You're Speaking my Language baby
A-t-elle lu l'Histoire du Triumvirat ? Les Constantins et les Théodoses sont-ils épuisés ? Ah ! que je plaindrai son esprit vif et agissant, si vous ne lui donnez de quoi s'exercer ! Comme elle a, ainsi que son oncle, la grossièreté de ne pas pouvoir mordre aux subtilités de la métaphysique, je l'en plains, mais ne vous attendez pas que je l'en blâme, ni que je l'en méprise : j'ai des raisons pour ne le pas faire.
Madame de Sévigné à Madame de Grignan, Aux Rochers, Dimanche 15 Janvier 1690
Sophie me disait, avec cette nonchalance et ce calme que je lui reconnais toujours : "j'ai peur de me marier avec lui". Elle me disait : "je ne sais plus trop quoi penser tu sais". Et moi je me demandais pourquoi elle venait me parler. Pourquoi Diable elle venait me dire ça, ce n'était pas le moment. Elle m'a dit : ça fait longtemps que tu n'as pas parlé de moi d'une manière négative. On a rit. "Tu voudrais que je te dise que je le trouve nul mais tu l'aimes, même s'il est nul". "Oui c'est vrai". Elle m'a fait un massage, elle m'a fait un massage inhabituel, elle a lu ensuite ce que j'ai écris sur le blog et puis mes épreuves, mes brouillons pour mon roman, et puis elle m'a dit : "les pauvres". Heureusement qu'il existe quelqu'un sur cette planète qui me connaît, me reconnaît, qui m'aime pour mes qualités, pour mes défauts, heureusement qu'elle est là. Elle. Je n'aurais pas d'amis sinon. "Bruno couche avec la même fille depuis un mois ou deux". "Et qu'est-ce que tu en penses ?" Je lui ai demandée en croquant dans une pomme, elle a dû se dire inconsciemment : "elle croque la pomme de la connaissance, ce fruit est pourri". Mais je n'irai pas jusqu'à prétendre que je connais l'inconscient des gens. L'inconscient collectif est plus aisé à percer. Mais ça, ce n'est pas une nouvelle. "Je l'aime mais...tu sais bien, je l'aime assez pour supporter et puis ça me fait mal". Je lui ai dit : "tu veux vraiment savoir ce que j'en pense ?". "Oui". Vas-y. Et bien je pense qu'il ne te mérite tout simplement pas. Il faut travailler, je lui ai dit. Je ne suis pas une spécialiste de l'amour, je n'ai pas encore trente-trois ans pour qu'on me mette en croix et ma jeunesse est encore très jeune. J'ai besoin d'un théoriste practicien pour m'aider à m'en sortir, tellement je souffre, ah, oh, hi. Ce n'est pas son business mais il voudrait peut-être bien. Je suis surprise qu'il trouve le temps avec ses travaux pour le débarquement en Normandie. Qu'il trouve le temps de venir me refaire pleurer, pleurer, alors que je commençais à colmater le mois d'août, que c'était fini, mais non il relance le sujet. Après août qui m'a fait pleurer, c'est Sacha, et bien je sais, j'ai conscience, que c'est bête comme de faire la guerre, de pleurer pour si peu. De pleurer pour un mec que je connais pas, qui est très sûr de lui dans ses bêtises, et qui en plus n'aime pas qu'on l'insulte. Je croquais dans ma pomme, je riais, avec elle, mais foncièrement, globalement, elle était plutôt triste. Elle était mal. Elle se sentait maudite, par Bruno, la vie d'enfer qu'il lui faisait mener, la vie d'enfer que les hommes donnent, la meilleure semence d'eux parfois qu'ils peuvent donner.
Et dans ton sourire bizarre, Sophie je reprenais mes forces, un mec inconnu, très mâture m'avait fait pleurer, peut-être que la vérité, il n'y a que ça que ça blesse, je me demandais et je demandais à Sophie : "mais pourquoi on ne parle pas des mêmes choses ?"Son massage, ses doigts sur mes aisselles, elle frôlait mes seins, mais pour le coup, il y avait une tension. Erotique. C'était malsain je tiens à le signaler. "N'y pense plus". Pas à Sacha mais à Denis. Car en fait je dis que c'est Sacha pour mieux vous emporter avec moi dans ma lumière par des moyens détournés, je suis peut-être trop pudique finalement, lorsque certains n'hésitent pas à dire : "l'amour me fait avancer", dans un monde pareil cette phrase est d'une imbécilité comme même les rêveurs n'en rêvent plus, ou plus classique, les névroses des mystiques qui mastiquent sans cesse le même morceau de caoutchou social, "tu es dans la lumière", avec des voix caverneuses ils vous disent ça. Sophie frôlait mes seins. Il n'y avait pas plus de lumière que de ténèbres là. Je ne connais personne qui évolue dans la lumière, sauf lorsqu'il y a du soleil et qu'on en profite pour faire une balade entre amis ou entre amoureux, on en voit, qui se bécotent, sur les bancs intimes, je connais juste des gens, j'essaie peut-être de les voir objectivement, peut-être que j'ai tort. Mon jeune âge me fait dire de ces trucs. Le leur, heureusement, les préserve. J'en ai marre d'être lue par des théoriciens qui sont restés à l'âge de pierre, alors que moi je suis bien dans l'époque où les avions pleuvent, où les hôtels parisiens sont racistes et où les Katrina charme. J'en ai marre que des gens veulent me baiser, des fois j'ai l'impression que vous violez moi dedans moi, vous avez peut-être le même sentiment lorsque vous lisez, ou alors pas du tout, au contraire, vous n'êtes pas dupe. Toujours est-il qu'en bas, j'ai fait manger Sophie devant un DVD, celui d'un film qui s'appelle Day Of The Woman, Sophie me disait : "on mange devant ça ?" Elle avait un verre de vin blanc, moi de vin noir. Mon vin noir, lorsque je le bois je pense parfois à vous, surtout à ceux qui se taisent, je me dis : quelle bande de lâches, en même temps je sais que vous n'êtes pas lâches. Je me le dis tout en pensant que peut-être le dire me fera rentrer quelque part dans une tour moi qui étais un avion. Aujourd'hui je suis une sorte de planète gazeuse. C'est très sympathique et joli comme tout, ce genre de phrases. Cela va-t-il me sauver la nuit, lorsqu'il fait trop chaud et que je ne trouve pas le sommeil ? Pour cause de mauvais rêves ?
Elle avait un verre de vin blanc et moi de rouge. On était bien. Le vin aidait certainement à nous faire oublier nos choses, nos choses sans importance. Moi ma vie ratée et vous vos vies heureuses. Non je plaisante, je ne pense pas ça de ma vie, ni même ça des vôtres. Heureusement, un théoricien était tombé à moitié amoureux de moi à travers mes textes, ma voix, qui est mon coeur, je donne souvent le plus intime, je ne peux pas vous donner mon égo, vous avez déjà le vôtre, bien calibré. Heureusement qu'il était là pour me montrer la marche à suivre. Heureusement qu'ils sont là, leurs gestes sont pleins d'amour et d'humanité. Beurk. Sophie avait les yeux brillants à cause du vin, on était à la lumière des bougies. Au mois d'août, je bois plus de vin que d'habitude, d'habitude c'est très rare, mais au mois d'août il me faut des choses pour oublier. Un demi-verre suffit à me faire tourner la tête. Et donc ses yeux étaient brillants à cause du vin. Les miens aussi. (Elle me l'a dit). Hervé n'ayant pas pu venir me sortir comme c'était prévu, au téléphone je lui avais dit : "on vient de se rencontrer, tu en as trouvée une autre à baiser peut-être ?" Je suis d'une cruauté sans nom parfois avec moi-même, je devrais peut-être arrêter, qu'en pensez-vous cher Sacha ? Ceci n'est pas une incitation à la réponse. Elle a pris ma main. Elle a dit : "je lui ai dit oui...maintenant c'est trop tard". Elle a sorti de son porte-feuille une petite photo carrée, de Bruno, elle l'a mise sur la table base. Elle avait été obligée de se lever et de chercher dans son sac. Elle s'est rassise avant de la jeter sur la table basse. Je l'ai prise, et puis j'ai fait un sourire d'incompréhension. C'était comme pour aller à la chasse dans ses yeux à une bien étrange moisson. Elle m'a dit : "je vais me marier avec lui, et je vais avoir des enfants avec lui". On aurait dit un mariage organisé, organisé non pas par les parents mais par les forces des ténèbres. J'en avais marre, qu'elle tourne en rond comme ça, tout en me demandant : "est-ce que moi aussi je tourne en rond ?" Peu de gens osent se le dire, ou alors ils sont des tas à se le dire pour justifier leurs maux de ventre, ça donne des lumières, des mots lumineux, des gens lumineux là où on ne trouve que du vide au pire et au mieux du caca boudin. Comme on disait enfant. Je n'ai pas eu la réponse, sinon que : je sais me battre, je sais ne pas mourir, ça je sais parfaitement le faire, et c'est quelque chose qui prend du temps. Comme de se laver, Lucia, Filipe avant. Et elle a pris ma main encore et là elle m'a dit : "je devrais rester ?" Et j'ai eu PEUR. Je comprenais le double-sens : ça voulait dire : invite-moi dans mon lit. Mais pour dormir ou pour faire l'amour ? Je n'avais pas forcément envie de faire l'amour avec une femme, encore avec une femme, Alexandra m'avait bien suffit. J'avais même dit à Franck, avec qui je n'irai jamais marcher par-delà les nuages, s'il n'y a que des gens comme ceux qui lui écrivent (comme Sacha), je préfère prendre l'autre côté, c'est un texte littéraire. Mais bon, il a du mal donc. Et j'ai eu PEUR. La RACE. Sophie a fini son verre de vin et s'est levée. Elle avait trop bu pour partir. Elle m'a dit : je peux rester ? Le téléphone sonnait. Si c'est Bruno Angéline, tu lui dis pas que je suis là. Je veux lui foutre la trouille. Angéline, que je suis, s'en va décrocher. J'adore décrocher le téléphone surtout avec la peur au ventre, de devoir entendre Denis pleurer. Je devrais peut-être demander le numéro de téléphone de Sacha, que je m'explique avec ma voix. Peut-être que là, effectivement, il comprendrait. Tout ce que je souffre, oh, ah, mon Dieu je souffre, ah, regardez moi souffrir. Déjà que dans le fond, il veut me baiser, et me mettre dans ses murs, en Normandie, faire le nouveau débarquement, il retape une maison de 200 mètres carrés, c'est trop pour un homme et ses théories, c'est beaucoup beaucoup beaucoup trop, le vide qu'il va trouver là-dedans chaque soir, il dira à son chien : on va pisser ? Zou. Avec son air malin. Petit malin, la littérature tu as du mal toi aussi avec. J'ai envie de rire là tout de suite, parce que, comment dire, comment le dire sans que ça passe pour de la hargne, parce que Alix m'a dit que j'avais de la hargne contre Franck alors que je n'ai rien contre lui, je ne fais que parler dans la liberté, EGALITE-FRATERNITE-KAPUTT, aurait-on pu lire au fronton des mairies et des maires. Si nous avions été...honnêtes. Non mais quand Sacha dit que Franck est mou avec les femmes, je veux dire j'ai pensé : l'aveugle qui guide le paralytique. Avouez que c'est amusant. Bruno me demandait dans le combiné : Sophie n'est pas chez toi ? Non. Je la regardais. Je lui mentais. Cela me coûte de mentir. Même à toi Bruno, ça me coûte. Si tu l'as vois tu lui dis que je suis inquiet, je ne sais pas où elle est. J'ai raccroché, ensuite, plus tard, autour d'autres verres de vin, je demanderai à Sophie si ça la gêne que je raconte tout ça par écrit. Bruno ne vient plus me lire. Il dit que non. Sophie a dit : "bien sûr qu'il vient te lire". Mais jamais il n'osera parler de ce que tu dis sur nous. Je te l'avais dit ça. Ben oui. Il est comme ça. Je l'aime, je ne peux pas m'empêcher. Et si l'aimer c'est d'accepter l'autre comme il est, même si ça me fait mal, j'accepte alors qu'il me trompe. Là, je pose mon verre. Je passe ma langue sur mes lèvres. Tout était clair. Tout d'un coup. Hop, je me sentais lavée de moi-même. Je me sentais bien. Je me sentais en harmonie avec cette épouvantable planète, en votre compagnie, vous qui sortez les autres de leurs maisons, les terres appartiennent aux autres. L'Homme est vraiment un Bébé. Antony a raison. Août est mort, encore un jour et quelques jours de septembre, août ce n'est pas seulement la fin à août, je continue, moi. Je continue et je n'ai pas besoin de vos encouragements faux, qui cachent mal vos nausées à mon sujet, mais je n'ai que faire aussi de vos nausées. Je les écris. Moi. Je continue. Lorsque vous m'adressez des encouragements, vous vous dites à vous-mêmes : mon Dieu mais qu'est-ce que cette souillon a encore à dire après trois cent petits textes ? Comme tout était clair, Sophie allait dormir en haut. Je l'ai embrassée. Elle s'est laissée faire. Je l'ai embrassée tendrement, sur les lèvres d'abord, je me suis penchée vers elle, directement, et je l'ai embrassée, sur fond d'ïle de la tentation que nous ne regardions pas (c'est pour ça qu'on avait choisi cette émission). Et je me suis sentie bien, les agressions, les violences que je n'ai pas raconté parce que ce n'est pas votre business, etc, tout, je l'ai évacué. Ensuite la langue c'est SOPHIE qui l'a mise, pas moi. Et pendant presque deux minutes montre en main, bite en main aurait dit une femme perverse, que je ne suis pas, à laquelle je ne peux pas ressembler, on s'est roulé des pelles. Des bonnes. Des pelles. Bruno. Des pelles. Pour moi, tromper ça commence là déjà. Elle a commencé à te tromper avec moi. Bite en main que tu dois être là, en lisant ça. Ou alors tu dois l'avoir dans la gorge. Cette photo de toi je vais la publier, tant pis. Je ne peux plus écrire maintenant sur des gens invisibles, et puis tu as une belle petite gueule de dégonflé, comme Benjamin, tu as une belle petite gueule qui plaît, derrière ça me plaît moins, derrière cette face de petite gueule de sale dégonflé. Dans l'écriture, on peut insulter ? Je suis bien au-delà, oh là là. Ceux qui ne sont pas au-delà sont bien en-dessous, et de tout. J'en connais un ou deux. Ensuite, Sophie m'a regardée. Je me suis rassise. En souriant. Elle était gênée, toute rouge, émue, bouleversée, vraiment, par la confusion dans son coeur : c'était la première fois qu'elle roulait une pelle à une fille et cette fille c'était moi.
Elle a tenu à repartir en me promettant qu'elle serait prudente. A neuf heures. Ensuite Hervé est venu, en sueurs, il avait travaillé sur un autre chantier. Il a mangé pendant que je buvais dans mon verre ballon Denis, celui que tu trouvais gothique, au pied noir, de l'eau. En le regardant. En souriant en repensant à Sophie et à mon oncle. J'avais envie d'en rire. Assise. Hervé avait envie de rire à cause de moi : "dis-moi ce qui te fait rire..." Il avait mal au dos.
Alors comme je ne le connais pas très bien, j'ai laissé sa queue en moi plantée, et on était assis dans le lit, moi assise sur lui, son visage contre mes seins presque, avant que je n'entame la conversation avec Benjamin, qui est un être bien dénué d'intérêt, je me demande pourquoi il s'acharne. Il ne m'aura jamais, jamais. (J'ai joui avec Hervé, je jouis souvent pendant cette période, malheureusement).
Un anonyme : "comment tout cela va-t-il s'arrêter ? En queue de poisson ?"
Je crois très sincèrement, on a pas mis de capote, tant pis on a oublié, il avait mal au dos, que ça va bien se finir. J'ai hâte, vraiment, d'en finir avec l'écriture. Je sais qu'il me faudra attendre ma mort, celle que vous attendiez, la procession, que vous commenciez. Je n'ai pas besoin de vos encouragements, ni de vos crachats. J'ai besoin de plus que vos encouragements, j'ai besoin de vous complètement. Ce n'est pas très compliqué à comprendre je pense. Je ne peux pas en dire plus maintenant, ça serait tomber dans la maladresse et moi je ne suis pas Sacha je ne suis pas rien. C'est une jolie phrase non ? Allez je me la repasse : c'est quoi les morceaux gluants et solides dans vos spermes, certains hommes en recrachent plus que d'autres, je veux dire, techniquement, c'est quoi ? Toujours aucun homme capable de me répondre ?
La première fois que vous en avez trouvé, ça vous a fait peur, vous ne saviez plus vraiment quelle était cette confusion tout en vous disant : "ça doit être normal".
Donc là Hervé, dort. (Il ressemble au costaud en bas, bof hein ?). Il voulait prendre une douche mais je voulais coucher avec lui sale. Il a accepté, moi qui suis propre. Après souvent, après l'amour, je mange, et vous ? J'écris aussi, je déambule, j'ai l'impression que j'ai joui mais qu'en même temps, on a ouvert mon ventre pour m'en arracher les viscères. Ce n'est pas une douleur physique c'est une image mentale, c'est mentale. L'emmental. L'écriture, j'ai trouvé, c'est du fromage. Surtout chez les autres.
Quel est son MAGNIFIQUE PUTAIN DE PRENOM ?
ANGELINE
Bruno, je sais que tu vas pas être content d'être vu ici, avec ta photo, mais je crois que je ne peux plus écrire deux lignes sur toi sans te manquer de respect. Tu devrais arrêter de fuir ta Maison. Ta sale gueule de dégonflé est tellement craquante.



