ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

lundi 10 novembre 2008

Les Autres Hommes

libe_Dachau_corps

Il m'a avoué son aventure là-bas aux Etats-Unis. C'était bien avant qu'un noir, un métisse selon certains, ne se fassent élire. Même si c'était couru d'avance, ont dit ces mêmes certains, après l'élection. Ils ont besoin de tout contrôler. Lui aussi. Son coeur qui ne fonctionne qu'à moitié, et peut-être le mien qui ne fonctionne plus depuis trop longtemps. Depuis, il me dit qu'il ne mérite pas mon pardon. Je lui ai dit : je te pardonne. En pouffant de rire presque. Ce n'était pas vraiment amusant et je n'étais pas exactement amusée par son aveu. C'était juste qu'il croyait me faire un aveu. Mais j'avais fait des rêves qui ne trompaient pas, bien avant qu'il ne me le dise, et peut-être même bien avant qu'il ne le fasse. Il dit "tromper". Il dit "une erreur". Il dit "j'ai eu tort". C'est mon coeur qui est mort. Il se trompe, c'était une vérification, juste une vérification et moi je n'avais que ça au fond de moi : l'envie qu'il dégage. Si je suis honnête. Je suis au moins autant responsable que lui, si ce n'est plus. C'est difficile d'être honnête avec soi-même. Si nous l'étions tous, nous ne passerions pas à côté de nos vies. Ou notre temps sur internet lorsqu'on a pas le temps. Le temps d'une aventure. C'est triste à dire mais j'ai failli pouffer de rire. Je souriais. Je l'ai dit, déjà. Il se répète aussi. C'est une belle farce du temps où depuis quelques jours, quelques semaines, quelques mois, je suis à l'intérieur de moi, dans une sorte de forteresse. Que personne ne pourra prendre. Personne. C'est pour ça que je le laisse me caresser encore et il ne comprend pas. Il penserait que je lui ferais une scène, comme ces femmes hystériques qui pensent que les mecs qu'elles aiment et qu'elles baisent sont à elles. Et bien non. Leurs queues ne nous appartiennent pas. Et que Dieu m'en préserve, Sarah.
Je n'irais pas dire du mal de ton homme, je regarde d'abord le mien, il fait sa crise de la quarantaine. Il a toujours été en crise. Je pense qu'il pense souvent au suicide, je pense qu'il ne se l'avouera jamais à lui-même. Lorsqu'il me prend, je sens tout son corps tendu vers cette pulsion de mort, cette idée de mourir, qui recouvre tous les êtres un jour ou l'autre. De manière pragmatique ou non. Je ressens ça à Paris. J'ai envie de retourner dans ma campagne parfois, comme à l'époque où j'ai commencé ce blog. J'étais en fuite. Je fuyais les autres et les bombes, je passais entre les gouttes de pluie qui ressemblaient à des gouttes de plomb fondu. Je faisais de mon mieux pour tenir, ce que je ne supportais pas. Je le supportais tout de même. J'ai toujours eu en moi un résidu de force éternelle, comme le plutonium. Je suppose que c'est ce qu'Adam et Eve ont perdu du temps jadis. Ces connards auraient mieux fait de ne pas frétiller de la langue, jamais.
Il me touche dans le lit. Il me demande la permission. Je me suis mise sur lui, et je l'ai embrassé. C'était un baiser entier, complètement offert. Sa langue qui pénétrait ma bouche, la mienne aussi. Il était surpris. Je voyais bien. Il m'embrassait les yeux ouverts. Les gens qui embrassent avec les yeux ouverts ont l'air con. Et parfois, ils ont la chanson qui vont avec. C'est une chose que je trouve, personnellement, ridicule. Adam embrassait-il Eve avec les yeux ouverts ? Comme un abruti ? Combien d'abrutis font la même chose à l'heure où j'écris ces paroles ? Il m'a repoussée un peu en me disant : "attends, je me sens pas bien". Pauvre petit. Ils se sentent pas bien, ils ont quarante ans passés, ils se sentent pas bien, on peut se sentir mal passé la crise de la quarantaine. J'attends mon tour. J'attends mon tour et toi aussi, tu attends ton tour. Il m'a dit : "pourquoi tu n 'es pas en colère après moi, pourquoi tu m'embrasses comme ça, qu'est-ce que... ça veut dire, je comprends pas". J'ai dit : "je t'ai pardonné. Peut-être que tu aurais aimé que je pleure pour ta petite aventure et que je te fasse une crise toutes les cinq minutes ? Mais non. Je ne suis pas comme ça.". Lui : non, c'est juste que tu ne sembles pas en souffrir. C'est étrange. "Non je n'en souffre pas" j'ai dit.
- Comment ça tu n'en souffres pas ?
- Je le savais. Je le ressentais.
- Tu le ressentais. Tu ressentais que je te trompais.
- Mais peut-être que tu ne me trompais pas réllement. Peut-être que tu avais besoin de sexe, juste. Et tu ne dois plus y retourner aux Etats-Unis pour l'instant. Je ne pense pas avoir des raisons de m'inquiéter.
Il était perdu. Il était en dessous de moi. Il me regardait, inquiet et je savais ce qu'il me disait. Je me trompais certainement, mais je savais les petites pensées, les petits mots qui jaillissaient dans son esprit comme des étincelles. C'était beau à voir, tout ce doute, toute cette peur, toute cette appréhension de demain dans ses yeux. Parce que j'avais envie de lui dire : "tu ne devrais pas avoir peur de demain". J'ai dit à la place :"Maintenant, embrasse-moi. S'il te plaît".
Alors il s'est redressé et il m'a pris par les épaules, il a commencé à me déshabiller et je sentais ses mains sur mes seins et sa bouche devenait de plus en plus chaude et de plus en plus meilleure, comme au tout début, quand on a commencé à se rencontrer à l'époque où je vivais à la campagne et où je me voyais déterrer les ossements de mon oncle. Ce qui me fait peur aujourd'hui, c'est que j'y pensais sérieusement. Et que j'aurais été capable de le faire. Nous sommes capables de tout. De jour comme de nuit.
Pour lui, j'étais revenue ici à Paris et c'était un signe. Que lui parvienne à me faire revenir. Et que je tienne. C'était certainement un signe. J'étais contente. Jacqueline aussi c'était un signe, même si parfois, elle avait le regard un peu malsain, elle aurait aimé que je lui parle de ma vie sexuelle un peu plus, juste pour revivre la sienne par procuration. Mais je ne lui en voulais pas à cette vieille femme.
Je me suis assise sur son pénis que je connaissais bien. L'odeur, le goût, l'émotion que cela me faisait de l'avoir en moi. C'était comme de l'avoir pour la première fois. Il m'exaspérait ces dernières semaines. A me baiser comme un sauvage sans que je réussisse à ressentir quoi que ce soit. Et là, il était doux, affectueux, il retenait ses larmes, il retenait tout, son sperme aussi. Il m'embrassait. Ses mains sur mes seins. Et je me disais sans cesse : je suis à Paris, je suis encore à Paris. Et je le fais, je fais l'amour, et je le fais dans la bonne direction, avec celui que j'ai choisi, celui que j'ai choisi et qui me veut, même s'il avait besoin de sexe aux Etats-Unis. Je le regardais culpabiliser, en me faisant l'amour, il était en moi, il était capturé et mon vagin n'était pas aussi ouvert que d'habitude, je voyais bien l'effet que ça lui faisait. L'intensité ne faisait que monter en puissance. Il me regardait comme un enfant qui avait fauté. Un enfant qui se serait crû mauvais alors qu'il n'aurait fait que torturer des fourmis.
Il aimait, de plus en plus et tout se faisait de plus en plus calmement et il pleurait enfin, et ses larmes l'empêchaient de parler. Il était beau. Je l'avais trouvé moche pendant cinq ou six mois et là il était beau, à nouveau et jouir avec lui c'était redevenu bien, et beau aussi, cela aussi était beau, comme lui, et c'était devenu mon chemin, enfin, je retournais sur des rails qui n'étaient pas sabotées. C'était bon. Et il était chaud en moi et chaque moment, chaque seconde se vivait pleinement. C'était comme prendre ces maudits champignons hallucinatoires l'hiver dernier, mais en puissance dix. Et puis il est venu une première fois. Et moi j'ai joui presque au même moment, c'était rare. Quelque chose dans l'invisible avait éclaté au niveau de mon sexe et de ma tête en même temps, et j'ai dû avoir l'air moche, j'ai ouvert les yeux vers le plafond, grands ouverts, et je les ai refermés et ensuite je l'ai vu pareil, les yeux fermés, la bouche ouverte et je l'ai embrassée. Sa bouche si désirable. Et c'était bon. C'était beau. Oui, cela pouvait être beau, cela arrivait parfois dans une vie.
Il m'a dit qu'il m'aimait et qu'il avait peur que je m'en fiche. De ses erreurs. Je lui ai dit que je savais de quoi il avait peur. Il m'a dit que j'étais une fille extraordinaire, avec toute cette merde que je trainais dans ma valise. Que j'étais quelqu'un d'immense. Ce genre de compliments je l'avais déjà entendu, et je l'avais toujours pris pour de la flotte. Ils me rendaient encore plus seule. Encore plus loin. Encore plus différente. Alors que la différence, ça n'est que le destin, modulable à l'infini. Comme Mars ne ressemble pas à la Terre et comme Mercure a des propriétés uniques dans notre système solaire. Ce n'est pas compliqué à comprendre. Il avait peur, mais il avait toujours eu peur et moi j'avais fuit la peur, en étant une louve solitaire, blanche peut-être, mais aux pattes sales, de boue glacée certainement. Je lui ai dit qu'il ne m'appartenait pas. Il a dit : "je croyais que toi comme moi on croyait à la fidélité". J'ai répondu : "y croire n'empêche pas de se tromper". Bien sûr et il me caressait les fesses et les jambes. Et le corps. Ce corps était là, je le sentais bien, c'était le mien. Le sien était là contre moi, je l'avais toujours senti. Je le sentais encore mieux maintenant qu'il m'avait dit ce qu'il avait sur le coeur.

J'ai pensé : "peut-être faut-il que je lui dise". Mes résidus de fausse couche personnelle. Ce truc avec Robert. Ce truc débile. Faut être débile pour parisianiser son esprit de la sorte. Et pour inventer des mots qui n'existent pas vraiment. Etre humain, c'est prendre le risque de virer de l'intelligence à la débilité sans cesse, je le caressais aussi. Sa queue était à moitié dure. Je caressais ses testicules, lourdes et imposantes, et bien rattachées dans un scrotum épais, pas du tout tombantes, c'était moche les couilles tombantes, je m'en souvenais vaguement. Celles de Robert n'étaient pas tombantes mais son pénis était biscornu et j'y avais pensé quand Denis m'avait fait le plus beau des sourires. Son visage marqué par les traits de la culpabilité. Je lui ai demandé s'il avait envie d'autres femmes et il m'a dit : "j'ai fait ça parce que j'étais alcoolisé, je me cherche pas d'excuse. Mais non, je n'ai pas envie d'autres femmes". Je lui ai demandé comment elle était. Il trouvait ça inapproprié. Il trouvait que j'exagérais. Il pensait que je voulais le torturer. Je lui ai dit : non, ce n'est pas ça. C'est pas du tout ça, c'est une question de curiosité. Est-elle si déplacée que ça ? Non bien sûr. Si j'avais fait la même chose, tu n'aurais pas eu envie de savoir comment aurait été l'autre homme ? Il a répondu : "j'aurais eu envie de les tuer juste, les autres hommes". Ne se rendant pas compte qu'il avait ajouté un pluriel à mon singulier.

J'ai compris qu'il n'était donc pas disposé à entendre mes escapades avec Robert. Et le fait de n'avoir rien fait avec ce dernier n'aurait rien arrangé au contraire. Au fond de Denis il y avait un petit Diable, qui lui disait que j'étais si extraordinaire que je ne serais jamais à lui entièrement. Denis a besoin d'avoir des choses, de toucher les choses, d'être le maître de certaines choses. Je ne voyais plus mon avenir avec lui mais qu'importait l'avenir, je ne l'avais jamais vu avec personne, et surtout pas ici. Je ne pouvais pas. Je ne le sentais pas. Je n'étais pas faite pour ça. J'étais faite pour autre chose. Un autre homme certainement pas. Les autres hommes ne savent pas, comme Denis, de quoi il en retourne. On touche l'univers avec un cerveau déglingué. Et des émotions artificielles. On touche le coeur de la source. Faire des expériences sur des phénomènes paranormaux risque d'attirer à vous les vrais résultats paranormaux à un moment ou à un autre. Son corps d'homme à côté de moi, on était là, mais à côté en même temps, toujours finalement.

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Mais j'étais bien. Alors je lui ai dit : et si on arrêtait de parler. Je parlais trop autrefois. J'avais besoin de me battre contre quelque chose. Contre des oreilles si vous voulez. Les oreilles sales n'entendent que la saleté qu'elles ont déjà dans les conduits qui mènent aux tympans. Les oreilles propres font l'effort de se demander comment ça se fait que son corps si chaud contre moi, bien que cela m'est difficile à supporter, me fasse autant de bien. C'est ce qui s'appelle une vraie révélation, pas comme celles de la bible, qui sont toutes fausses. Et qui cherchent juste à faire des esclaves. Lui. Lui vaut toutes les paroles du monde. Toutes les bibles. Son corps, j'y tiens autant que le mien. Quand j'avais soif à son puits c'est lui qui m'a donné le premier à boire. Alors qu'il ne me connaissait pas. Il ne savait rien de mes prêches. Quand je suis morte la première fois, il était là pour embrasser mes pieds ensanglantés et pleurer sur le monde sans moi avec lui pour le faire tourner. Denis c'est certainement le seul feu qui vaille la peine qu'on l'attise, qu'on ne l'éteigne pas, et ce feu se trouve en moi. Le seul. C'est quoi déjà le numéro des pompiers ?

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Posté par Angeline à 21:50 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

"perdre mon nom, le vôtre et tous les autres"

Posté par rf, mercredi 12 novembre 2008 à 15:19

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