Joran perd la foi

Il entend un violon. Il pousse la porte. Elle est violoniste. Elle joue du violon. Avec ses collègues musiciens. Il n'aime pas Eric, qui tourne autour de son corps tous les jours. Il n'aime pas Patrick, qui est homosexuel. Même s'il a plus peur d'Eric que de Patrick. Il avance dans le gymnase, ils répètent dans un gymnase vide. Certains jours, notamment lorsque certaines compétitions sportives sont annoncées, préparées. L'endroit avait été décidé au dernier moment. On ne savait pas où ni comment avant. La musique aime le sport.
Monsieur le Nazi dans mon oreillette me dit quelque chose, je ne comprends pas, il murmure. Pourquoi Diable me susurre-t-il des choses à l'oreille dans l'oreillette ? Le Nazi, vous savez, il a brûlé des gens, des Juifs. Mais des gens, d'abord, des Juifs après. Il paraît qu'il était homosexuel. Et qu'il n'avait aucun scrupule à brûler ceux qui étaient comme lui : en dessous...
des feuilles de l'automne pour se cacher, ils jouaient, moi j'étais avec eux mais mon esprit pensait à la maison, déjà les maisons me fascinaient, j'imaginais déjà, toutes les choses que tout le monde faisait dans les maisons, je ne pensais pas à ceux qui n'en avaient pas. Je m'en foutais de ceux-là, dans la rue adolescente j'étais gênée. Complètement. Encore aujourd'hui. Moins. Mais j'aimais les maisons. Même les cimetières, quand on pense à ce que font les morts dans les cimetières.
Ils vont sur des sites de cul. Ils ont un peu honte. Alors que moi j'ai rencontré Simone dans "Sexe en Famille", ou alors c'était :"soumission et sodomie". Je ne sais plus. Souvent je venais chercher matière, la littérature n'est qu'une éponge, c'est après qu'on décide comment on rend l'eau souillée que l'éponge a bu, on décide comment faire pour la rendre propre, on rince pas, moi je rince pas en tout cas, je garde, le principal. Certains écrivaient, la grande majorité rince. Je n'aime pas cette forme de lâcheté. A force, je vais devenir comme eux, cela me déprime et m'insupporte.
Elle jouait du violon depuis l'âge de six ans. Son père était mort d'un cancer et quand elle pensait à lui, son coeur chavirait et elle ne pouvait pas s'empêcher de pleurer.
La première fois que j'ai vu un mort, ça devait être quand j'ai compris pourquoi ma mère pleurait.
Tout ce sommeil en retard, toutes ces factures impayées, c'était la raison de son stress, de sa déprime, de ses pleurs.
La lune, je regardais la lune, allongée, avec quelque chose à croire, l'élan je n'étais pas Jésus Christ et je transformais le vin en sang. J'ai toujours transformé le vin en sang. Je le dis. Pour que vous fassiez la confusion, pour que votre inconscient, à l'insu de votre plein gré se dise : mais c'est vrai, mon Dieu, elle transforme le vin en sang !
Oui c'est vrai, je l'ai fait, en sang. Un sang malade, empoisonné, j'adore les problèmes de sang. Et j'ai vu que vos enfants aussi, je vois vos enfants saigner parfois et j'en pleure, que voulez-vous, je ne peux pas mettre de photos de famille. Sans famille c'est moins triste, la peur est plus drôle, Denis dort beaucoup le week-end, on se promène, on fait l'amour trop longtemps, j'ai bien peur d'avoir attrapé une chaude pisse, serait-il allé voir ailleurs ?
Il pense à l'après. Il aimerait le dire. Sa copine, elle est bonne vivante. Elle fait la retape lorsqu'elle s'adresse à quelqu'un, on dirait qu'elle se vautre. Elle est ronde. Même dans sa façon d'être, dégueulasse. Elle manque d'élan.
Donc, ils ont honte. Un peu. Ils tombent sur moi. C'est normal, j'ai beaucoup parlé du pénis de mon oncle. Jamais plus je ne vais écrire : la queue, la bite de mon oncle. Non. Le pénis. Ne cherchons pas des termes qui pourraient dévier de la déviance, l'indécence après tout c'est moi qui doit la subir, celle que vous manifestez (en général, pas tous ne sont visés). Mais c'est normal, je vous comprends, je vous entends. Hélas parfois. C'est normal. Il y a des écrivains qui ne l'accepteraient pas. On ne leur écrit pas comme ça. Moi je l'accepte, vu ce que je fais. C'est normal que ça fasse des vestalies. Mais c'est ridicule comme raisonnement.
Il pensait à l'avant. Il aimerait en parler. Il a peur d'être seul, mais sans moi, je ne sais pas, on ne pourrait pas. Denis a peur d'être seul, ça se voit. Il aime la nature, plus que je le pensais. On fait de longues promenades, on fait l'amour plus longtemps. On est moins dégueulasse qu'avant. C'est plus naturel, je veux dire : ça coule de source. C'est liquide, l'amour. Attention, messieurs, je ne parle pas de "liquide" au sens propre du terme, ne mélangez pas tout. Déjà que vous mélangez tout. Moi je m'adresse à des gens sensibles, intelligents, qui le prouvent en me disant que je suis forte, très forte. Non allez je déconne. Certains me le prouvent souvent, en me disant juste que c'est bien. Mais je ne suis pas certaine qu'elle aime le violon autant que ça.
L'indécision, c'est ça, parlons-en.
Des sites de cul, ils inventent des histoires dans leur tête, pour mieux trouver. A l'occasion un film prêté par un pote qui avait un commerce, un échange de fluides, de Marie-Jeanne si vous voulez. Cette pauvre folle, sans elle, le monde tournerait encore pire il paraît (j'allais écrire : il parrain, n'importe quoi). Son film préféré ? Le Parrain.
Il a de petits tétons, il y a des hommes, clients de prostituées, à peine âgées de vingt ans (les putes) qui ont des tétons énormes (les clients de putes), c'est moche chez un homme. Elle trouve elle. Mais bon. Quand faut y aller, au turbin, faut y aller. On y pensera après. Les actes ne sont pas anodins mais quand faut y aller, faut y aller, la gamelle il faut pas la percer, la gamelle, il faut pas qu'elle se perce, la gamelle, la gamelle, cette gamelle. Mais pourquoi les ouvriers ont cette façon de parler, petite, comment je dirais ? Réelle ? Concrète ? Plateforme.
Cette poésie de la mort que vous avez dans la violence me déconcerte, mademoiselle.
Elle avait de petits seins écrasés, très jolis, mais ça ne lui plaisait pas. Il fallait quand même qu'il aille voir ailleurs. Ma mère allait voir ailleurs aussi. Motus et bouche cousue. Souvent j'ai essayé de lui en reparler. Lui dire ce que ça m'a fait. Quand je l'ai compris. Ce qu'elle trafiquait, l'amour du trafic, ce trafic de l'amour, un amour qui concerne trois personnes, des incestes d'amour un peu partout. Ici et là. Même les sous-hommes comme les homosexuels (propos racistes et xénophobes que je ne pense pas). Mais certains le pensent et pensent même pire et font pire. Il faut donner la parole à tout le monde même aux skinheads qui beuglaient à la manif du Front National, en buvant des bières comme des gros porcs (ça va, eux, je peux les insulter, ils n'iront pas porter plainte les skinheads) et en s'exprimant avec un français encore plus approximatif que le mien. C'est ça la vie : la liberté de penser, là où le contrôle de Monsieur Sarkozy (pour dire) ne peut pas s'opérer, Opéra mais pas chez moi, mon p'tit gars.
Petite tête, grosse ambition, mais voilà, Monsieur joue les Grands Ministres au Mali, si j'étais de là-bas, je l'aurais pris mal, je me serais dit : tiens, les français sont des saloperies de racistes, déjà qu'ils ne savent pas reconnaître qu'ils avaient des colonies.
Tout va bien, bande de juges.
Il est devenu prêtre finalement. Je connais des hommes et des femmes de Dieu. Des catholiques, je leur en veux beaucoup vous savez. Pas à Dieu. Pas à Jésus puisqu'ils laissent faire, pour mieux revenir, comme ces chiens rabroués, vous savez, qui reviennent après un coup de pied, ou même pire, ces chiens battus qui reviennent vers leur maître, ou ces enfants abusés qui défendent leurs parents bourreaux. Pas à Dieu. Ni à Jésus. Ni à Marie, ni à Marguerite-Marie. J'en veux aux Catholiques, c'est moins grave quand même. Avouez-le. Etant un démon, je peux bien leur en vouloir. Moi je vous dis, ces pensées angoissantes un jour enlèveront tout amour de mon coeur. Mais c'est de l'ordre de la guerre, on n'ira jamais voir ce cratère. Il ne faut pas y aller, j'ai peur.
Il était au chômage. Pas con, il s'est mis à étudier les gens, comme ça. Il a ouvert un business. Que veulent les gens qui gagnent leur vie ? Qui la gagnent bien surtout, c'est plus intéressant quand tu veux pomper à mort l'argent de quelqu'un, après seulement tu t'interroges. (Ou alors tu jalouses). Et bien ils veulent de la bonne bouffe, du bon service, un bon chauffage et du sexe. Des loisirs. La spiritualité, comme le Bouddhisme, ça va, ça prête pas à grand chose, tu es libre encore de croire en ton égo avec ça. Ils seraient prêts à vendre leur mère pour garder en place les conventions et d'ailleurs ils vendent leur mère, ils le font et baisent leurs enfants avec ou sans capotes et enterrent leur père dans le jardin, c'est dire. Toutes les victimes de viols, en plus, ne passent pas par la justice des hommes pour attendre que quelque chose soit enfin reconnu. J'emmerde la reconnaissance de la justice, j'emmerde la reconnaissance sociale, c'est du flanc, du mensonge, pernicieux, vous êtes une sacrée bande de lâches vous qui parlez en ces termes, vous le savez depuis le jour de votre naissance, pas besoin de votre reconnaissance. Je n'étais pas la victime, j'étais la défoncée, ce n'est pas la même chose, arrêtez avec votre sirop de glucose qui lance un appel aux esprits mauvais de cette planète pour qu'ils recommencent, qu'ils en rajoutent dans l'atroce, vous soutenez l'atroce, j'étais la putain de moi-même mais vous étiez les souteneurs de l'atroce, vous les familles tranquilles, les gens... La mort reconnaît. Je peux vous l'assurer. Le silence reconnaît aussi et l'extrême saleté, l'amour qui s'en va, les vents qui ont tourné, l'impression d'être une sorte de mort-vivant, l'impression de jouer dans La Nuit des Morts-Vivants. Pour parler cinéma. Un jour, vous vous réveillez, vous avez de la chance, vous êtes intelligente et sensuelle et putain, bonne. Il a ouvert un site porno, il s'est débrouillé dans la cité, il est devenu harder-pédale dans les caves. C'était marrant de se faire du blé comme ça, aussi facilement, au début.
Il y a toujours des blancs de trente-quarante-cinquante-soixante-soixante-dix-ans qui se branlent en pensant à des petits arabes des cités, bien gaulés. Beaucoup de jeunesse dans les fantasmes, beaucoup d'exotisme, si on peut dire. De l'exotisme dans l'exotisme. Si tu vois ce que je veux dire. L'exotisme c'est loin, il faut aller le chercher. Mais la connerie, ferme les yeux, sois honnête, tu en trouveras une parcelle un jour chez toi, oui c'est à toi que je parle, tu te sentiras visé. Ben tiens. C'est la chair, comme adoration. Il y a toujours ça qui fait rêver : des yeux, des peaux, des muscles. Des squelettes ? Moi ça me faisait mouiller à mort la chair en train de confire, je peux vous le dire, dans la terre. Je trouvais ça très sexy, que ça arrive à quelqu'un. Je vous le disais, je voulais aller le déterrer. Je me marre aujourd'hui parce que ça me fait peur : il y a un an, c'était mon vrai projet. Je voulais l'enterrer dans mon jardin, qu'il me serve d'engrais. J'ai mauvais caractère, il m'a fait trop de mal, il m'a sodomisée plus d'une fois, et ça m'a fait mal, parce qu'il ne savait pas comment on faisait, la préparation, c'était mon oncle et il n'avait pas mon accord et j'étais dans un grand désespoir. Je vous dis ça, moi, je le dis sur le ton de l'explication, hein, vous le prenez comme vous le pouvez, après tout je sais, votre niveau n'est pas le mien (j'explique pour ceux qui n'ont pas évolués depuis la chiquenaude de leur père à qui j'ai refilé mon adresse). Moi ça ne me fait plus rêver, le corps physique, depuis que j'ai enlevé la vie à quelqu'un. J'ai compris que l'essentiel, c'était pas ça. Et que c'était le conducteur de la voiture qui comptait vraiment, ses actes, ses gestes, ses gestes, il y a des gens qui conduisent comme des bourriques, comme des chèvres, je vous le dis, des chèvres. Ils meurent dans des accidents, tout ça c'est le résultat d'un accident. C'est toujours mieux que des mutants. D'être des bourriques. Après la mort, tout reste, à la fin je devrais pleurer un bon coup avant de serrer les dents, comme je le faisais parfois avec lui.
Il paraît que je vais être traduite en justice à la fin, on m'a dit, une religieuse qui trouvait scandaleux mes propos sur l'avortement. Que c'était bien, mais après l'accouchement.
Et ne va pas dire Beurres, Racailles, tu évites la réalité, tu évites, tu prends des virages, qu'est-ce que tu fais, c'est ridicule comme raisonnement.
Il lui a mis un coup de poing, pour qu'elle arrête de braire et d'hurler. Ensuite, il l'a jetée sur le matelas. Ensuite, il a soulevée sa jupe. Ensuite, il a sorti son pénis. Il s'est masturbé. Il a caressé ses fesses avec son pénis. Il a craché sur son gland. Et il l'a pénétrée alors qu'elle était dans une semie-inconscience. Cette fille faisait partie de mon collège, à l'époque, le viol, c'était comme l'Australie pour moi, c'était loin et ça ne me faisait pas rêver, je ne voyais pas un élan, même si je le voyais bien chez Céline, par exemple, que beaucoup de sous-hommes citent ici, pour me comparer à quelque chose. Ils aiment bien avoir des repères dans le passé, les sous-hommes, sinon ils paniquent et ne sont pas intéressés de crever une nouvelle bulle d'air ou une nouvelle bulle d'air dans le sang. Ils ne sont pas homosexuels, ni Juifs, ni Nazis (propos scandaleux, irrespectueux et xénophobes). Ni filles. Mais bon, la parenthèse est fermée. Moi ça ne me faisait pas rêver, le viol, c'était comme l'Australie, la Papouasie, la Patagonie, je pensais pas une seule seconde que ça m'arriverait, j'étais juste naïve, Dieu est un mauvais père, son égo tout retourné, ses oreilles fermées, il aime pleurer et compter les jours sur ses pauvres petites brebis comme moi, sauf que j'ai muté, des cornes m'ont poussé, et je transforme le vin en sang, c'est la vérité, croyez-le.
Même que les experts sont venus avec le nazi, pour vérifier ça. Denis était stupéfait de voir ces gens débarquer ! La famille peut vous rendre cinglée. Elle n'aime pas du tout le violon. Elle le voit arriver, il est tout le temps jaloux : elle l'aime encore moins que le violon.
Il y a des périodes comme ça. Ils tombent sur moi. Ils sont déçus, je leur donne ce qu'ils ne voulaient absolument pas.
L'indécence, c'est ça, exactement, parlons-en.
Le mec était rentré bourré, l'autre en a profité, il voulait depuis longtemps lui sucer la bite. Merde, ils étaient potes depuis longtemps, et ils n'étaient pas homos. Homos-micro-hebdo, il a fumé une cigarette, il a lu Micro-Hebdo dans le salon. Là tu peux le dire, tout ce qui est de cet ordre, tu peux le dire. Sucer la bite, la queue. La queue du singe, j'ai vu le singe, ce n'était pas Kong, mais il se grattait la tête, face à l'immensité. Ce n'est pas grave ni important, là. Mais moi je peux pas le dire en ce qui me concerne, là c'est sérieux, et à la fin je vais devoir payer, le prix de la lumière, la lumière du soleil.
Il n'y a pas assez d'argent dans le monde, pas assez de femmes violées pour ça.
Quand il explosera, dans des milliers d'années, comme on dit. On va chanter : il est mort, le soleil, cette vieille chanson populaire, rétro, de variété, je sais pas comment la qualifier. Tandis que le singe se dispute sur ses propres origines, les putes de l'Est débarqueront quand même peu importe le chiffre à la Coupe du Monde de Football. Il y a la logique du monde (le sexe) qui se joue ici, plus que la coupe du monde de football. Cette force est plus forte que toi, tes enfants sont beaux, j'aimerais les mettre dans des sacs poubelles dans mes placards, parce que je suis une sorte de...je nie ton calme et ta quiétude. Voilà. Denis regarde comme ça, les matchs, ceux qui l'intéressent. Pas tous. Et dire qu'il avait dans le vieux grenier de son père un clavecin et cette douce clavecine qu'il jouait, j'ai su plus tard car je l'ai rêvée, l'entendre dans un rêve, il était halluciné. Comment pouvait-on avoir un lien à une époque où on ne se connaissait même pas ? Et où je faisais des choses et que toi tu n'étais même pas née, même pas faite. Tes parents n'avaient pas fait l'amour encore quand j'allais dans le grenier, enfant, pour te faire, pour jouer, je veux dire. J'étais allongée, en 2002 et je regardais le ciel. Froidement, septembre 2002 je ne ressentais absolument rien, les idées morbides revenaient, comme aujourd'hui, pas d'avenir, tout était fermé, pas de visions d'amour, de transcendance, pas de sentiments, plus de compassion, plus d'humanité, mais l'humanité en général cultive l'apathie même si elle fait de son mieux, en général elle se comporte pire que les chiens. Je pensais ça. Septembre 2002, prise de risque, sans peur d'être arrêtée, un peu mais pas assez pour reculer. Et puis sauter. Le pas. Laisser les événements venir à soi, vous faites le choix mais ces choix font le choix d'être faits par vous, en l'occurence vous, ç'aurait pu être une autre personne, une autre personne, ou encore cette personne.
Le jeu de tarot était ouvert sur la table de la cuisine. Ma mère était dans son jardin, mes parents ont un jardin tellement beau. On dirait Adam et Eve vieux quant ils sont dedans, j'ai envie d'en pleurer. Et ils se font des bisous. Et mon père aime beaucoup Denis. Ma mère le trouve gentil. Soit.
Viens, dit-il à sa violoniste, après la répétition. Elle lui annonce qu'elle veut rompre. Il a envie de pleurer soudain et il se retient, elle le voit. Elle lui dit : tu devrais pas le prendre comme ça. Il s'énerve : mais comment veux-tu que je le prenne ?
Joran avait la foi, il portait fièrement la soutane. Ils me dégoûtent avec leurs protections de menteurs. Il ne s'appelait pas Joran, mais il avait un prénom comme ça, dans le style. Dans le style Golem. Et donc il avait un prénom sur la foi, et je l'ai vu moi, perdre sa foi. Parce qu'il avait le coeur comme une araignée poilue, noire et pleine de pattes. Son prénom sonnait plutôt comme Golem. Comme Vengeance, comme sombre, comme salope, comme ordures, comme toutes ces choses qui me donnent envie de ne pas aller à Wolf Creek. J'ai vu Joran perdre la foi comme j'ai vu à l'intérieur de son coeur, je ne sais pas si vous comprendrez, je vais tenter quand même d'expliquer, pour les deux-trois intelligents devant (ils se reconnaîtront). J'ai vu Joran perdre la foi, moi, car j'ai vu ce qu'il était vraiment. Je voyais. J'ai commencé à voir après un coup sur la tête. Comme la jupe relevée de la fille de mon collège mais je n'ai pas plus prêté attention à ça. C'était loin pour moi tout ça. Avant. C'était bien avant. Bref, ce n'est pas le sujet. Ni le violon, bien qu'il soit reparti cassé, en pleurs. Et qu'il a sérieusement envisagé le suicide. J'ai commencé à voir différemment après les premières agressions. Et à rêver d'événements comme j'ai décrit avant qu'ils n'arrivent. Personnels comme d'un ordre plus...événementiel, historique, je cherchais le mot.Bref, mais ce n'est pas le sujet (mais si quelqu'un veut m'aider, sur ça, j'aimerais avoir de l'aide, de quelqu'un, pitié, j'ai besoin, sur ça, merci). Joran a perdu la foi devant moi et il a senti cette perte comme il a senti que je ressentais ce qu'il était. Ils le ressentent. Souvent. Quant ils croisent quelqu'un comme moi. Ils vous le disent, ils viennent vers vous, ils vous le disent. Comment j'ai fait ? Je l'ignore, j'ai juste regardé dans ses yeux, j'ai juste regardé dans les traits de son visage et j'ai vu une araignée dans ma tête, dans l'image de Joran qui perdait la foi, et j'ai vu qu'elle était à la place de son coeur. Certains ont des trous à la place du coeur, d'autre rien, d'autre des coeurs normaux, d'autres des coeurs incandescents, comme moi, (on me l'a dit, je crois tout ce qu'on me dit) ou alors des araignées à la place. Pendant que le singe n'était pas tout à fait d'accord avec le papillon sur ses origines. J'ai vu cet homme qui représentait la foi de par son vêtement perdre la foi. J'ai eu peur tout d'un coup, j'ai ressenti de la méfiance, tout d'un coup et j'ai bien crû devenir folle. Joran avait des érections, mais parce qu'il voyait des petites filles. Cet été-là, là-bas, c'était son trip, et c'était la peur de tout le monde. Au journal télévisé, entre les publicités pour les dernières BMW et le dentifrice Colporte Ultra spécial Blancheur. Il était beau mais les traits de son visage, ses yeux et la déconfiture de ce même visage, aussi, lorsqu'il a vu que mon regard le transperçait le rendait ORDINAIRE. Complètement. Et j'ai vu sa mère, qui était à côté de lui. J'ai vu sa mère. Elle me regardait avec mépris. Elle m'a dit qu'elle savait. En 2002. J'ai vu Joran perdre la foi. En été. J'aurais pu me rendre sur la tombe d'Antonio mais j'ai soigneusement évité le sujet, l'endroit. Sa veuve me regardait souvent avec interrogation, car je sais qu'elle sait qu'il me prenait. J'ai vu Joran, moi, perdre cette foi, et j'ai vu sa mère près de lui, qui était aussi mauvaise que lui, me dévisager. En se moquant, avec un petit rire. Une truie. Une vraie truie. J'ai vu ce prêtre sans foi, partir en déconfiture, complète. Alors j'ai fait en lui serrant la main :
Je sens ce que vous êtes. Je l'ai senti. Comme la petite Madison, le rêve que j'avais fait une semaine avant.
Effectivement, à la petite fille qu'il avait tuée, il lui avait arraché le vagin.
J'ai vu Joran perdre la foi.

ANGELINE