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Les Récits de la Maison des Morts
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Les Récits de la Maison des Morts
13 août 2005

ILS

warzone

Tout d'abord, l'histoire de quelque chose qui me tient à coeur : le début était toujours assez faux, assez moche, je ne fais qu'écouter, prendre, dans leurs phrases, leurs gestes pour m'émouvoir. Ils m'émeuvent parfois. Je les trouve plus rarement séduisant. Il faut que ça soit un ensemble. Par exemple, mon ex-mari, quel charisme. Jusqu'à ce que je trouve des photos pédophiles chez nous. Chez lui qui est devenu chez nous. Jusqu'à ce que je me fasse frapper, c'était un homme cultivé, la culture il était imparable il avait connu Charles Trenet dans sa jeunesse. Charles Trenet était fou amoureux de la jeunesse, paraît-il. Il se vantait souvent d'avoir connu ce chanteur. Je n'étais pas impressionnée, pour dire toute la vérité. Et puis ce Pope vu en Grèce, il m'y avait emmenée, on avait passé notre semaine, après le mariage. Il avait tenu, par exemple à faire les choses correctement, un mariage, un voyage de noces. Les noces étaient pourries cependant, mais ç'avait les apparences du noble, du vivant. C'était pourri à l'intérieur du mensonge, lui, et de la crédulité crasse, moi. La crédulité des gens égoïstes qui pensent peut-être que l'amour est un flingue avec lequel on peut jouer. Et tirer ici et là en sautant comme un fou, en riant comme un dératé. Sinon, il m'invite, il veut que je vienne à son mariage, en Bretagne, je vais y aller en septembre, je ne voulais pas y aller, mais après tout. J'ai réfléchi : j'ai envie de voir le visage de sa prochaine victime. Je sais que je n'ai pas le droit de dire ça, pourtant j'ai le droit ici, c'est l'écriture ici, ce n'est pas grave et en même temps : c'est gravé quelque part, même si c'est de peu d'importance. Je vous vois d'ici, penser : "alors là Angéline, on ne te le fait pas dire". Bien sûr, dans vos têtes, surtout vous messieurs, vous me tutoyez.

Et ils me disaient parfois, en Grèce, ou dans le Nord, ou en Normandie puis à Paris, ou en Lorraine, Jérôme, ce jeune homme, le plus jeune des Ils, puisque c'est d'hommes que je parle, comme d'habitude évidemment, ce sont eux les sujets les plus intéressants sur cette planète et les plus...CENSURE. Je vous rappelle en passant qu'ici la parole est autorisée, libre, même pour la censure. Elle a le droit. Ils me disaient : Angéline, regarde ce ciel, ils jouaient aux romantiques, ce faux-romantisme qui voudrait que l'amour est pareil à l'image d'une étoile, ou d'une planète accrochée dans le ciel noir, comme on est petit, n'est-ce pas, dans l'univers, comme c'est fou de vivre sur une planète accrochée à l'envers. Ils passaient leur temps, en me disant "je t'aime", à parler d'eux, finalement, on me reproche parfois de parler de moi, alors que les autres, partout, tout le temps, ne font que ça. Ils me montraient les étoiles, avec Jérôme on allait sur son toit, la maison, et on regardait les étoiles cet été-là. Cet été-là où j'ai essayé de lui expliquer mon autisme. Mon oncle, provoqué par la fracture. La vague. Le tsunami des enfers intérieures. C'était comme ça. Je n'ai pas vraiment réussi à en parler. J'étais sûrement constipée. Au niveau de la parole.

Merci à vous, messieurs, pour votre amour donné à moi mais qui en fait parlait de vous-mêmes.

Bravo.

Tous l'ont fait, Edgard parce que c'était un intellectuel, pour un intellectuel il était plutôt propre, ça allait, Jérome, parce que c'était un jeune homme qui travaillait dur pour s'en sortir, Jean parce que j'ai été sa deuxième femme au milieu d'hommes, etc. Denis. Etc. Denis, ah Denis. C'est bon de t'entendre ne pas me manquer dans ton silence. C'est bon de t'avoir relayé dans ma littérature. Que c'est beau d'avoir 24 ans en l'an 2005, le huitième mois, le neuvième jour, de l'an 2005. Tous les 25 finalement, il se passe quelque chose, les 25 quoi ? Il se passe quelque chose, seules les femmes saignent réellement.

Les hommes peuvent bien parler d'eux.

Ceci n'est pas une charge contre les hommes. Attention. Soyez un peu doux, en lisant. Cela vous changera. De votre voracité, trop difficile à ravaler, peut-être parce que ce monde est à l'envers et que c'est un peu de la faute de vos ancêtres. Je ne sais pas. Je suis ma propre mère je suis mon propre fils vous êtes dans le vrai-faux, c'est mieux que moi qui suis dans le désarroi de vous voir, si beaux et si...attirants. Avec cette beauté. Que vous dégagez. Je n'en sais trop rien en fait, je parle, c'est pas grand chose. Ceci n'est pas une décharge contre les hommes, c'est juste un texte, des mots. Je ne suis pas en train de tirer sur les hommes. Ou sur des personnes. Attention je précise. Je n'oppose pas les hommes et les femmes, encore une fois, je le dis avant, parce que je sais que vous allez le penser, encore une fois.

wtcaerial

Tellement vos dents sont déchaussées, difficile de la ravaler votre voracité. Car il est parfois très difficile de savoir à quel sexe on appartient vraiment dans son coeur, dans son coeur je veux dire. Parce que sinon, c'est clair, à moins d'être hermaphrodite. Ce qui est une horreur, ils devraient tous se faire incinérer vivants (drôle de plaisanterie, dirait Denis).

Par exemple, ils sont pieds nus, en été, ils ont un pantacourt, c'est très à la mode, ils bandent, et vous vous demandez pourquoi vous êtes avec eux, à gaspiller votre vie, qui n'est pas à se perdre à côté d'eux. Auprès d'une femme ?

Hourra m'avait mis dans ses liens en soulignant : elles souffrent. J'avais été très grossière après, j'avais dit : et ta mère ? et ta soeur ? Peut-être que je ne voulais pas le lire, finalement. C'est comme les autres, finalement, Angéline, ni meilleure ni pire. A égalité.

Ils me caressaient, ils me battaient, au moins d'une manière métaphoriques, presque tous m'ont la même chose, le plus clair a été Edgard, avec son ancienne particule, de Mon Cul, on va dire, il était fier d'avoir un beau langage bien au-dessus de la pauvre petite Angéline qui fait des fautes encore, d'orthographes et de frappes : ce qui est énervant chez toi c'est que tu n'es pas masculine. C'est que tu es féminine.

Jusque là je suivais tranquillement. Continuons.

Et pourtant cette douceur est forte comme le métal. Comme l'acier. Tu es plus forte que Bruce Lee, il me disait souvent, d'où mon admiration pour le dernier film de Tarantino dans lequel je m'étais complètement identifiée à Beatrix Kiddo. Tu es forte à cause de ça et c'est profondément déstabilisant. Tu es irréprochable, même dans tes défauts, c'est pour ça que moi, je ne peux qu'être jaloux de ton talent.

Il était tellement jaloux qu'il m'a cassé une dent, cassé l'avant-bras, et fêlé quelques côtes, tellement ma force, il voulait la détruire, l'enculé. Ils me disaient : regarde les étoiles Angéline, l'amour c'est là-bas, ils n'osaient pas trop parler franchement, l'amour n'était pas là, au moins eux essayaient de parler d'amour, contrairement à d'autres qui ont envie de pisser dans leur culotte dès qu'il faut qu'ils sortent leur intime de leur logement, c'est-à-dire les viscères et tous les sales bataclans. Qui ne sont pas nobles, ni divins. A manger. Peut-être parce que le monde est l'envers, comme les malades pieds nus à l'hôpital ici c'est un bel enfer, un beau merdier, la violence à la télé, c'est comme si c'était dans notre salon, c'est une fenêtre sur la violence, c'est épouvantable ce monde qui part en ruines.

Ils regardaient les étoiles parce que ça leur faisait trop mal de regarder mes yeux. Et d'y voir ce qu'ils n'avaient pas, même si moi je ne le savais pas, je ne pouvais pas. M'en rendre compte.

Ils m'aimaient peut-être, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.

Ils prenaient ma main, ils m'embrassaient, si tout allait bien. On regardait les étoiles.

Denis m'a montré des étoiles, lorsque nous allions vers la voiture, c'est un souvenir comme ça que j'ai, que j'ai envie de dire là tout de suite.

C'était calme, c'était peu emporté, c'était quelque chose de raté.

Je les aimais un peu, beaucoup, avec passion, jusqu'au bout de la raison, dans le monde à l'envers, pour mieux qu'ils démarrent sans trop s'en faire.

Ils démarraient forts, parfois. Et je me demandais souvent comment j'allais faire pour...tenir. Et CENSURE CENSURE CENSURE CENSURE. Ils avaient des familles à me présenter, des prénoms à choisir, des choses à me dire, des caresses à prodiguer, des options à explorer, des seins à peloter, et des étoiles à montrer.

Denis vers la voiture. Ton silence aujourd'hui, tu sais quoi ? Je n'y pense pas. Autrement qu'ici, je te promets (les promesses sont faites pour être tenues, sinon ça ne sert à rien que la Fille, elle Ecrive), je n'arrive pas à y penser.

syrian_occupation_crime1

Le toit de ma Maison, en reconstruction, sera fini demain, ils mettront des toiles, pour recouvrir, pour protéger. Comme si dans la société, on avait pas comme ça assez de choses mise sous cloche. Ce Pope rencontré avec Edgard en Grèce, le toit de Jérôme, pour voir la nuit, et moi qui n'arrive pas à lui expliquer la césure, la fracture, le truc qui a fait de moi une sorte de Cassandre, aux yeux crevés, mais qui voit encore. Contrairement à ce que vous pouvez lui dire ou penser de faux sur elle. Ce Pope qui s'est fait prendre en photo, alors qu'ils refusent normalement. Il a dit oui. A mon ex-mari. Jean qui s'est fait trompé par l'homme avec qui il me trompait, Denis, le dernier en date, la dernière victime m'a dit Marie en me consolant, parce que ce n'est pas tous les jours faciles, il ne faut pas croire que parler de ça, ici, de lui, c'est quelque chose de facile. C'est même monstrueux. De lui faire ça : de lui dire : je m'en fous, alors qu'en fait, non, et que la littérature non plus, elle ne s'en fout pas. De toi.

Mais bon c'est la vie, c'est comme ça. Marie m'a dit : tu n'as pas tout simplement pas rencontré celui qui saura rester avec toi jusqu'à la fin. A la fin de la journée, et au début d'une autre, elle voulait dire. Comme un lit enflammé, je te regarde Denis, dedans, brûler avec la Putain Magnifique que j'ai été, Putain Magnifique, comme certains ILS me disaient parfois. Dans le monde à l'envers, avec raison. Et comme ce fut étrange d'avoir 20 ans à Paris, Rue des Censures Profondes. Comme c'est beau, ce Père avec ses deux enfants, qui fini dans le coffre d'une voiture abandonnée dans un parking sous-terrain quelconque.

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ANGELINE

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