Condo in Hoboken
Jean et Frédéric vont aller à Marseille un week-end pour le projet d'homoparentalité avec ce couple de lesbiennes. Il m'a dit : elles ont l'air bien, il m'a tendu une photo papier glacé de webcam d'elles, l'une à côté de l'autre, à ma grande surprise elles étaient belles ensemble, pas du tout le style petites lesbiennes moches, comme on le voit souvent. Frédéric m'a fait sous-entendre que je n'y allais pas de main morte avec les homosexuels dans mes écrits, que certains, pour moins, avaient été portés au tribunal. Je lui ai demandé si ce que je disais était vraiment pris en compte par quelqu'un sur cette planète à part mes proches. Frédéric n'est pas un proche encore, le précédent Marc je commençais à me rapprocher, mais pas Frédéric, Frédéric a peur d'Angeline. Elle n'est pourtant pas un monstre, comme certains le croient. Ce n'est pas une salope. Encore moins une pute. Ni même une raciste. Une homophobe, un croque-mitaine, un violeur, un meurtrier. Elle est juste survivante dans la vie, elle ne veut pas du monde de la maison des morts c'est tout. Ce n'est pas très compliqué. Frédéric me trouve compliqué. Il m'aime bien je l'aime bien mais ça ne dépasse jamais ce stade et longtemps j'étais désordonnée par le passé, dans mes volontés d'avoir des amis sincères, je ne voyais pas qu'en face ça n'était souvent pas réciproque, par lâcheté. Frédéric n'a pas besoin de mon amitié, le monde n'est pas un sucre mon orge. Ils iront là-bas, à Marseille, pour parler d'un enfant qui n'est pas encore né, ils veulent que cet enfant soit le fruit d'un amour de deux couples homosexuels, ils veulent et ils y tiennent qu'il ait un papa et une maman génétiques, mais aussi deux papas et deux mamans c'est mieux que rien du tout certains orphelins. Je n'ai pas d'enfants je ne sais pas quoi penser de ça et d'ailleurs ça m'est assez égal de savoir que les gays et les lesbiennes veulent adopter. Je suis occupée à voir si Denis est prêt à sacrifier Paris. J'ai trop sacrifié beaucoup de choses, l'autre soir j'ai failli dire une horreur à cet homme que j'aime : "tu sais, à l'époque, tu ne regardais pas mes vingt ans pour me baiser et me payer par la suite dans cette chambre d'hôtel". Mais la phrase qui voulait sortir a été ravalée. Du coup j'ai mal au ventre. Jean et Frédéric, Sophie et son nouveau mec Bruno viennent manger ce soir, je fais un Chili Con Carne, peut-être qu'il y a aura encore quelqu'un. Je ne sais pas qui, quelqu'un que Sophie va emmener. Elle me pose moins de questions sur Denis depuis des lustres et je trouve que c'est bien. Sophie ça. Il faut bien protéger ce qui commence, attendre, protéger mais pas à outrance comme les morts, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils meurent. Les morts. Les derniers jours de soleil intense étaient difficiles, j'étais écartelée entre mes possibilités, puissantes et ma détresse qui revient, mon psy n'y peut rien, d'ailleurs j'ai suspendu, parce que...Parce qu'il le fallait. Il le déplore. Il m'a dit : vous savez que si ça ne va pas vous pouvez venir aux horaires sans rendez-vous. Alors que d'habitude il faut prendre un rendez-vous. Il a été très gentil quand je lui ai dit que je ne pouvais plus venir pour l'instant. C'est un homme en plus d'être séduisant et intelligent, juif et très gentil. Donc ceux qui n'aiment pas les Juifs simplement parce qu'ils sont Juifs, je trouve ça dégueulasse. Denis m'a dit : "tu sais si tu ne veux pas vivre avec moi à Paris je ferai les efforts pour vivre avec toi là où tu es". Ensuite : "mais si je n'y arrive pas, il faudra bien que tu fasses les efforts pour vivre avec moi là-bas". Donc il ne voit pas d'issue, c'est soit ça soit sous-entendu attention. C'est beau un amour entier. En même temps Paris n'a rien à voir avec un amour entier. La ville des amoureux ? La ville des morts qui s'aiment oui. C'est donc une course sans fin, à laquelle il faut survivre. Je suis déjà épuisée rien que d'y penser. A chaque homme, à chaque billet, je me laissais mourir en fait. Ah oui, je suis assez fière de dire que cet argent n'était pas déclarée aux impôts d'autant plus qu'il aurait été démentiel et honteux que les impôts me demandent des comptes sur mon activité de pute. Ils auraient le culot bien sûr, ils le font à d'autres et d'autres tellement connes le déclarent, je trouve ça honteux, pervers et dégueulasse, plus que ce qu'on fait dans l'intimité bien pauvre des quatre murs. Combien j'ai niqué de fonctionnaires ? De policiers, d'huissiers (vicieux ces mecs-là, ils aiment qu'on leur bouffe le cul ce que je ne faisais pas), d'avocats (ils aiment qu'on chatouille leur prostate avec un doigt et sans vaseline), de juges (ah, ils adorent ne plus juger grand chose dans ces moments-là ces pauvres déchets), d'hommes politiques (pas connus je vous rassure tout de suite), etc. Et d'ouvriers, de professeurs, de bouchers, de cuisiniers, de serveurs, de maçons, de Juifs, de noirs, de jeunes hommes puceaux, d'homosexuels qui veulent juste tirer une femme une fois ou un coup (c'est pour ça que les pédés au bûcher il faudrait les mettre comme on dit dans les manifestations haineuses), et les propositions d'hommes qui vous disent : "ma femme voudrait participer". Vous accepter (pour de l'argent vous seriez prête à être lesbienne). Avec cet argent vous vous faites plaisir, vivre et vous en donnez à votre famille et à vos amis. Des fleurs pour maman. Des chocolats et des cravates pour papa. Des disques et des DVD pour le grand frère et sa femme. Des croquettes pour le chien à l'époque où il était vivant. J'en parle trop souvent comme si je n'avais pas réglé le problème. Je devrais retourner chez le Juif. Son nez est aquilin. Comme quoi.
Rien que de voir la Tour Eiffel à la télévision ça me donne mal aux ovaires. J'ai envie de vomir, une nausée version Sartre mais plus forte et qui ne loucherait pas en plus comme lui louchait, grand pervers dans l'âme et plus petit qu'on croit, plus petit que Duras ou que Sagan, largement pourtant ils ne faisaient pas dans le même genre, bref peu importe. Une nausée à vous noyer de sucs gastriques l'émail des dents. Un pote qui s'appelait Guillaume me disait : si tu vomis, serre les dents, tu gardes les meilleurs morceaux. J'ai envie souvent de garder les meilleurs morceaux. Pour les donner aux morts, comme des perles, comme des cadeaux. C'est bien ce que font les gens dans la société : lorsqu'ils vomissent ils gardent les meilleurs morceaux. Je suis allée avec Sophie hier à un ball-trap, des chasseurs gros porcs la plupart du temps qui vous tire sur des disques noirs ou orange. Les annonces c'était : fosse 1, Gégé, Dudu, Stéphanot et Pierrot. Fosse 2 : Marcus, Lotus, Pierric, Dédé et Joris. Les tirs deux ensemble ou pas. On avait mal à la tête, j'avais mis une robe à fleurs discrètes, comme des racines ou des ronces noires timides. Sophie en jean's. C'est elle qui a honte de son corps, moi je me mets en robe, potentiellement je peux me prendre un coup de pénis dans le vagin ou dans l'anus sans même pouvoir résister. Certains vous diraient : c'est ce qu'elle voudrait bien de toute façon. Mais il ne faut pas se fier à ce que certains vous diraient.
ANGELINE

