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Les Récits de la Maison des Morts
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Les Récits de la Maison des Morts
21 août 2005

Un moment entier avec son électricité

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Elle m'a embrassée encore, c'est vrai. C'est vrai que je pleure beaucoup depuis deux trois jours. C'est vrai. C'est vrai aussi, comme ce jeune homme qui écrit, il se reconnaîtra, que je sais pourquoi. On sait pourquoi. Ne vous en faites pas. C'est vrai qu'on espère ne pas être dans la plainte. Dans l'exposition. Dans la pose. Des croûtes. Vous le faites mais vous ne supportez pas que d'autres le fassent. Dès que vous êtes dans la plainte, les autres sont dans la pose. Elle a essuyé mes larmes et puis en m'embrassant m'a grimpé dessus. Je peux vous en parler, parce que je sais ce que j'ai pu ressentir. Disons que c'est vrai, je pleure beaucoup depuis deux-trois jours, les travaux, les orages, les pluies, les maçons, les gens, les souvenirs de la maison des morts, les chaises brûlées, les voisins, c'est compliqué, être compliqué fût un jour mon destin. Les accidents d'avions, encore heureux que je ne les connais pas les morts, je serais malheureuse sinon. C'est difficile. Donc c'est vrai, lorsqu'on a besoin de quelqu'un, on a besoin de quelqu'un. Lorsqu'on a envie d'y aller, aux toilettes, faut y aller. C'est comme ça depuis la nuit des temps. Bien avant qu'on construise des maisons. Bien avant que l'homme de Cro-Mignon n'utilise des outils, bien avant que les flots se durcissent pour les pieds de Jésus Christ. Bien avant moi. Bien avant nous, notre parole. Je l'ai appelée elle parce que je ne la connais pas bien, Alexandra. Et que j'avais envie de coucher avec elle (lorsque je suis malheureuse j'ai envie de coucher avec des gens, avis aux amateurs. Ce n'est pas drôle, je dis la vérité et vous ?). Non ce n'est pas la question, mais je pense que ça me rend malheureuse, je suis une bonobo qui a oublié d'être une femme. Beaucoup d'artistes de théâtre de rue m'expliquaient dans des soirées arrosées que les bonobos réglaient leurs problèmes par le sexe. Ils essayaient de me dire : faisons pareil. Bien sûr ça ne marchait pas. Le bonobo n'a pas de ligne téléphonique reliée au mystique. Je riais beaucoup à cette époque, mais mes rires n'étaient pas francs, c'était l'une des rares choses pas franches dans ma personne. Et vous dans la vôtre ? Vous devriez m'en parler. Cela m'intéresse. Bon on s'est embrassées, effectivement, elle a passé ses mains sous mon gilet, sous mon t-shirt (j'étais habillée comme une clocharde), elle a touché mes seins. On s'est embrassées, moi malheureuse, comme ça, le temps est gris, la vie est bien faite mais dure, dure, difficile, c'est difficile les nuances, j'aimerais bien que, comme vous, enfin certains d'entre vous, que le monde à mes yeux soit séparé entre les gentils et les méchants, cela m'enchanterait, cela me permettrait de comprendre ce que je veux comprendre : au-delà de toute notre galaxie. Elle embrassait mes seins, je ne voulais pas qu'elle touche mon sexe, elle a montré ses seins, dans ma chambre, on est monté, elle me tenait par la main, elle s'est cognée contre un morceau de bois, je n'ai toujours pas de tuiles. J'en ai marre. De tout. Là. Tout de suite. Bon je continue de parler : on se souriait peu. Mais je pleurnichais moins. J'avais de petites larmes. Elle, elle parle pendant qu'elle caresse : j'ai gardé ma petite culotte, elle avait un string. J'avais mis Hedonism de Skunk Anansie. Elle m'avouera plus tard avoir pensé à ce string, en le mettant, exprès pour venir chez moi. Un dimanche matin jour du seigneur, moi hétérosexuelle homosexuelle Malheureusement Déprimante (déprimée je voulais dire, ne me donnez pas raison je vous en supplie). C'était pas vraiment soulageant. De faire des caresses de jeunes filles. Ces caresses prodiguées parce que je ne savais plus trop comment expliquer. Le corps a son propre langage, il suffit de regarder les danseurs. Ou vos corps, dans les rues, comment ils bougent tous de la même façon. Elle a pris les pointes de mes seins dans sa bouche humide et chaude, c'était doux, et moi j'avais des larmes qui tournaient dans mes yeux, elle profitait de ça, je le savais, je me laissais faire, je profitais du fait qu'elle profitait de moi, c'était clair, c'était mensonger comme situation, deux femmes qui s'aiment mais pas tellement. Juste l'attachement. Un attachement qu'on ne peut pas vraiment comprendre. Si on est pas allé au moins une fois sur ce genre de terrain, aride. Je suis faite pour aimer autrement qu'on m'a aimée. Ce genre de discours à la longue fatigue et je n'avais plus de paroles ce matin, plus les moyens d'avoir du bon sens (j'en vois qui se dise qu'elle n'en a jamais eu, je vous le dis net, je vous emmerde). Elle a voulu que je suce ses seins mais j'ai refusé. Sur mon lit. Elle voulait mettre sa main dans ma culotte, mais j'ai refusé. J'ai honte là tout de suite. J'aurais dû aller au bout, on ne fait jamais les choses à moitié. On ne peut pas se contenter de nos limites, de nos oeillères. Alors j'ai mis ma main dans la sienne, à la recherche d'un peu d'électricité. Electricité. La pomme, l'Eden, Newton, le mélange, mes doigts dedans, le mélange, et je ne pensais à rien sinon à ravaler les larmes, mon corps pleurait, ce n'était pas moi c'était la fatigue de mon corps, qui s'exprimait. Au mois d'août c'est souvent. Les femmes violées ont cette fâcheuse tendance à séparer l'âme du corps. Un peu comme les Prêtres et les Religieux. C'est plus facile pour eux, que de prendre tout comme c'est. Certainement. J'ai dû lui faire mal parce qu'elle a sursautée. Elle voulait me lécher, elle me disait :"t'es tellement belle, t'es trop belle, je veux le faire". Je disais non au début. Dimanche matin. Dimanche matin jour du Seigneur, je n'ai pas mes règles, je n'irai pas faire la mayonnaise, comme plaisantent les bons gros franchouillards en familles. Alors j'ai accepté qu'elle me touche. Mon sexe. Mon sexe, cet endroit mystérieux et insondable pour moi autant que pour ceux qui l'ont exploré. Non, pas pour moi. Elle s'y connaissait, les lesbiennes s'y connaissent à merveille pour trouver l'électricité dans le morceau de chair adéquat. L'endroit ou le mot juste, la parcelle exacte.

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Le capuchon du clitoris est pris dans les flammes lui aussi. Dans cette culture de la mort, dans vos vies morbides, maladives, en fait, de la mort, le capuchon est pris, le mien et elle me léchait, elle mettait deux ou trois doigts. Je n'arrive pas à vous le raconter sans que ça me donne envie de regarder ailleurs. Pourtant non. Elle revenait sur moi, elle léchait encore mes seins, sans même m'en rendre compte, j'avais le sexe en feu, mais ce feu était la jouissance et ça commençait, c'était latent, ç'allait exploser. Deux mois presque que je n'avais pas jouis à cause de quelqu'un. Peu d'hommes parvenaient à ce résultat, aucun aussi vite, elle s'y prenait même mieux que Katia en Janvier dernier. Je précise que j'ai couché avec une femme ce matin mais que je ne suis pas lesbienne. C'est clair ? C'est le mois d'août, il allait me pousser à faire quelque chose, quelque chose que même mes ennemis auraient regretté, en tournant la page de leurs journaux bien fades, avec leurs prétentions délirantes lorsqu'il s'agit de parler des voix dans nos têtes, en l'occurence de ma voix, dans ma tête la voix qui fait entendre mes pensées à mon coeur, ou l'inverse, c'est compliqué d'expliquer tout ça, j'essaie, moi. Après l'amour, j'ai remis ma culotte, Alexandra m'a demandée si elle pouvait fumer une cigarette, j'ai dit oui. Alors qu'aux hommes je dis non. Ils me demandent souvent, après l'amour. Une cigarette. Comme s'il fallait tester et analyser, tout de suite. Surtout quand on ne sait pas. Si pour L'Autre ça s'est bien déroulé. Le fil du plaisir. La vague qui m'a emportée. Un soleil couchant, le parfait cliché. Le refoulement intérieur. Le ressac. Le parfait cliché. Dedans. Et j'ai joui, mais pas longtemps mais vite, elle m'a eu vite. Elle savait ce qu'elle faisait. Une goutte de crachat, de salive sur mon anus. Je n'aime pas cette sensation. On va me dire : c'est polisson. Je dirais plutôt couillon. Moi avant je pleurais. La tension avec la jouissance avait explosé. Je pouvais enfin ouvrir mes poumons et respirer. Elle me regardait. Tu veux ma cigarette ? Elle sentait que quelque chose n'allait pas. Elle avait l'impression de m'avoir volée. Comme une viole sans le "i" et le "e". D'avoir profité de ma détresse. Alors que Jean a sucé le chef de la Gendarmerie de Chalivigny sur Besbre, le gendarme il est marié, il a des gosses, il revenait lui demander, jusqu'à l'éjaculation. Jean a dû lui dire : "non". Jean trompait son mec de l'époque. Jean n'a pas beaucoup de dignité. Parfois. J'avais envie d'une pomme. Dans le lit. Je me suis rhabillée. Je lui dis froidement, à Alexandra : tu veux prendre une douche ? Elle me dit : "non, je dois y aller". Pof. C'est froid. Je me sens plus forte, elle a réussi à percer l'abscès de tension, c'est bon. Elle dégage. Elle le sent. Elle le sait. D'ailleurs. Sacha aurait pu venir entre nous deux. Bien sûr Alex ne l'aurait pas touché. J'aurais pu me faire lécher par elle pendant qu'il m'aurait prise par derrirère. Je ne sais pas pourquoi je pense beaucoup (trop) à lui. Bizarre. Je crois qu'il devrait m'envoyer d'autres photos de lui. Que je me fasse une opinion plus concrète. S'il m'aime un peu. Je crois que je suis tombée amoureuse de lui.

Dans le salon on a réussi à parler, je mangeais une pomme. J'étais plus douce. Je lui ai présenté mes excuses. Moi aussi je m'étais servie d'elle. Pour percer ma tension. Mon mal-être. J'utilise rarement les gens, ou alors à l'insu de mon plein grès. Non je déconne mais j'utilise rarement les gens, ou alors je ne le vois pas (comme vous je ne peux pas tout voir).

Toujours pas de nouvelles des artistes. D'eux. Tant pis ?

Elle s'en est allée un peu esseulée. Elle avait l'air tendu, toute ma tension elle l'avait prise. Elle n'a pas été dans la jouissance physique. Elle a dit : "c'est marrant, tu fonctionnes comme un homme, tu dois jouir physiquement pour que ça marche, tu ne jouis pas beaucoup mentalement, sucer un mec ça doit pas te donner beaucoup de plaisir, vu que tu t'en fiches de jouir en sachant que tu fais jouir". Je fonctionne comme un mec ? Même des hommes ont été jusqu'à me le dire.

Filipe on lui disait la même chose. Lorsqu'il écrivait. Il était tard, il faisait nuit, souvent, dans le coeur du Cobra, les codes ne passaient pas, la société ne voyait pas, que son cerveau c'était juste une tranche de marmelade. Et Filipe il était peut-être payé pour ça, comme à l'époque où Adam était payé par Dieu pour donner un nom aux animaux, et les Mammouths payaient les hommes des Cavernes pour mourir un peu plus lentement.

Angéline Fottorino s'enferme de plus en plus dans son écriture cloisonnée et ne cherche plus vraiment à partager ni même à communier avec son lecteur potentiel. Le drame de l'autofiction comme une tragédie de science-fiction.

Ecarte les jambes. Mets-toi sur le dos. Embrasse-moi. Tiens moi la queue. Masse-moi les couilles. Mets-moi un doigt. Branle vite entre tes seins. Avale. Je ne l'ai jamais dit, ça ? Vraiment.

Elle est repartie, à bord de son C4 dont elle est très fière. Je deviendrais folle en vivant avec une femme, c'est sûr un homme sans pénis ça manque cruellement. Je deviendrais cinglée. En même temps, ça me va. Quel affreux dilemme. Sinon la nuit dernière j'ai rêvé que je suçais mon psychanalyste et qu'un cobra noir rampait partout. Il cherchait à me mordre mais il échouait à chaque tentative parce que je le repoussais d'une main. Je lui jetais un crapaud mort dans un couloir, une moquette rouge, et il allait l'avaler. Il repartait sous un lit. J'étais fière de dire aux autres : j'ai évité la morsure du Cobra Noir. Je me sentais mieux, après avoir joui, après avoir joui grâce à quelqu'un. Ce n'est pas pareil que tout seul. Je pense que toutes les personnes seules devraient au moins essayer une fois de jouir grâce à quelqu'un d'autre. Homme ou femme. C'est quelque chose de délicieux.

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ANGELINE

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Commentaires
H
Fucking Amal
M
C'est vrai que qd qqun s'occupe de nous c'est autre chose. Ca fait un ti moment que je ne suis pas venue mettre un ti com. En tout cas je te fais de gros bizoo.
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