Pour l'artiste qui oblige

Quel âge tu avais la première fois que tu as vu un homme se transformer en démon ?
Angeline posant la question à L'Artiste - 20 septembre 2006 vers neuf-dix heures du matin.
L'ARTISTE n'a pas les chairs molles. Ce qui souvent me rassure : j'aurais pu tomber sur un ARTISTE ayant les chairs molles, ça arrive tout le temps. Ses bras comme son ventre comme ses cuisses sont fermes. Il porte un vieux t-shirt, toujours le même, qu'il n'a jamais lavé et qui sent comme mille soldats morts pour peindre ses toiles. Cela lui donne un pouvoir dans sa représentation mentale de son oeuvre. Les peintres m'ont toujours attirée. L'ARTISTE se demande souvent ce que je lui trouve : une fois il m'a dit dans une froideur toute naturelle que j'étais "une trop bien baisée". Il sous-entendait les enculades que je faisais avec mon oncle, ces enculades n'ont pas toutes été des tortures (c'est la vérité), certaines passaient comme lettres à la poste. Pour lui répondre j'ai éclaté de rire et je me suis moquée de lui : c'est ça ton pauvre système de pensée ? Les taquineries ? (J'allais écrire le taquinage). Bah, tu es tellement comme n'importe qui dehors. L'ARTISTE ne veut pas être n'importe qui. L'ARTISTE pourrait se damner pour qu'on le voit extraordinaire. Il écarte mes fesses et frappe mon anus avec sa queue. Il pose une question du style bourrine : tu aimes ? Une fois nous avons fait exprès de baiser comme des ouvriers. Comprendre qu'ils ne baisent pas comme des gens de la caste de Denis. L'ARTISTE n'aime pas beaucoup les nouveaux riches. L'ARTISTE n'aime pas beaucoup qu'on ait le dessus sur ses fesses. L'ARTISTE a de jolies fesses bien rebondies mais hélas la peau commence à se friper, le poids des saisons, des années. Il porte sur ses fesses le poids de divorces qui l'ont mis à terre, les femmes il dit lui-même qu'elles sont "incompréhensibles". Il n'est donc pas en mesure de comprendre les pédés. Il était très énervé une fois : mais alors les pédés aiment tous se faire enculer. La chose l'intriguait. Je me disais : normal de se montrer curieux envers ce genre de saleté (aux yeux de Dieu et de la société, l'un comme l'autre des modèles de droiture et de perfection). Je lui expliquais qu'il ne fallait pas voir le monde comme ça uniquement. Il ne comprenait absolument pas. Il me regardait avec des yeux ronds. J'allais prendre ma douche, sauf les cheveux, il ne fallait pas que je rentre les cheveux mouillés. Alors que dehors il ne pleuvait pas une seule goutte. L'ARTISTE pose des centaines de questions sur Denis, ne comprend pas comment il ne me met pas dehors à la rue, un bon coup de pied au cul. Je lui ai dit : je lui ai promis de lui faire un enfant. Son premier fils ne semble pas lui suffire. Une phrase atroce. La photo de la mère de L'ARTISTE qui est morte d'une rupture d'anévrisme il y a sept ans est posée sur la commode. Mon cul un jour s'est trouvé à côté et il s'est empressé tout en poursuivant son baiser dévorant de la baisser pour ne pas la voir. Mon cul sur la commode un jour s'est trouvé avec la photo de sa mère décédée. Des situations cocasses, exotiques. Complètement. J'édulcore. La petite fille des voisins de mon enfance qui était surdouée disait souvent: j'édulcolore, elle casait souvent ce mot, je ne le connaissais pas à l'époque. L'ARTISTE aime se faire sucer debout, assis, couché, comme la plupart des hommes qui connaissent ces vilains jeux de sucette. L'ARTISTE possède plusieurs icônes du Christ dans sa maison que je regarde tout en le suçant lui. C'est d'un commun, cela m'afflige. 99% des hommes que j'ai sucé avait des icônes du Christ, autour du cou ou sur les murs de leurs maisons, cela m'afflige de tomber si bas, de me fourvoyer avec des ordinaires. Des Bleus quoi. L'ARTISTE ne veut pas apparaître, ni en photo, ni en chanson, ni à Paris, ni avec moi. L'ARTISTE aime bien mes chairs qui ne sont pas encore flasques, ni même mes mots m'a-t-il-dit une fois alors que Sophie m'avait téléphoné pour me dire que ce que je venais d'écrire ici depuis mon retour la foutait mal à l'aise, limite gerbant. J'ai failli lui raccrocher au nez en baillant. Comment j'avais pu voir quelqu'un comme elle comme une amie ? C'était coquin à l'époque, exotique. Cocasse. Nos petites histoires amusantes de pétasses. L'ARTISTE avant se coupait dans sa salle de bains, sur le torse. Il n'a jamais voulu me dire pourquoi il le faisait mais L'ARTISTE aime se faire sodomiser avec un énorme godemiché. J'ai souvent refusé de lui faire. Les tombes ne peuvent pas toujours être une excuse si vous ne voulez pas faire quelque chose, en même temps j'aurais pu me sacrifier mais non. L'ARTISTE a un grain dans l'anus, il m'a demandé. L'ARTISTE, ses peintures sont ses bébés, ses bébés sont ses muses, comme les enfants de l'autre bonne femme, il y a fort longtemps je parlais d'elle ici. De pleins de gens qui se reconnaissent, c'est pratique ensuite. Finalement c'est bien de se reconnaître soi-même, au bout du compte, au bout d'un compte, au bout d'une couleur, tout au bout d'un arc-en-ciel que de noir et de nuances de gris. Sans blanc. L'ARTISTE me dit au revoir et passe tout de suite en mode automatique, sa vie se résume à ça, des petits sketches, des femmes qu'il baise, je ne veux pas baiser sans capotes, je pense arrêter un jour, le sida c'est beaucoup trop désirable et érotique finalement, comme le blanc. Qui manque. Mais j'édulcore. L'ARTISTE se figure avoir du pouvoir sur celle qu'il fourre. Mais au final je finis par prendre une douche ou alors je lui demande un gant de toilette, il m'en donne des neufs alors que lui se sert de vieux troués, qui partent en lambeaux et qui sont même recouverts de peinture. L'ARTISTE aime beaucoup la musique, Barbara, Nina Simone, ces mortes-là. L'ARTISTE a des amis dans Paris, des amis qui adorent ce qu'il fait. Alors là ils aiment beaucoup son talent. Quel talent. Ils courent après le talent comme les sportifs après la ligne d'arrivée, ensuite ils se reposent le cerveau. A nouveau ils se sont aplatis, ils peuvent redevenir des Dieux. Alors que lui je sors de chez lui en pensant à Denis et à lui que je quitte, je me demande si je ne suis pas plus artiste qu'eux deux réunis. Finalement, pour en revenir à la fin que les Témoins attendent tellement. Ses amis de Paris sont d'une vérité incroyable. Ils habitent leurs corps comme moi je ne pourrai jamais vraiment habiter ma parole. Satan l'habite forcément, on dirait d'elle. J'avais mis White Rabbit des Jefferson Airplanes que j'aime beaucoup. Les amis aimaient aussi. Oh là oui. Ils aiment beaucoup le talent de l'ARTISTE, ses amis. Ils sont admiratifs, d'ailleurs ils le disent : beaucoup de passion, de force dans tes oeuvres, beaucoup de toi finalement (sic). Finalement on se croirait devant un monument. Un talent qui est fait pour qu'on l'envie, forcément, mais on lui dit tout le temps : un grand talent. Jamais tu ne perds ton inspiration. Ils voudraient aller vers l'écriture, j'avais dit une fois à je ne sais plus qui de Bourgogne que j'écrivais dans mon coin, dans ma vie, ma vie, et tout de suite ce je ne sais plus qui se sentait obligé de me faire croire qu'il était un minimum intéressé par les livres : il est allé dans sa bibliothèque pour aller sortir un livre qui l'avait marqué. Je n'avais rien dit mais j'étais plutôt consternée. L'ARTISTE une fois a voulu qu'on baise alors que ses amis (quelle émotion, quelle force dans celui-ci que tu as fait) étaient là. Dans la cuisine, ils étaient dans le salon, Denis travaillait toute la nuit il rentrait le lendemain. Il ne comprenait rien finalement, juste que son univers était très fort d'après ses amis. Il aimait les cigares, une fois il a voulu me le mettre et j'ai dit : non. Comme Clinton, en hommage. J'ai redis non. On est ensemble depuis combien de fois ? Neuf, dix fois ? Il avait demandé. J'avais répondu en remettant mon soutien sans ma petite culotte en dentelle : on ne sera jamais ensemble même après un million de fois. Il avait éclaté de rire. J'étais allée me laver au lavabo avec ses gants de toilette neufs. Magnifiques absolument. Un amour éperdument. Quelque part c'était ça, ces très courts moments. L'ARTISTE quel talent. J'avais mon soutien et nue en dessous et je frottais avec le gant de toilette, car après ça coule le gel utilisé pour la sodomie. Tu aimes ? Quel talent. Alors là tu as un talent que personne ne discute (si moi mais je n'ouvrais pas la bouche). J'imaginais Denis en conduisant, en rentrant. En train de me tromper lui aussi avec une petite secrétaire, une de ces pétasses qui sous la table d'administration pendant une réunion passe, et fait un petit tour des horizons et des bites présentes. Aines c'est une sorte de haine meurtrière qui débouche sur un meurtre. Le meurtre n'est pas à prendre à la légère, vous prenez les choses trop à la légères (je rigole là). L'ARTISTE c'est vrai a un niveau en peinture certain. L'ARTISTE fait des prières. Avec un autre ARTISTE, il a parfois filmé des couples qui faisaient l'amour dans de la peinture sur une toile géante. L'autre ARTISTE était plus jeune et je crois qu'il allait prier, il m'avait raconté : une équipe de Strip-tease était venu le voir. Cela faisait longtemps que je n'avais plus regardé cette émission qui passait tardivement et qui la plupart du temps, finalement, débouchait sur le même résultat que Julien Courbet. Je parle du peintre pas de l'autre. J'imaginais Denis assis dans son fauteuil, en train de se faire sucer. Je rentrais. Parfois je pleurais même si je ne pleure plus à l'intérieur, c'est terminé de se lamenter, les lamentations existent déjà dans la bible pas la peine de rajouter un chapitre, pas la peine de mourir. Car je pleurais mon amour, au final ça revenait à dire ça. Le vrai inceste aurait été de le porter au tribunal pour qu'il paie. L'ARTISTE voulait que je lui raconte, il a lu mon blog et il m'a demandée : c'est vrai cette histoire avec ton oncle ? Je lui ai répondu : tu demandrais à Ballard si c'était vrai les gens dans Crash qui jouissaient devant des accidents de la route ? Alors c'est faux ? Là je lui ai dit : tu penses vraiment que les écrivains mentent ou qu'ils disent la vérité ? Il se branlait, sa bite débandait. Il adorait être sucé alors qu'elle était encore molle ou qu'il venait d'éjaculer, la laisser reposer. Son cerveau se retournait, je sortais, il se mettait en mode automatique pour continuer sa vraie vie : la solitude. Moi je rentrais chez moi j'imaginais Denis assis en train de se faire sucer. Un univers de baise et de massacres de populations noires de préférence, des feux au Portugal qu'on regardait la nuit, la chaleur épouvantable, je ne peux pas m'aider moi-même, mon Dieu tu n'es pas un Homme, ça voudrait dire que tu n'es rien, que L'ARTISTE n'est rien. Une fois je suis passée devant les couteaux de boucher qu'il rangeait dans sa cuisine et j'ai ressenti une pulsion glacée de haine, une voix me poussait à en prendre un et à lui planter dans la gorge. J'imaginais tout son sang me gicler à la figure, et moi appréciant cette image qui était venue de je ne sais quel démon dans ma tête. L'ARTISTE n'aimait pas beaucoup mon côté sombre, ni même mon côté "cachotier". Il me trouvait cachotière, je lui disais : regarde, c'est une bague, je suis fiancée. Regarde. Ensuite j'allais me laver au lavabo, ou alors une douche, je prenais une douche, l'anus le gel ça coule après, et puis j'aime pas. Il commandait son gel dans des revues pornos gays. Il avait des revues étranges aussi où on voyait, pour l'art qui oblige, des femmes lécher les queues de gros porcs, ou des hommes baiser ventre à ventre de vraies chiennes (pas des femmes, là). Il s'en servait pour faire ses peintures, je lui avais demandé en souriant de mes belles dents brillantes grâce à ce dentifrice venu de Mars s'il avait des photos pédophiles sur lesquelles il s'excitait et récemment c'était, il m'avait répondu : là tu exagères, tu exagères souvent mais là tu dépasses tout ce que tu fais d'habitude. J'avais fait la moue. Je lui avais dit : pauvre petit chou. A la crème. Des Christs sur les murs, L'ARTISTE se faisait sucer son talent et ne s'en rendait pas compte que le mode automatique, la fille électrique, c'était juste pour mieux retomber une fois que ça ça s'arrêtait forcément, les hommes peuvent avoir également quelques belles dents. A condition que les lapins ne les ramassent pas.
J'imaginais Denis, je conduisais. C'est vrai que c'est un enfer terrible que de conduire à Paris, l'enfer doit être moins pénible que ça. Je m'arrêtais à un parc très fréquenté à Paris, dans un endroit de Paris très réputé. Je regardais les passants, un peu perdue, avec la forte envie de revenir en arrière, comme avec un DVD, en appuyant sur une hypothétique télécommande, revenir en arrière jusqu'en août dernier. Le plus bizarre des mois de l'année. L'époque où je suis née et où la terre devient cendres. Avec cette chaleur qui augmente sans arrêt, un jour ça va vraiment le faire, des cendres. Partout. Partout. Je regardais les passants, je me disais : peut-être que celui-là il est tombé ici, à l'époque où ça se comptait presque par milliers les visites par jours. Je souriais. Je pensais à mon père. Je pensais à Denis qui éjaculait et qui se sentait bien après. Après tout. Je le trompais bien moi. Non ? Je l'imaginais téléphoner à son ex-femme, Carole, lui dire de gros bisous à la fin de la conversation, et elle me téléphoner, comment ça va tu vas bien ? Et faire en quelque sorte : quel talent tu as. Angeline. Ce talent. Beaucoup de gens fonctionnent au talent, juste le talent, ils ont des yeux pour voir mais ils s 'arrêtent au talent, quel talent tu as Angeline de passer derrière moi avec un homme que j'ai aimé avant toi, un homme qui m'a fait un enfant, alors que toi, l'enfant qu'il t'a fait il est mort dans l'oeuf déjà. Ton talent à toi c'est d'étouffer dans l'oeuf la vie, tout ce que tu touches, tous ceux que tu touches finissent par devenir des morts ambulants, des zombies, le vaudou, mon ex-mari méritait bien mieux, comme AMANT. Mais j'aime bien Carole, avec elle, tout est tellement simple. On se parle simplement, elle me raconte, son nouveau mari, des fois il est infernal. Des fois. Elle aime quand je parle de sexe ici, elle m'a dit : ça donne largement une autre vision que toutes ces bonnes femmes vulgaires qui ressemblent à des pneus crevés comme Catherine Millet. Je lui avais répondu : c'est encore la moins pire étant donné qu'elle est lucide, elle raconte elle, elle le dit. Mais c'est vrai qu'elle est pas très bonne même pour une lesbienne. J'imaginais Denis qui avait aimé son livre, qu'il trouvait ni excitant ni dégoûtant. Juste amer et triste. Il pensait à moi, il me téléphonait. Il savait. Il sentait. A l'odeur de mon sexe, ce sexe qui un jour fera sortir, peut-être la tête de son enfant. Ou alors ses jambes, si c'est un siège. Si l'enfant que j'aurais de lui en moi aura d'abord les fesses qui passent, ça ne m'étonnerait pas, le sexe de mon oncle est entré en moi, normal que mon premier enfant sorte par les fesses, pour faire une queue de poisson en quelque sorte. Sophie m'a dit aussi : j'aime de plus en plus Ségolène Royale. Je lui ai demandée : ah bon mais c'est qui, une princesse ?
L'ARTISTE ne baise certainement pas comme la Royale (attention, elle porte plainte, même contre des écrivains-bloggeurs, ça ferait une première). L'ARTISTE est du genre à voter Nicolas Sarkozy (qui doit baiser ses femmes comme un lapin duracel, les petits sont teigneux, regarde les York de Belmondo). L'ARTISTE n'a pas parlé politique avec moi, sauf au détour d'une phrase. Je constatais à quel point mon sexe dégonflait lui aussi, les grosses lèvres, le clito, tout. Il était debout, queue épaisse, nu, il allumait un cigare. Dans ses yeux ce rien de tendresse qu'il n'ose pas me dire, c'est son cerveau qui n'a pas de chance, l'excuse que j'ai, mon oncle, à sortir à chaque fois, tout le monde ne l'a pas. Je me disais : quel homme ordinaire dans ses petites taquineries, ses petites façons, ses petites pensées, ses petites méthodes, sa toute toute toute petite vie. Je me lavais avec les gants de toilette neuf qu'il sortait pour moi. Il me trouvait belle. Il m'a dit hier mercredi : tu es divine. J'ai pensé à la copine de John Waters immédiatement, John Travolta l'interprète au cinéma dans un film qui est en train de se tourner.
Denis est rentré, il dort. Je lui ai dit presque en pleurs : aide-moi à m'arrêter. Je n'aurais jamais dû y aller. Je n'aurais jamais dû y déposer des fleurs. Et là, pour l'artiste qui oblige, en minuscule comme il se doit, j'ai vu DENIS s'écrouler à ma place. De colère il a avoué avoir bien couché une fois avec une des copines de son collègue chez lequel j'avais piqué le film porno avec Jeannelle, et que même j'avais mis les images ici, en bas. Là. On est tombé dans les bras l'un de l'autre très vite. Il me disait pardon en me serrant très fort contre lui. Et là j'ai compris pourquoi il me pardonnait tellement (image du Christ sur sa croix chez L'artiste, en minuscule comme il se doit) à chaque fois.
Ensuite, ben rien, on a juste été faire l'amour et je me suis levée pour écrire maintenant. Avant je suis allée manger un bout de pizza froid. Il y avait une araignée sur le sol. D'habitude je garde mon sang-froid. Je prends un mouchoir en papier d'habitude et je tue comme je me mouche. Qu'est-ce qu'elle foutait là ? Peut-être les réparations qu'ils ont faites avant qu'on emménage. Le vieux plancher pourri, changé, on passait certainement à côté. De beaucoup de choses. Un jour la tête de son enfant sortira normalement (normalement) de mon sexe dans lequel tout est n'importe est entré. Un peu comme ces saisons, l'hiver dans cette grange qui appartenait au gardien des chèvres, ce gardien qui baisait paraît-il ses chèvres dans la colline, ses chèvres, leurs yeux démoniaques. Il est mort et sa grange a été laissée à l'abandon. Son toit s'est écroulé. Il n'y a plus de chèvres à garder là-dedans. L'hiver est rentré, la neige a tout recouvert, comme en moi, tout et n'importe quoi. J'étais pieds nus mais j'ai quand même écrasé l'araignée sur le carrelage de la cuisine, c'était la première fois que j'écrasais une araignée aussi grosse avec mon pied nu, sans crainte. Ensuite j'ai pris une serviette en papier et j'ai essuyé mon pied, c'était une rédemption critique (christique) je vous dis. Pourquoi je l'ai pas laissée vivre ?
Parce qu'elle se trouvait en plein milieu de mon chemin.

ANGELINE