Les Choses Vécues qui arrivent parfois

Fais de ta vie un rêve, et d'un rêve, une réalité.
Antoine de Saint-Exupéry
La chose tremble dans ses os, dans sa chair. Elle n'est même pas d'accord, lorsqu'elle voit la montagne et qu'on lui dit : tu vois, c'est derrière ça qu'on t'emmène.
Elle n'est même pas d'accord.
Une lune de miel à Venise. Des sucreries à Madrid et de grandes espérances à Lisbonne.
La chose tremble à chaque fois qu'elle regarde son réveil.
Elle tremble dans cette vallée. Le soleil vient de se lever. Il y a des rivières. Elle a fait un rêve, un volcan jaillissait près de chez elle. Elle saignait du nez en se réveillant, l'oreiller était plein de sang.
Elle a fait un cauchemar. Un volcan disparaissait. Et tout revenait à la normale. Elle prenait le bus. Un bus jaune. Elle voyait Marjorie dedans qui parlait avec sa mère. Elle se dit : je ne savais pas qu'elles se connaissaient. Et maintenant je le sais. Elle se met devant, elle ne va pas vers elles. Elle ne veut pas se mélanger. Elle est malade. Ensuite elle sort. Elle se retrouve devant la maison de son oncle et ça lui fout une angoisse terrible.
Elle voit la grange. Il sort. Il est torse nu. Il tient une fourche. Il regarde dans sa direction. Il est torse nu et il a transpiré. Il a des muscles assez bien dessinés. Loin d'un corps bodybuildé. Naturel, le muscle est naturel. Des fruits sont posés sur la table. Malheureusement, elle voit des oranges rouler sur le carrelage. Elle est terriblement angoissée. Elle se dit des trucs du genre : "je reviendrai toujours là, je vais finir là, là où tout est arrivé". Tout commence un jour quelque part.
Elle fait l'amour, tout d'un coup. Elle parlait à des gens à l'étage. Ce n'est pas tout à fait la maison dans laquelle elle faisait l'amour avec Lui. Mais presque. Mais là, elle fait l'amour avec Denis. Gisèle, une femme avec qui elle avait couché trois ou quatre fois est assise sur le lit. Elle regarde, et s'approche. Elle lui dit : ça va aller, laisse-le finir. Elle lui demande : mais ça va, je vais bien, pourquoi tu me dis quelque chose comme ça ? Denis ne fait pas attention à Gisèle. Il me baise. Gisèle se rend compte de son erreur. Mais laquelle ?
Il se lève. Il lève les stores. Le soleil n'en finit plus de se lever. Sans cesse. Tout le temps. Elle lui dit qu'elle a voyagé longtemps pour le retrouver. Elle lui dit : j'ai pris le bus. En bas, on entend une musique. Elle a peur de descendre, la Chose. Elle a peur de se tromper. Elle a peur de faire du mal, à elle-même en premier, elle se trouve égoïste. Il est nu. Et ouvre la porte-fenêtre. Il veut aller au balcon. Elle pense : tu ne devrais pas faire ça. En bas, une musique, elle connaît...Dessine-moi un mouton, le ciel est vide sans imagination. C'est Mylène Farmer mais elle a peur. Elle ne se dit pas : qu'est-ce que ça fout là ? Elle sort, elle veut prendre une douche mais elle se retrouve dans des bains-douches où des hommes et des femmes lascifs semblent la regarder avec beaucoup de volupté. On dirait qu'ils la veulent. Elle veut juste prendre une douche. Et où est Denis ? Il était au balcon l'instant d'avant. Des poulets, comme dans la ferme de son oncle, passent. Dans une cabine un homme est en train de faire rôtir quelque chose qui ressemble à des lapins. Mais ça pourrait tout aussi bien être autre chose. Des bébés. Elle se barre.
Elle trouve une sortie et sait qu'un voleur rôde quelque part. Il en veut à Frédéric. Mais Frédéric pleure : sa copine n'est plus avec lui. Il explique : elle sait. Et je crois que Denis aussi sait. Je lui demande : quoi ? Pour la chose. Entre nous deux. Qu'est-ce qu'il raconte ? Je ne comprends pas très bien mais il a l'air perturbé. Je lui dis : je n'ai pas le temps, je suis désolée. Il faut que je retourne à la maison de mon oncle. Mais j'ai perdu le chemin. Je ne sais plus par où il faut passer.
Mon coeur semble exploser dans ma poitrine.
J'arrive finalement dans un couloir...d'hôpital. C'est celui que j'allais voir. J'avais un client plus classique, un banal infirmier. Pas un business man. Il est là. Il m'attend. Il avait une queue de cheval, un nez crochu mais il était baraqué. Mais il avait une sale gueule. De franchouillard, j'aimais pas. Il est pareil. Il fait grand jour, dehors c'est très lumineux, peut-être trop je me dis. Par les fenêtres. Il me parle de ce que je lui demande. Il me dit : c'est ce que tu voulais ? Pourquoi tu me redemandes la même chose encore ? Je lui dis : je ne suis pas venue pour ça, je suis venue retrouver Denis. Il ne connaît pas Denis. Pas étonnant. Il me semble apercevoir Marjorie qui aide ma mère mourante à l'autre bout du couloir. Mais je n'ai pas le temps pour ça. Alors je m'en vais.
Et je vois le soleil se lever au-dessus de la montagne. C'est comme un dessin animé en images de synthèse. Et il y a les étoiles, soudain, je vois la lune, en gros plan. Je ne suis plus moi, je ne cherche plus Denis. Je ne suis qu'un écran qui filme la lune. Lentement. Et je la vois en détails. Et c'est beau. C'est réaliste, ça me semble réaliste. Et je vois sur le côté de la lune une lumière. Qui dessine son cercle. Et cette lumière éclaire la caméra que je suis devenue. J'ouvre les yeux.
Je me dis : le téléphone. Et pan, ça ne manque pas, il sonne. Sans m'en rendre compte, encore prise par le sommeil, je me dis : je le savais. Qu'il allait sonner. C'est Frédéric. Lui et sa copine écoutent Mylène Farmer, Dessine-moi un mouton, le ciel est vide sans imagination. J'entends derrière pendant qu'il me dit bonjour, ça va, je te réveille pas ?
Il est à moi le monde, ça doit être ça. Immonde. Mon ciel est vide, sans imagination, mais pas quand je dors, je m'épuise pour rien et je finis sur la lune.
Tu veux que je te montre l'avenir de l'homme ?

