les loups ne mangeraient que ça. Qu'une chair comme la mienne. J'aimerais ne pas tomber dans une mer infestée de requins. En plein hiver. Mais vous savez, je me souviens très bien que j'étais malheureuse, je vais jouer le jeu, votre jeu, votre façon. D'être ce quelqu'un. Que vous êtes, que vous avez toujours été. Finalement, on ne change pas avec le temps, on se révèle. C'est cela. J'ai été faite pour le bonheur mais les choses et les saisons ont tourné la donne autrement. Ne vous en déplaise. Beaucoup de gens qui ont lu et bien lu cette phrase se sentiront concernés, en se disant : tiens, là, elle dit un truc que je ressens aussi pour moi. Elle parle de moi, là. Et ça serait bien qu'ils lisent bien. Correctement. Pas pour être dans l'extase, je peux toucher leur corps s'ils veulent, l'extase n'est pas dans les mots, elle est dans le corps, dans la terre, dans le ciel et surtout dans l'eau. En plein hiver. C'est comme ça que je suis quelqu'un aujourd'hui. Vous le comprenez ? Vous êtes quelqu'un, mais pas quelqu'un de bien, j'en suis désolée, mais pas tant que ça. Vous savez. J'ai des bras pour enlacer cet homme. Cet homme qui est quelqu'un. C'est un sacré mec, quand même. Il faut l'avouer. Vous aimez lui serrer la main. Vous qui n'êtes rien, juste quelqu'un. Les loups se sont enfuis dans les bois, ils vous attendent. Ils ont faim. Ils aiment ma chair mais m'ont dit de m'en aller. J'ai eu beaucoup de chance de faire le bon choix. J'ai beaucoup de mensonges à porter avec mes petites vérités, vous savez. Vous qui êtes quelqu'un, vous comprenez cela. Alors dites-le juste une fois, à mon coeur, et je prendrai le vôtre contre moi, encore une fois, dans mes bras, sa chaleur m'est nécessaire, j'ai beau m'en plaindre. La chaleur de cet homme, qui est quelqu'un. Vous êtes quelqu'un, la fuite est parfois un bon destin. Alors je voudrais vous dire combien tout ceci m'est égal. Combien, ces tours de magie ne possèdent rien de magique. A mes yeux. Combien tous ces efforts, pour être quelqu'un de rien, sont inutiles et vains. Combien je vous comprends, en même temps. Je vous comprends. Votre femme n'est plus qu'une sinistre carcasse. Les loups, vous les aimez, mais c'est bientôt l'été, et vous les aimez dans la neige. Ils sont plus beaux. Combien je vous comprends, vous n'allez pas le voir, vos yeux ne fonctionnent plus depuis longtemps. A croire qu'ils n'ont jamais vraiment servi. Je vous comprends, je vous entends, je vous ressens. Je suis désolée, c'est toujours la galère, c'est toujours comme ça. Je ne veux pas détruire avec vous, même si c'est ce que je suis en train de faire, mais ça n'a pas la même incidence qu'auparavant. C'est terrible, n'est-ce pas. Je sais. Oui. J'ai vu. Je vois. J'ai entendu. J'ai bien senti. L'odeur des loups, le vent venait de tourner. J'attendais une calèche. L'Artiste peut coucher avec la terre entière. Je fais un sourire à cet homme qui a voulu de moi, moi un monstre aux mains ensanglantées. Moi un monstre, quelqu'un de bien quand même, mais un monstre. Un monstre horrible, je peux vous le dire. Je vous entends. Je vous ressens. Mon coeur vibre de votre façon de le toucher, je me laisse toucher, par bonté d'âme. Si vous saviez ce que c'est. Que d'être jeune. Se sentir constamment sale, et trop vieille pour les gens de votre âge. C'est une grande source d'inquiétude. Vous connaissez ce mot. J'ai senti le vent tourner pour vous. La neige va recommencer à tomber. L'odeur des loups, vous allez la sentir aussi venir à vous. Vous, qui êtes quelqu'un.
