Florence
Je connais de Florence juste ce qu'elle écrit dans son journal. Tout comme Franck. Je connais d'elle juste ça. Je me souviens, tandis que certains étaient nuls, elle disait des choses vraies. Justes. Je veux dire en réponse à mes délires intérieurs. Elle écrit Ainsi soient-elles, elle, et Elle. On est comme ça. J'ai eu l'impression, au début, de la connaître, même mieux que mes propres amis ou connaissances physiques et quotidiennes. Les amis, c'est lourd, c'est bien quand c'est là mais ça gave vite et puis on pleure quand on est tout seul. Sans amis. C'est vrai, j'ai pleuré d'être seule avec des amis souvent qui n'étaient pas de vrais amis : les écriveurs et les écriveuses ont cette tendance, en tout cas, moi, d'être naïf parfois. Souvent on en joue, jouer les naïfs c'est mieux que de jouer les agressifs, les menteurs, les tordus. Dans son journal, Theia (Florence) parle de quoi ? Elle parle d'une fille. En gros. Je résume. Moi, pour résumer, on pourrait dire : je parle du rien. Et des Morts. Elle parle de gens qu'elle aime et un peu d'elle aussi. Elle. Elle. Comprenne qui pourra. Moi, je le traduis pour moi. De ces textes je prends le fluide doux, je trouve que même dans la colère, elle a un intime doux. J'adore. Il est important de ne pas noyer les gens dans un magma informe et indigeste. Comme moi je me permets de faire : souvent j'en ai honte. Je n'ai pas le choix, c'est moi, c'est mon style. Mais je me souviens, c'était la première à réagir d'une manière sensée face à mon blog. Je me suis dit : celle-là, c'est une forte. Et puis aussi : au moins, elle sait lire. Comme Franck. J'avais raconté une expérience un jour. J'étais dans un train et ce train a roulé sur un homme qui voulait mourir. Il est mort et ça m'avait bouleversée. J'allais où ? A Paris je crois. A l'époque je n'avais pas dit pourquoi, c'était pour aller sucer des clients (avec préservatif je précise). Mais au début de ce blog je ne voulais pas parler de ce passé qui est un peu mes ténèbres à moi, nous en avons tous dans nos têtes. Bref, elle avait réagi d'une façon très saine, sans s'emporter comme certains, sans chercher non plus à en rajouter. J'ai eu l'impression adolescente et agréable, exaltante de la connaître depuis longtemps. Vous savez, il y a des gens comme ça mais ce qui est curieux c'était que cette impression était née sur ses pages, dans le net. Le net, cette merde amusante. Donc je souffrais au début de ce blog. Vraiment beaucoup. Dans mon coeur. J'avais des torsions, des feux, des démons qui croquaient des morceaux de fer en fusion, c'était ça, les dents, une rage de dents dans le coeur, si vous voyez ce que je veux dire. C'était ça. Je cherchais un moyen. Tout allait trop vite : quitter mon mari, rencontrer Jean et de nouvelles personnes, devenir très intimes, mutation, etc. J'avais les os de mon corps brisé. Je pense que c'est la seule à avoir su voir les moments dans lesquels je n'étais pas bien tandis que d'autres cherchaient à me clouer le bec par leurs invectives d'égoïstes. Elle donne dans ce qu'elle écrit, Florence. Elle donne. Elle donne beaucoup en peu de temps. En peu de mots. Elle donne. Elle donne ce que j'aimerais donner je pense. Je le donne d'une autre manière. Qui n'est pas forcément plus efficace sur ceux qui lisent. Je ne sais pas pourquoi, en règle général, je fais de l'effet aux gens (comme dirait Fantômas). Parfois je sais, parfois je sais pas, vous aussi c'est comme ça ? En vous, vous vous dites : ce soir je suis sexy ou je me sens moche et les autres...les autres. J'ai mal d'être avec les autres. Il s'est passé quelque chose dans mon esprit. Il y a eu une fracture, une brûlure, quelque chose qui se termine par Ure. Et depuis je suis en dehors du groupe. Je suis dans les zones où naviguent beaucoup de bateaux bleus ainsi que d'autres gens comme moi, qui n'en veulent pas de votre monde irrespirable. J'ai été en discothèque hier dimanche, il faudra que je le raconte. Raconter tout ça, à l'infini, c'est un des plaisirs les plus spectaculaires que j'ai jamais ressenti. Florence, j'avais pensé que je devais te laisser dans ton blog, seule. J'ai barré mon nom dans tes paramètres. Je me disais : il faut qu'elle écrive elle seule. Mais si tu veux que je revienne, je le ferai avec plaisir. Il y a des gens que je ne connais pas et qui pourtant se comportent plus comme des amis, quant ils écrivent avec leur coeur. Donc voilà, il faudra que tu me renvoies une invitation. Je vais l'accepter. J'accepte toujours de prendre aux gens qui ont quelque chose de bon à donner, sinon ce n'est pas la peine. Ce n'est pas la peine, Sacha commençait à être franc, d'ailleurs je tiens à dire que c'était de ma faute, aussi, parce que je te cherchais, Pierre, Gérard, et que...tu courais. Avec plaisir. Le plaisir c'est important dans la vie, comme la salade, selon un homosexuel que j'ai rencontré par hasard, hier soir, un blond de vingt ans, la salade, ça augmente la production de liquide séminale dans la prostate. Aucun risque de cancer comme ça. D'après lui.
Angéline
