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Les Récits de la Maison des Morts
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Les Récits de la Maison des Morts
13 juillet 2005

Déchirements 1880

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Il m'appelle sa plus belle rose. Jésus travaille dur la semaine, il n'est pas un fainéant. Bien en place sur sa croix. Jésus n'aime pas beaucoup les enfants, les hommes d'églises ne sont pas tous dans son cas. Car il y avait bien Jean-Marie qui voyait en secret une femme à qui il avait fait un enfant : ils ne sont pas tous pédophiles les hommes prêtres qui veulent avoir des enfants. C'est sûr. Jésus travaillait la semaine dure pendant que sa copine, Gabrielle, plus connue sous le nom d'Angéline, écrivait des mots qui n'intéressaient fondamentalement personne, et qui en plus sentaient le sang, l'urine et la mauvaise haleine. On lui reprochait de parler de la mauvaise haleine et du sang comme si elle avait inventé la mauvaise haleine et le sang. Elle ne faisait plus attention aujourd'hui à ça. Elle constatait juste. Elle n'avait jamais été une copine aimante. Pour baiser elle avait bien les jambes ouvertes, tristement, c'était plus l'habitude de son corps, pétri de mauvais rythmes, qu'autre chose. Jésus travaillait dans une compagnie financière très importante, il brassait dans ses contrats obscurs pour Gabrielle des sommes d'argent astronomiques, parfois il pensait pouvoir acheter les femmes avec. Mais pas elle. Elle passait. Dessus. Le temps passait dessus, les images, les mots, les volcans qui sortaient de la terre de son esprit, c'était un volcan, elle avait un volcan en elle. Elle était comme ça. Elle ne se prenait pas pour autre chose. Elle savait. Elle le regardait, elle rendait beau ici et là certains aspects, pour ses amis, il faut être bien devant ses amis, sinon ils vous fuient parfois. Ce ne sont pas de vrais amis, elle n'est pas sans l'ignorer. Mais son corps avait besoin de contacts avec d'autres corps, autant prendre de faux amis à défaut d'en avoir des vrais. De toute façon comment parler ? Jésus prenait un verre avec ses collègues en bas, le matin le journal, le week-end, Jésus venait la voir, pour lui lécher le clitoris. Le clito. Riche. Et ils s'aimaient. Cela se voyait. Pourtant. Pourtant. Pourtant. Encore, encore encore. Ce truc, cette chose, ce machin. Elle avait un coeur à baffer. Vraiment, à mettre des coups de poing dedans comme des rites débiles de virilité chez les marines. Elle souffrait beaucoup à cause de ça mais la souffrance n'était pas son ennemie. On lui donnait des conseils débiles pour l'évacuer. Elle aimait aimer mais elle n'aimait pas tout court. C'était peut-être parce qu'elle n'était pas faite pour ça. Bref, beaucoup de petites paroles sans grande importance. Jésus marchait sur l'eau des fontaines, montrait du doigt quelques colombes. C'était juste des Pigeons blancs. Il avait des oeufs d'or dans sa poche, il en donnait souvent à Gabrielle, à l'époque où elle s'appelait Gabrielle. A l'époque beaucoup de prophètes venaient lui donner des oeufs d'or. Elle avait connu le Diable cornu avec une queue fourchue dans un enfer un jour en été au Portugal (non en fait c'était juste un être humain). Et quand revenait l'été, les souvenirs venaient l'agresser, comme des mains qui caresseraient son corps sans qu'elle soit d'accord. Elle tentait par tous les moyens d'évacuer le mal de sa Maison : exorcistes, gousses d'ail, crucifix, mais tout cela ne servait à rien. Jésus sentait l'air chez elle après l'amour : mais chez toi ça ne sent pas le mal contrairement à ce qu'ils disent. Elle pleurait dans le creux de son cou. Parfois on a besoin d'un corps, même si ce corps abrite une personnalité bien peu intéressante ou engageante. Nous sommes comme ça. Nous prenons, nous ne faisons pas que donner. Elle peignait moins qu'avant, elle passait le plus clair de son temps, dans son cabaret, à écouter la contradiction de son coeur. Elle se disait : "j'ai toujours été trompée, on m'a toujours menti, ils mentent toujours et en plus ça les fait rire". Elle avait des idées paranos. Jésus en sandalettes la baisait à mort pour évacuer le stresse, Jésus savait sacrifier de lui pour que ses agnelles Gabrielle. Il mettait sa langue dans sa bouche, la langue, parfois même sa parole. Elle pleurait en faisant l'amour. Elle pleure souvent en faisant l'amour, on dirait qu'on la met au bûcher des vanités. On dirait qu'on lui perce les poumons avec un énorme couteau de boucher. On dirait qu'elle a un sac noir sur la tête et qu'on l'embrasse sur le tissu, on dirait, elle a le sentiment d'être intouchable à force d'être touchée de la sorte. En Inde les Intouchables touchent les morts que personne ne veut ramasser. Les morts du tsunami par exemple. Les intouchables ramassaient les cadavres les plus morcelés, ceux avec lesquels il y avait un risque biologique. Jésus sur des images regarde le ciel comme Marie, sa mère et la pute qui l'accompagne. Accrochés à des chambres. Elle a voulu se faire nonne, elle a voulu se faire bonne soeur, elle a voulu être prêtre mais elle n'avait pas de pénis. Comme Paulina 1880 elle souhaitait s'enflammer dans l'amour du Christ, car elle avai vu Satan un jour en été, Satan n'a pas de cornes ni de queue fourchue, elle l'a vu, et elle voulait donner sa vie à quelqu'un d'autre qu'à lui. Comme Paulina 1880. Elle n'avait pas compris fondamentalement le sacrifice de Jésus. Jésus avait un ami, Paul, qui était homosexuel. Paul était aussi son apôtre. Paul était homosexuel et tenait un garage de campagne où vit le fond du trou du cul de la France. Une femme venait, une vieille, lui demander du sexe, une riche, qui s'ennuyait de son mari. Ils mentent tous, et pendant l'amour, Gabrielle pleurait, Gabrielle pleurait à chaudes larmes, ce n'était pas de faux sanglots : c'était du vrai sang dans les flots que les bateaux essayaient tant bien que mal de déchirer. Elle tremblait rien que d'y penser. L'image de son sang dans la serviette hygiènique, toutes ces choses, que le Diable avait fait chez elle, anormales. Paul avait un amant, Fred, et ils allaient avoir un enfant, bientôt, très bientôt. Gabrielle avait envie de leur cracher sa jalousie à la gueule mais Gabrielle s'agenouillait à la demande. Pour prier enfin. Et devenir pure. Pour changer sa vie, pour devenir pure et Grande. Son amie Sophie voyait tout en noir ou alors tout en blanc, c'était pénible. Gabrielle voyait les choses d'une manière contrastée, nuancée, ça faisait de pire en pire, de plus en plus dans ce monde le bien faisait l'amour avec le mal, de sorte que des deux corps on ne savait pas qui enculerait l'autre au dernier round. Enfin, on ne savait pas...Gabrielle à genoux devant les croix, demandait à Dieu : pourquoi Jésus veut que je vienne à Paris ? Pour faire la maman ? Pendant, comme j'ai dit à Franck hier soir, que le bébé se noit dans l'eau du bain j'écrive comme une malade atteinte de maladie biologique ? Jésus (ou Denis) ça n'est pas pour moi pas comme ça, ça n'est pas comme tu imagines pour moi ce qui vient vers moi. Gabrielle (ou Angeline) tenait à le dire. Gabrielle tient à le dire. L'Ange Gabrielle. Et j'appelle encore et encore, (litanie) mais tu n'entends pas, et je tombe encore et toujours mais je m'en relève, et j'écoute les bruits, les odeurs, je suis sanguine, comme l'orangina rouge. Très certainement. Etre une femme c'est pas facile disent certaines. Etre un homme est devenu compliqué disent certains. Etre un être humain c'est chose ardue pensait Gabrielle.

Elle aime choisir les plus roses, mais au moment de les couper, de son jardin, elle hésite. J'hésite. Je me dis : ça fera joli comme tout chez moi. Mais là où elle, sur sa tige, ça reste mieux. Donc chez elle, chez moi je laisse les roses en plastique. Moins jolis. De toute façon tout ce qu'imite l'homme c'est moins joli.

Jésus sera tué une seconde fois dans son esprit, peut-être jeté dans un volcan. Qui sait ? Et peut-être qu'elle va s'en sentir mieux. Peut-être qu'il est temps de tout recommencer à nouveau encore. Encore et encore. A jamais. Comme on dit. Gabrielle voudrait vous en dire davantage. Elle aime ses roses. Ses roses n'ont pas le sens du bien ou du mensonge : elles s'ouvrent. Elles n'ont pas de sens : c'est Gabrielle qui leur donne le leur, le plus juste possible, être juste n'est pas chose aisée dans la Maison des Morts.

Alors qu'être juge.

Elle plonge dans l'eau de la piscine. Tout autour, les filles et les garçons. Elle plonge, tout au fond de la piscine, car elle ne sait pas nager. Elle n'a jamais appris. Petite je faisais de l'épilepsie. Je devais être possédée. Et un jour de quinze ans j'ai fait exprès chez quelqu'un de plonger dans la piscine. Tout d'un coup des corps ont plongé pour me remonter. Et ils m'ont remonté. C'était ma première mise en oeuvre avortée pour partir. Je voulais partir, la terre était fatigante, elle est épuisante. Même si la vie est belle. En regardant cette piscine d'Ardèche l'année dernière, en lavant les petits corps de lézards morts, je me suis revue une fois, l'espace de cinq minutes, en train d'être remontée à la surface. Ils me redonnaient la vie, je n'étais pas encore morte. J'ai craché un peu d'eau : pour mourir vaut mieux ne pas essayer de se noyer, ça fait mal. L'eau dans les poumons.

Gabrielle souriait à ses roses pendant ce temps-là. Pendant ce temps-là, des hommes gros et barbus hurlaient à ceux qui les suivent qu'une pluie d'avions tomberait raide sur New-York, les pompes funèbres s'agitaient en se frottant les mains pour l'été en espérant une nouvelle canicule (véridique j'ai vu la personne qui m'a dit ça en souriant), des pères à l'heure où je vous parle abusent de leurs enfants, des mères jouent les hystériques pour les faire devenir homosexuels plus tard (non je plaisante), des bombes explosent quelque part, tuant certes des êtres humains mais aussi des insectes, des plantes, et faisant des taches noires sur le sol, des putes se lavent la chatte, des publicités défilent sur les écrans dans les rues des villes, faites ci, achetez ça, comme des ordres, une folle écrivait ses déchirements depuis l'année 1880, des enfants venaient au monde, des déprimés venaient d'être internés, des jeunes se pendaient pour avoir raté leur bac, d'autres étaient très fiers d'avoir réussi les codes de la société, des femmes infidèles disaient à leur mari : je t'aime, ou l'inverse, des hommes dormaient, et dans leurs chambres, alors qu'ils vivaient leurs rêves les yeux fermés, riboulants sous les paupières, sur leurs murs des croix du Christ, qui aurait donné sa vie pour l'humanité entière. Des scènes aussi avec le repas des apôtres.

Gabrielle souriait à ses roses pendant ce temps-là et au moment de les couper les trouvait finalement bien là où elles étaient. On ne décapite pas un cheval sauf si on a quelque chose à dire à quelqu'un.

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ANGELINE. (copyright the devil inside.com)

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Commentaires
T
Jesus avait bien changé. Lui qui chassait jadis les marchands du temple, y faisait maintenant commerce et ma foi se débrouillait fort bien. Et c'est Gabrielle qui se mettait en croix. Toute seule. Sans soldats romains, ni personne. Toute seule, avec les gros clous d'acier qui lui déchiraient les chairs. Sous le soleil accablant de l'été, elle agonisait durant toute une semaine, jusqu'à ce que Jesus vienne la décrocher. Et lui apporte le salut. Mais le corps de Gabrielle qui avait gardé au plus profond en lui le souvenir des clous, comme un fantôme de douleur, continuait à se méfier. Et Gabrielle aimait aimer. Comme les mystiques. Sans le corps qui aimait lui les clous et la couronne d'épines. Gabrielle aimait aimer tellement fort que des stigmates apparaissaient et éclaboussaient de sang les roses du jardin. L'amour ne serait pas pour elle comme un bombon, douceâtre et collant, mais une flamme douce et bleue qui remonterait sa colonne vertébrale en léchant chacun de ses muscles douloureux au passage. Quelque chose d'incroyablement divin. Quelque chose de fort. Comme d'être cruxifiée en plein soleil.
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