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Les Récits de la Maison des Morts
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Les Récits de la Maison des Morts
13 mars 2005

Take To The Sky

C'est une onomatopée. Une mauvaise herbe. Je serais si fière que quelqu'un parle de moi comme Mike parle d'Aleksander. Si seulement tout ça était pour moi. J'ai oublié consciemment, volontairement de dire des choses sur la boîte de nuit. Certes je dansais collée à Sophie. Dans des poses suggestives, ce n'est pas du tout moi d'être dans ces endroits, pourtant quand j'y suis, j'y suis à fond. Le dernier tube de Gwen Stefani pétait mes timpans, mais peu importait, je trouvais ça nul d'aller en boîte pour ne pas bouger de son siège. Les mecs au bar mataient, il y avait autant d'hétéros que d'homos. (Angéline plaît aux deux, elle est forte, elle sait comment faire, elle se trompe souvent de sexe). Et donc on voyait bien des couples qui s'embrassaient, des mecs qui se branlaient, surtout aux toilettes. Des pédés. Qui essaient même avec des filles. Ils se croient souvent dans des backrooms. Donc en dansant je regardais en l'air, avec un air de défi, en moi j'avais envie de défier la maison des morts en adoptant ses méthodes : renvoyer l'image du mensonge au mensonge, dans l'espoir que celui-ci s'en aperçoive. Il paraît que j'ai 35 ans. C'est un Serpent Vicieux, un Sid Vicious qui me l'a dit. Il m'écrit tout le temps pour me dire que je le fatigue avec ma méfiance. Qu'il est certain que je suis plus vieille que mon âge. Je ne sais pas vraiment pourquoi je n'arrive pas à lui adresser ma terrible indifférence qui d'habitude fait tomber les têtes, même les plus vissées. Vicieuses. Sophie parlait de l'amour, en sueur, assise, sirotant un Whisky-Coca, elle disait en rigolant : j'ai la tête qui tourne. Alors ce que j'ai fait ; j'ai défoncé le plafond, avec défi, j'ai fait naître une toile, j'ai regardé dans le vide en pensant bien fort à une expérience que mon corps a connu dans un autre temps : la drogue. Au Portugal avec Claudia nous avions piqué à son grand frère qui draguait des femmes plus âgées que lui des drogues. On avait couru dans une petite prairie identique à celle de la série du même nom avec sa petite maison si chrétienne vous savez. On avait pris ce qui devait être des champignons. Car j'ai fait un mauvais trip. On était allongée dans l'herbe, le soleil ne tapait pas trop fort. Cet après-midi là. Et j'ai commencé à voir le ciel se noircir. Je sentais que Claudia était allongée à côté de moi mais je n'avais pas la force de la regarder : elle était curieusement changée en quelque chose d'affreux. Je ne savais pas quoi mais je le ressentais. Elle me terrifiait. Donc j'ai commencé à croire que la nuit tombait (de fait, la nuit tombait et Claudia elle essayait de me calmer) mais je m'étais dit qu'en cinq minutes, c'était quand même bizarre qu'elle s'installe aussi rapidement. Donc j'ai voulu courir un peu, pour m'éloigner. J'ai couru et je me suis retrouvée dans un parc de créatures étranges, réptiliennes et félines et je ne devais pas bouger. J'avais peur que mes parents me voient peureuse dans ce champ imaginaire provoquée par la drogue dans mon esprit déjà à l'époque de jeune personne tordue. Claudia me voyait trembler comme un building Japonais pendant un séisme et elle ne savait pas comment faire. Donc j'ai fui. Encore. Elle m'a poursuivi jusqu'à la maison. Quant elle m'a vue rentrer chez moi, elle n'a pas été plus loin. Je suis allée directement dans ma chambre. Qui ne se trouvait plus au bon endroit. J'ai cru au départ que des hommes mystérieux étaient venus la mettre à l'envers, mais en ouvrant la porte j'étais tombée sur le débarras. Et en ouvrant une autre porte, sur la salle de bains, qui était très sale (alors que non). J'ai refermé la porte et j'ai enfin trouvé ma chambre, en pensant que finalement, personne ne l'avait prise. Et rangée dans une petite boîte. Je me suis allongée, mes oreilles étaient envahies par le bruit de mon coeur qui battait très vite. J'ai pleuré avant de m'endormir. Le lendemain, j'étais redevenue moi-même avec une migraine atroce. Ma mère m'avait demandé si j'étais malade car elle avait essayé de me réveiller pour manger quelque chose, je lui avais juste tourné le dos. Morte de fatigue elle avait pensé. Il faut bien mourir de quelque chose.

Une jeune fille m'a écrit ceci : "vous avez sans le savoir des dogmes qui découlent directement de la liberté que procure le satanisme et moi-même en tant que sataniste, je ne peux que jubiler à chacune de vos lectures qui manient avec brillo l'art du non-dit sans pour autant tomber dans le mystère à deux balles inexistants : vous donnez tout mais sous figure de signes, à nous de chercher. C'était une de mes tantes qui disait : il faut bien mourir de quelque chose. Le Grand-Père Paternel de ma Mère (Cette Figure de la Maison des Morts) a été décapité en Afrique. Il est tombé amoureux d'une femme noire. Un homme noir qui n'avait rien à voir avec cette femme n'a pas supporté qu'un blanc vienne sur son terrain brouter le gazon sombre. Alors comme il était copain avec le Grand-Père Paternel de Ma Mère (Ce Visage de la Maison des Survivants) il a décidé de le mener à un traquenard. Au bout d'un chemin, il lui a tranché la tête. Ce Grand-Père avait quitté sa femme qu'il avait battu pendant des années (des Sauvages). Elle s'est retrouvée sans rien, avec des enfants à élever. Je pense qu'il méritait cette triste fin, au moins il est mort d'une façon certes peu originale mais très symptomatique. De quoi vous allez me demander ? Message personnel : en boîte certes certains mecs se branlaient, dans les coins sombres, certes, sur l'écran, évoluaient les beaux RugbyMen du Calendrier, ils ont fait un making of qui ne me faisait pas rêver (je rêve la nuit quand je dors, sinon dans la vie je n'ai pas de rêves particuliers à attendre d'elle, la vie) ni même mouiller. Cécile va bien il paraît. J'ai eu des nouvelles par Katia qui est toujours avec sa nouvelle et récente copine, elles s'aiment d'amour apparemment, je suis contente. C'est bien d'avoir autour de soi des gens qui s'aiment, n'est-ce pas John ? Qu'en penses-tu mon bel étalon ? Rien ? Ce ne serait pas une surprise, pour en penser quelque chose, il faut être sensible, ce n'est pas facile de vivre avec des endives tu sais, au travail, dans la rue, dans le métro, sur la route en pleine nuit, les gardes de nuit à l'hôpital. Bon je peux te le dire maintenant. Maintenant. Tu vas me trouver cruelle, le dernier message sur mon répondeur était équivoque : tu tends le baton pour te faire battre, tu fais l'âne pour avoir du son, sauf qu'on te donnerait de la boue tu ouvrirais la bouche. Je ne supporte pas mes collègues masculins, ils m'épuisent avec leurs blagues. Dehors, c'est pareil : des blagues, pour meubler, les soirées, les dîners, les concerts, les repas, mon père n'en lançait jamais, mon père n'est pas parfait mais jamais il n'a voulu détendre l'atmosphère en lançant une blague, it's a joke, jamais, sa présence suffit à détendre l'atmosphère. Vous devriez le connaître, vous diriez la même chose. Hervé est revenu à la charge. Niveau intellect c'est zéro et moi j'ai besoin d'hommes comme Franck, qui savent ce qu'ils disent quant ils le disent à qui ils le disent et pourquoi ils le disent. Dans quel but personne ne sait vraiment mais... De toute façon Hervé, je l'ai encore invité et puis tu sais quoi John, on est allé chez des amis à lui, tu sais, des potes, et j'ai dû supporter un état d'esprit petit, tu fumes des joints, tu fais tourner, etc, etc, Manu Chao en concert en DVD, ça déchire, ben oui, ils ont trente-cinq-trente-six ans et c'est comme ça, je m'ennuyais mais j'étais avec Hervé, il est beau mais il est vide, il est bête, une bête qui mangerait du foin. Et allez, allez, hurlait la fille du bar, à l'Open Bar, je me déplace parce que ce n'est pas bien de vivre en solitaire, ça coupe mes ondes procréatrices. Oui John j'étais presque nue dans la cuisine et alors qu'est-ce que ça peut te foutre que je l'écrive ? J'écris ce que je veux sale vaurien. Ensuite, j'ai invité Hervé ici, on a fait ça très vite, il m'a embrassée, et puis voilà. Il voulait dormir ici, il est cinglé. Il m'a dit : on se revoit où ? Il voulait dormir ici, ça ne va pas ? Ma tante est morte. Elle qui disait : il faut mourir de quelque chose. J'ai une peur atroce de la souffrance, pas de la mort. La mort, je ne sais pas ce que c'est. Je l'ai vue. Mais je ne sais pas dans quel but elle a été inventée. Elle doit bien avoir un sens, l'être humain a bien un sens, sa vie est faite de sens et de non-sens, mais de sens surtout si on est honnête, dans quel but ? L'art ? La guerre ? Ou le cochon ? J'aimerais bien qu'on me le dise, un jour. Elle est morte dans un accident de voiture, j'avais dix ans. Je n'étais pas proche d'elle. Quelques années plus tard, mon oncle me pénétrait de force. Il paraît qu'elle était trop défigurée pour qu'on puisse ouvrir le cercueil. Ma mère a refusé que je m'y rende, mon père, lui qui s'occupait toujours de moi n'avait rien dit. Pourtant c'était lui qui d'habitude s'occupait de moi. Ils n'ont jamais cru que je prenais des drogues sauf pour ma pendaison ratée, quand mon frère m'a sauvée in extremis. John, Hervé ne sait pas faire l'amour ni baiser correctement une femme, je te rassure tout de suite. Il est parti, comme quelqu'un qui meurt du jour au lendemain, dans ta vie. Hier il était là, aujourd'hui il meurt et demain il faut que tu ranges ses affaires dans des cartons. Je crois que lorsque tu es parti, j'ai fait semblant de croire que je vivais encore avec ton fantôme. Il est temps que cette mascarade que je me fais cesse. Il est temps pour moi d'arrêter de fréquenter des fantômes, je préfère les Morts, ils sont plus...sexy. Je me comprends (heureusement). Donc j'ai rangé tes affaires dans les cartons de mon esprit, John, tu pues vraiment la mort maintenant.

Angéline

 

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