Let it die
Aujourd'hui les choses ne se sont pas améliorées puisqu'elle a décidé de se séparer, avec lui bien sûr, ils étaient d'accord même s'il était un peu obligé. Il a dit que c'était en partie à cause de "sa pute" de copine, qui lui mettait du grain dans la tête. Elle me l'a dit ensuite.
Ils étalent, sans courage, sans fatigue, comme des robots, l'état du monde et de ses hommes. Jour après jour. Comme des mecs qui vont à leur bureau, le matin et qui prennent le métro le soir. Tous les jours. Depuis des années, été comme hiver, printemps comme automne. Seuls ou pas.
La nuit ils se blottissent contre la femme qu'ils aiment, ou contre l'homme qu'ils aiment. Ils font des cauchemars.
En ce moment, je me blottis contre le vide, j'ai de la place dans mon lit.
Elle a voulu aménager sa chambre, elle a pris pas mal d'affaires, il est venu l'aider même, il était triste. Je ne me montrais pas beaucoup et elle m'a dit de ne pas me montrer trop. Elle avait une sorte de crainte. Qu'il se jette sur moi ?
Malgré le soleil il faisait froid.
Et j'ai compris, malgré tout, qu'ils s'aimaient. Pourquoi se séparaient-ils dans le fond ? Qu'est-ce qui faisait que ? Ils s'aimaient. Cela ne pouvait pas suffir ? A surmonter leurs problèmes ? Ou alors c'était naïf comme pensée ?
Il a eu une attaque cérébrale, il était à table. Depuis, son côté gauche est paralysé. Il cherche un emploi, sa femme ne tient plus. Dans la cité.
Souvent du misérabilisme, souvent du pessimisme. Elle était en piteux état à l'intérieur d'elle, je le sentais très bien, je m'en rendais compte, je sais quand quelqu'un va mal, bien, ou moyennement. Je ressens tout ça. Je ressens les autres, ce qu'ils cachent je l'entends malgré moi je n'ai jamais rien demandé, pourtant c'est la vérité. Je ressens tout le mal qu'ils ont en eux. Je ne peux rien faire, je suis toute seule, je ne peux pas changer le monde.
Elle m'a dit qu'elle allait dans sa chambre, défaire ses vêtements. Je ne savais pas quoi faire. Me masturber dans les toilettes en attendant ? Les masturbations ont envie de pleurs avec vous, je suppose. Je suppose, vous avez les solutions, et les recettes, et les fils, moi aussi sauf que moi je le dis bien moins débilement. Mais je suis toute seule. Toute seule dans mon grand lit à deux. Pourquoi j'ai pris un lit à deux places ? J'étais toute seule au magasin pour le commander. Qu'est-ce qui se passe ? Dans nos intérieurs enchantés ?
Je suis toute pourrie, à l'intérieur on m'a dit une fois, et je n'ai pas été touchée par cette phrase vu le mort qui l'avait prononcée mais l'avais retenue pour pouvoir l'écrire. J'écoute les phrases pour pouvoir les ressortir. Les gens sortent des perles. Ils sont eux-mêmes des perles. Je plaisante pas du tout, là.
Elle est restée deux heures enfermées dans sa chambre. J'étais toute étrange, d'avoir une fille à la maison, qui n'était pas ma copine, nous n'étions pas lesbiennes, mais ç'allait jaser, dans les environs de la planète terre, là où j'habite, pas loin de la mer, et cette mer est en train de mourir à cause du pétrole des pétroliers. Qui n'ont pas de coeur, comme le cerveau de Bruno a une grosse bite. La peur au ventre, j'ai pensé que faire une tarte aux pommes ç'allait égayer la maison, enfin la cuisine. La farine, l'eau, etc.
Couper les pommes en tranches. J'ai pensé, pour me recycler, faire d'Angéline et les Récits de la Maison des Morts : Angéline et les Recettes de la Cuisine des Morts. Mais après j'ai trouvé que ça n'était pas un bon titre si je voulais transformer ce blog en blog de cuisine.
Ils ont tous des recettes secrètes et magiques, qu'ils appliquent, avant d'affronter l'extérieur, ils y pensent un peu, beaucoup, même plus.
Elle devait avoir peur de se rendre compte qu'elle était chez moi, que c'était chez elle, elle partagerait tout, peut-être, et elle avait peur d'avoir quitté l'autre, qui a une grosse...intelligence. Hum hum. Il était triste, je l'ai vu par la fenêtre et par les fenêtres on voit la tristesse des gens, Dieu fait le golem et Dieu le brise, c'est ainsi que ça se passe depuis toujours, le golem il a tué, il a menti mais c'est ainsi depuis toujours, et par les fenêtres on voit les gens tristes, même si on ne les estime pas, on a de la peine pour eux, pour comprendre.
Apprendre.
Et la tarte aux pommes, bêtement comme ça, mes farines dans mes mains, ou alors mes mains pleines de farine, j'ai pensé que c'était bien comme dessert, pour adoucir les bouches, on ne dit plus amuse-gueule, pourtant c'était bien, avant on pouvait dire : amuse-gueule. Certains avaient la gueule amusée, ils avaient vraiment de l'amusement dans la gueule, mais dans la gueule, comme Christian, il disait : je m'enfilerais bien un Porto blanc. Dans la gueule.
Dehors c'est le coeur de l'hiver, on m'a dit : mais non, c'est en février, là, ça fait faire froid. Chaque année, nous devenons amnésiques. On oublie les temps de l'année dernière même si on s'en souvient un peu. Pourtant, pourtant. Elle est descendue.
Ils essuient, parce qu'ils ont le sentiment de délivrer un message, eux, d'amour, pour pouvoir avancer.
Ils veulent faire avancer les choses, bien évidemment, ils ont trouvé une clé. Ils n'ont pas peur. De balancer. Le sperme le matin sur le petit ventre. Personne n'était là. En ce moment dans mon grand lit, je suis toute seule. Je compte éviter l'amour pour les mois à venir. L'amour est à éviter, ce serait mieux de faire des émeutes. Le gouvernement débloquerait-il des fonds pour une jeune femme toute seule qui brûle des maternités et des cimetières ? Ceci n'est pas un appel à la violence. Mais ce serait mieux de faire des émeutes avec plus de morts quand même. Elle était toute triste. Pourquoi les gens qui s'aiment sont-ils toujours les mêmes ? Chante William. Pourquoi ils se séparent lorsqu'ils s'aiment ? Bon c'est vrai ils se séparent surtout lorsqu'ils ne s'aiment plus. Mais quand même. Une tarte aux pommes, ça suffit à redonner espoir. C'est fou comme peu peut redonner espoir à quelqu'un. Je suis sûre et certaine que ça redonnerait espoir à n'importe quel gosse noir qui meurt.
L'Indochine, l'Algérie. Les Français ont fait cette honte de guerre mais en fait il ne s'agissait pas vraiment d'une guerre. C'est devenu un énorme foutoir où les réglements de compte, dans l'armée, en plus du conflit original explosaient au grand jour. Richard était dans une unité spéciale, il n'avait pas d'uniforme même et il tuait n'importe qui qui refusait de lui donner une voiture, ou de l'essence. Ces mecs étaient des têtes brûlées. Ils n'ont rien appris pour la plupart. A quatre-vingt-dix-neuf pour cent.
L'amour est une solution, me disait Denis.
C'est fou comme une tarte aux pommes, ça relève quelqu'un pour quelques minutes.
Ils enfoncent le bras dans le cul, le pot de crème ou de gel exprès. De crème. Faut que ça glisse. Ou même dans le cul d'une femme, l'avant-bras. Après ils se font un trip scato, comme Claude Virtel, qui aimait bien faire ce genre de plans. Pauvre mec m'a dit Jean. Le cul d'un mec mais c'est aussi venu avec les femmes hétéros : les hommes hétéros (ou pas d'ailleurs, on s'en fout), mettaient leur poing dans le vagin, et même plus. Il y avait une fille, son vagin c'était horrible. Un trou béant. Gros comme... Gros comme un ballon de volley presque. On a du mal à imaginer. Elle avait tout arraché, tout déchiré, il y a des filles qui aiment se faire déchirer le sexe, les lèvres, le clitoris, ou le périnée. Elles adorent, surtout lorsque la jouissance est hyper-hard. Il faut leur mettre des muselières à ses chiennes d'ailleurs.
Ils rient.
Mais c'est fou comme une tarte aux pommes suffit à relever quelqu'un, pour quelques minutes. J'aime mettre des pommes dans le four, j'aime regarder le four, dedans, quand ça cuit, et la cheminée, j'imagine, la fumée.
La neige, ils annoncent de la neige pour bientôt. M'a dit quelqu'un aujourd'hui. Mais qui ?
Une déception amoureuse les met vite à plat. Eux qui aimaient tant écrire sur le net leurs aventures, ils n'écrivent plus. Ils sont dépités. Ils ne donnent même pas l'occasion à des âmes errantes (pour ne pas dire des saloperies de chiens) de lire en direct la perte d'un amour. Trop intime. C'est à nous. Nos histoires dans nos vies. La vie des autres, ben tiens, je m'en fous, on se dit. Au contraire, on dit, enfin, ils disent : "on s'en fout" justement parce qu'ils aimeraient savoir comment les autres s'en sortent. Avec le monde. S'ils ressentent quelque chose. S'ils ont peur d'être jugés.
Elle a plus parlé, et puis on a même pu regarder un film, avant qu'elle aille se coucher. Je crois qu'elle a aimé la tarte aux pommes. Elle avait bien un regard fébrile à un moment donné. Et puis le Get ça aide. Le vert. Je ne sais plus c'est quoi son numéro. Je ne sais plus très bien, pourquoi j'ai tant d'alcool ? Parce que Jean m'en ramène. Il m'a téléphoné, tout excité. Comme une puce survoltée. Dans sa voix, il y avait plusieurs soleils, plusieurs étoiles (comme vous pourriez dire pour essayer de dire quelque chose de joli et de poétique et de pur et vous faire, par la même occasion, bien voir de l'autre qui fait semblant de vous écouter) : on s'aime mais on n'ose pas se le dire.
Les couples c'était ça ? Jean et son curé qui s'aiment mais n'osent pas se le dire, ça le rendait joyeux. Je ne comprenais plus rien. J'ai perdu le fil d'ariane je crois. J'en suis consciente remarquez, je vous arrête avant d'avoir un jugement de plus à mon égard. J'ai compris tout ça. Je comprends pas tout, mais je ressens tout. La délivrance n'est pas dans mes textes mais dans ce qui me pousse à les écrire, c'est plus subtil, j'en suis fière. Il était triste à la fenêtre. Très triste. Mais qu'est-ce que j'y peux. Je ne suis pas faite pour sauver la planète. Je suis faite pour...Me rendre compte que dans mon lit, je me blottis contre la solitude. Je l'ai choisie. Mais peut-être que ceux qui choisissent la solitude sont faits au final pour sauver l'univers. En fait, ils ne sont pas seuls : l'univers est à eux, et ils sont à l'univers.
Gabrielle avait bien senti plusieurs doigts dans son con. Pendant que Sophie dormait, son estomac réduisant en charpie ma tarte aux pommes, et Gabrielle s'était réveillée, pendant que l'autre rêvait, elle avait bien eu le regard fébrile, à cause du Get vert, je ne sais plus le numéro, et moi j'ai attendu que non, rien du tout. Le mec avait enfoncé tous ses doigts dans le sexe de Gabrielle (ce qui me fait penser que Sabine nous a dit qu'elle avait croisé Patchi de la Star Academy, je ne voyais pas qui c'était mais c'était un chanteur plus connu que moi en tant qu'écrivain, ce qui est injuste. J'ai cherché sur Google, en fait c'est Patxi. Donc voilà). Le sexe de Gabrielle étant très serré, impossible à rentrer le poing, comme c'est une pratique qu'elle ne pratiquait pas, en plus. Elle n'était pas payée pour ça. Elle était payée certes, mais c'était une sorte d'acte de contrition, je ne sais pas comment le dire, c'était négatif mais c'était une sorte de purification, vous ne pouvez pas comprendre, vous n'étiez pas à ma place. Bande de juges. Ce n'est pas un simple décor, moi c'est un ange que j'ai dans le prénom, vous n'avez pas les mêmes prénoms et moi j'ai un cheval dans mes yeux, qui court, qui court, noir. Mais je tiens à le redire : pour Gabrielle c'était un acte de purification. Ensuite, bien sûr, pour que l'acte de purification arrive à son terme, il faut partir. Monter en quelque sorte. Pour mieux revenir.
L'univers m'appartient.
a
ANGELINE


