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Les Récits de la Maison des Morts
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Les Récits de la Maison des Morts
21 janvier 2006

1970

4

C'était ta maman, je crois. Quelque part. Et moi aussi. Je voulais me servir de toi mais ça n'a pas marché. Je me sens capable un moment mais ensuite ça retombe tout seul. Je ne peux pas. Quelque part, avec ton B, tu es plus fort que moi, moi qui suis un A. Ce qui est assez fort. Je le sais, elle m'a dit, S, comment te prendre, comment te comprendre. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait plus aimer quelqu'un d'autre à cause de toi. Elle n'est pas très bien, parce que tu as joué ton B, face à moi, le A. Je sais que tu es allé discuter avec elle. Elle m'a raconté. Je lui ai dit qu'il n' y avait entre nous deux aucun problème. Elle m'a dit la même chose, elle m'a dit qu'elle ne voulait pas que quelque chose d'aussi bête nous sépare. Comme quoi on peut accorder l'importance qu'on veut au sexe, même quand on n'écoute pas ton Dieu Allah. C'est le vent ou c'est moi mais je crois que tu prends des filles qui jouent à être ta mère. Tu aimes ça. Comme moi, je prends des hommes qui jouent à être mon oncle. C'est le schéma classique. A partir de ce point-là comment en faire pour en sortir ? Cela m'est déjà arrivé de me lancer corps et âme (mais finalement c'était corps et corps) dans une relation qui me servait de pansement. Mais le pansement doit se changer, si on oublie, la gangrène arrive quand même mon frère. Toi, mon frère Allah. Elle m'a dit la même chose, pas comme ça, je ne suis pas un boudin qui retranscrit pour retranscrire. Tu t'en fous, je sais, toi et tes potes et tes matchs de foot. Je sais. C'est quoi ce triangle, c'est quoi ce triangle avec un nombril dedans en guise de gros noeil, c'est quoi tes mains, c'est quoi ton coeur qui bat, j'aimais écouter les coeurs de mes clients, même un court instant, plus tard j'ai crû que quelque chose n'allait pas en moi, Jeffrey Dahmer aimait faire pareil avec ses "garçons". C'était ta maman, S, le serpent, je commence à avoir moins peur du serpent puisque je comprends, quelque chose. Quelque chose s'ouvre, s'est ouvert, B, toi qui es un B, tu es plus fort que moi, le A. Le B c'est Bite, le A c'est Ange, c'est mieux. Un boudin te dirait : oh comment tu as pu me faire ça, oh comment tu me manques mon amour je ne pense qu'à toi. Cependant, je t'ai dit qu'il n'y avait aucun problème, elle m'a raconté sa version, j'imaginais la réalité, la vérité dans la réalité, comment ça c'était passé, si vous aviez craché sur mon dos (des gens qui vous aiment et qui vous crachent dans le dos ça arrive tout le temps), si vous avez retrouvé une espèce d'alchimie, la même que vous aviez avant, même si je jouais les bouillons troubles, parce que ta copine qui m'aime elle voulait me rouler des patins et même embrasser mon sexe pour qu'ensuite je puisse mieux vivre dans ma chair. Dans ma peau. C'est fou comme la vie humaine est fragile. Tu sais, B, elle m'a dit qu'elle avait ressenti beaucoup de choses contrastées, qu'elle ne comprenait pas, elle était en colère contre toi, en même temps elle voulait se détacher de ton corps, ces mains qui touchent, ces mains masculines, qui font craquer les femmes, qui réagissent dès que les mâles sont en rute et c'est une image ma foi et mon foie assez rigolote à voir, bon j'arrête. Tu sais, si ça se trouve, vous allez vous revoir, ressortir ensemble, progressivement. Je ne sais pas moi comment les choses se passent lorsque deux personnes s'aiment (j'écris ça pour conforter les gens qui croient que l'amour n'est pas fait pour des gens comme moi). Bon. Je me souviens qu'il n'y avait pas de serpents à vos pieds lorsque vous marchiez ensemble, il n'y avait pas de corbeaux ni de vautours autour de vos têtes, comme moi j'ai, j'ai même la peau d'un batracien, comme j'en parlais, je me gonfle, je me gonfle, je rigole. Toujours est-il qu'elle semblait perdue mais positivement cette fois-ci, suite à votre entretien. Elle m'a dit qu'elle ne voulait pas reprendre de relation avec toi mais qu'il lui avait été nécessaire de te voir. De te regarder. Ta présence. Ton âme, ton corps, ta vie, tes gestes, tes façons de parler, de mimer ce qui n'est pas vrai et que tu dis vrai. Tes façons de dire. Tout le contraire des miennes. Tu m'avais demandée si tu m'utilisais, pour coucher, et bien ma foi, mon foie oui je t'utilisais, ce n'est pas un crime que je sache, tu m'as servi au moins à ça. Tu me posais la question comme si toi tu étais des plus respectueux envers les femmes que tu croisais ? Parfois, Henri, il me semble qu'on vit dans une époque de Pogo perpétuel. Tu sais, tout le monde se bouscule sur un son étrange, tout le monde se pousse sans même savoir pourquoi puisque ça n'est pas drôle ni même logique. Moi c'est logique, B, qu'on me bouscule, j'adore me faire culbuter (bousculer). Je suis brave. J'ai de l'humour, une passion, tu as une passion dans la vie, ah oui, tu écris, merveilleux, quoi donc, des poèmes des nouvelles, un roman je peux lire ? Non tu ne peux pas. Ils vous demandent ça, à moi qui suis une femme même pas publiée et pas encore publiable : je peux lire. Quelle indélicatesse David, Henri, quel manque de...correction. Je suis hallucinée, pour des hommes qui se permettent d'étaler leur expérience des choses et de la vie, c'est formidable. On apprend de morts c'est pour ça qu'on sent la mort en retour et c'est pour ça qu'on tue en retour, l'amour c'est fait pour le bétail de Dieu, c'est pas fait pour les chèvres, au final tu crèves. Ni l'agneau, ni la chèvre. Quel étouffement, quel amusement, Sophie. Pourquoi reparler à ce type ? Tu m'as demandée : mais tu ne vas plus le voir maintenant ? Non bien sûr. Je peux me tromper dans la vie mais je rectifie le tir (ça je ne l'ai pas dit mais j'aurais pu l'ajouter, d'ailleurs Sophie jamais ne m'a demandée des comptes sur ça : regarde mon oncle à quel point j'ai rectifié, le tir, regarde les hommes mourir, regarde comme c'est beau les mains de B, comme c'est un joli dessin, peint et fait à la main). Quelle étrange sensation, elle voulait me dire finalement : je l'aime mais moi non plus. C'était assez confus. J'adore ce qui est confus. En apparence, c'est souvent très clair mais j'adore. J'adore. Je ne sais pas qui vous adorez mais moi j'adire (euh j'adore je veux dire). Quel est ton putain de prénom, Bruno ? Tu peux le dire ? Ton putain de prénom. J'aime bien répéter cette phrase, depuis des mois, depuis juillet je crois pourquoi ? Parce que je sais, ce que tu disais à tes potes, Sophie m'a racontée, et d'autres, j'aimerais bien savoir c'est quoi son putain de prénom, non tu as dit : son prénom de putain. D'emprunt. Gabrielle. J'adorais coucher avec toi, deux fois, mais je n'ai pas réussi à jouir, ni même à faire semblant d'un sourire, j'adorais quand tu couchais avec les copines de tes potes qui s'échangeaient des gazelles abruties, dans le dos de Sophie qui ne voyait que le triangle, les effets paranormaux qu'on y trouve, on pourrait en faire une série télévisée, au bout de deux épisodes, on verrait partout dans les journaux : la nouvelle série culte. Culte. Le Culte des Dieux et des Séries télévisées. Je crois savoir que tu aimes bien Les Experts. Les Experts : Miami. Les Experts : Manhattan. Chacun ses goûts, mon frère, je sais que ton pote musulman, et bien, il n'aime pas quand je suis méchante avec Allah dans ses pages, il sait que c'est de la littérature ? J'en fais comme je le veux, Bruno, tu le sais ? Et bien maintenant tu le sais. Tu veux récupérer une fille qui mérite mieux que toi, pourquoi s'obstiner, comme ça, à ne pas viser dans sa caste, dans son niveau, même si c'est pas beau, de penser comme ça ? C'est vraiment une question de pouvoir. La littérature pareil. Mais regarde un peu dehors, regarde ce qui se passe, rien ben oui, justement j'ai envie de dire. Ce qui prouve bien que j'ai raison. Sophie et moi on a parlé encore, on reparle mieux, depuis aujourd'hui, c'est mieux aujourd'hui, c'était mieux de manger avec elle, c'était moins lourd je n'étais pas obligée de lui caresser la joue en passant chercher l'éponge pour nettoyer la table. Ce qui prouve bien ce que je dis. Elle mérite mieux. Je pense. Et puis tu ne l'aimes pas vraiment. Je sais, je n'ai pas le droit de le dire. Enfin si j'ai le droit de le penser. Je ne suis pas à ta place. Mais bon sang, tu aimes juste le fait qu'elle t'aime d'un amour aveugle (et c'est peu dire). Tu en profites, comme moi je profitais de ta faiblesse. Tu adores qu'on t'adore, comme les Dieux. Beaucoup d'hommes sont comme ça, c'est la testostérone, ça les rend hystériques et ça leur nique le cerveau, les femmes aussi, beaucoup de lesbiennes que j'ai rencontrées, pareilles. Bon je suis à moitié sérieuse là mais Bruno, tu provoques mon hilarité, des fois. On riait avec Sophie, pas méchamment mais des fois, tes odeurs, tes comportements, et puis ton sperme. Tous les secrets de la manipulation. Excuse-moi tu as la pleureuse. Jean en parlait parfois. Il insistait. A l'époque à chaque fois il devait parler de sexe même au milieu d'une conversation sur les victimes du Rwanda, il était intenable. Il aurait fallu lui couper les couilles avec une machette. Méthode expéditive mais qui a fait ses preuves dans nombres de conflits gouvernementaux et surtout mentaux. Malades. Rentre à la maison Bruno, au lieu de boire des bières. Moi aussi je sais pas pourquoi on m'a mise dans ce corps. Dans cette chair immonde. Ce n'est pas une raison pour boire, Bruno. Je connais tes antécédents d'alcoolisme, j'ai été mariée à un alcoolique, Sophie vient de m'en parler, c'était un secret, elle m'a dit : tu le savais ? Surprise. J'ai dit : non, ça se voit. A sa façon d'être. Des fois ça se voit des fois non, comme l'homosexualité masculine, tout à l'heure au téléphone un minet à la voix de pédé très efféminé m'a proposé un téléphone avec abonnement, j'ai éclaté de rire avant de raccrocher sans rien dire. Beaucoup d'hommes comme toi Bruno. Petit, je te vois bien avec Maman aux jupons pas loin, ou dépressive, solitaire, papa ailleurs mais où ? Et elle te fait des tartines avec du beurre et de la confiture bonne maman. Tu veux de la marmelade mon chéri ? Elle te demande en pleurant et toi tu sais pas pourquoi, tu demandes pas, ça te fait mal, tu demande pas pourquoi, ça te pèse pour le restant de tes jours. Il faut être une bonne maman dans la vie. Tu ne sais pas lécher une femme, ça s'apprend, tu veux qu'on ressaie ? Bon j'arrête, je plaisante. C'est important de plaisanter. C'est du mauvais esprit ce que je fais, crois pas que ça m'arrange, on ne règle pas ses comptes en littérature. Mais moi il faut que je fasse sauter tous les murs, toutes les barrières, toutes les protections de l'agneau et ça marche la plupart du temps, je sais, c'est l'anéantissement, en premier de moi qui pourrait en résulter. Mais je serai peut-être vivante dans cet anéantissement, je vais me sentir vivante, quant on voit ce pauvre bétail condamné à manger des fruits dans l'exaste, ça fait peur quelque part, on se dit : mais enfin, qui a osé me mettre dans cette chair ? Qui a soufflé dans mes narines comme une putain au doux prénom sensuel soufflerait sur la bite d'un homme marié ? Quelqu'un t'a fait naître, ton père, B. Si tu dois revenir avec S, il te faudra changer, tu entends, parce que je n'entends pas cautionner comme je l'ai fait le mal que tu pourras faire désormais à mon amie. Ce triangle est rompu, toi, elle et moi. Ce triangle n'avait pas lieu d'être, ni même ici d'ailleurs. Ma fascination était malsaine, comme l'est tout autant ma soif de vengeance, encore, malgré la mort de l'objet de cette vengeance. Je l'ai eue mais c'était comme si elle se réveillait, dans la bouche d'une gargouille à Paris ou d'un souvenir à Madrid. Là où trouve la statue du Père. Tu sais. Il te faudra poursuivre ce chemin, Bruno, que je rigole bien, je ne sais pas, il te faudra aussi penser qu'au corps de Sophie, elle mérite pas d'être mise à l'écart dans des mensonges de ton invention, elle ne mérite pas ça, personne ne devrait mériter ça, même si tu étais nul je ne te tromperais pas. Je n'ai jamais trompé personne à ce niveau là. J'ai horreur de la tromperie, c'est pour ça qu'il faut se dire une chose : les confitures bonne maman, c'était parce que ton papa n'était pas à la maison. Au goûter. Tu sais, tu as vécu dans les années soixante-dix. Tu as grandi dans ces années-là. Tu as commencé ta vie, avant, comme tu n'existais pas, tu n'étais rien pour personne, même pas un homme. Mais ça venait, comme une vague normale, hasardeuse et prévue en même temps. Laisse tomber. C'est pas de ton niveau, reprends une bière en pensant à ta date de naissance. Tu as vécu dans les années soixante-dix.  Tu as grandi dans ces années-là.

Entre deux chocs pétroliers.

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Quand vient la nuit

Angeline

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