ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

lundi 4 août 2008

Perdue au Père Lachaise

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C'est une merveille d'ignorer l'avenir.

Marguerite Duras Des journées entières dans les arbres

J'ai rêvé de Franck. Je rêvais qu'il éditait une revue littéraire. Qu'il faisait tous les textes. Dans les remerciements, j'étais citée comme, excusez du peu, source de son inspiration et de courage. J'étais trop fière. De l'avoir poussé à  l'époque, à ouvrir son blog. Dans un même temps, j'étais un peu embêtée de l'avoir poussé à cela, un blog, même littéraire, ce n'est que ça, ce n'est pas de la littérature. Aujourd'hui je lui demanderais pardon de l'avoir poussé, en dehors du rêve, dans la réalité, ma réalité. A écrire sur le net car ça n'apporte qu'un lot d'emmerdes en fait, surtout les encouragements qui sont les pires emmerdes qui soient. Je l'ai découvert il y a peu cela. A Paris, perdue au Père Lachaise j'ai repensé à ce rêve. Il faisait chaud alors qu'ailleurs non. J'ai mis du temps à entendre, à comprendre, la respiration des morts, ceux de ma famille, de ma triste famille. Je sais je suis lente comme fille. Mais ça percute maintenant je le jure et bien plus vite que certains lecteurs assoiffés des langues des jeunes filles. Autrefois tout n'était que putréfaction dans ma bouche, même quand je faisais une gâterie c'était la putréfaction que je faisais. Cela percute maintenant, d'une manière inédite, encore. Une de plus. Le respect ils ne percutent jamais, moi j'ai percuté, ça y est. Je peux respirer, et vous avec moi. Et si on respirait, Valentin s'en fout de respirer, on s'en fout  des problèmes génétiques des assassins, mon grand frère s'appelait Thomas autrefois, maintenant il s'appelle Valentin. C'est perturbant, j'étais perdue au Père Lachaise. Lesiège. Dans le rêve je feuilletais cette revue littéraire magnifique. C'était vraiment très bien. Mais je m'en sentais très loin en même temps, apparemment la littérature ce n'était plus mon truc. J'avais trouvé un autre truc, une autre raison de vivre. J'ai oublié en me réveillant quelle était cette nouvelle raison de vivre. Denis déambulait nu dans la chambre après sa douche. Il s'est jeté sur le lit pour m'agripper et m'embrasser dans le cou. Bien dormi ? J'ai fait un rêve je lui ai dit. Et quand je lui dis ça, il s'attend au pire. Et qu'est-ce qu'il racontait ton rêve ? Je ne sais plus j'ai dit. Alors que je savais. J'ai instinctivement menti. Question de survie. Il était trop occupé à m'embrasser dans le cou. Cela me faisait de l'effet, j'ai très peu envie le matin, contrairement à lui, de faire l'amour, des petits baisers dans le cou d'habitude ne suffisent pas à m'emporter dans mon désir. Mais ce matin-là oui. De sa langue qui sent le fluor de dentifrice, beurk, je préfère encore sa bouche au petit matin et son goût de bile parfois, il a fait vérifier ça. Rajoute un peu de charbon actif dedans pourquoi pas. Pour blanchir tout ça. Il suçait mes seins et je le regardais faire, et aussi je regardais le plafond, prise dans le tourbillon de son désir. Je devais le suivre. Je n'avais pas le choix. Et puis je sentais mes lèvres se chambouler, mon clitoris s'ouvrait lui aussi, tout s'écartait finalement, tout s'écartait simplement, mon désir ouvrait les fenêtres et les portes pour faire passer ce bon air de la Terre. Même si on entendait les voitures, on avait droit chacun à notre petite mort estivale. Il part dans trois jours (c'est déjà fait à la relecture de ce billet - note de l'angeline) j'en suis très heureuse. Pas lui. Hier à son bureau je venais lui dire que le dîner était prêt, lui devant son ordinateur portable, comme il y a quelques mois, m'a attrapée et m'a fait asseoir sur ses genoux. Il était nostalgique je voyais bien. Il a dit : "ça me fait doucement chier de repartir". Je lui ai dit en souriant : partir en Amérique ça n'est jamais chiant. Jamais. C'est risqué mais pas chiant. J'ai envie qu'il y aille contrairement à la dernière fois où intérieurement je n'avais fait que geindre. Mais on a pas le droit de geindre avec tous les enfants qui meurent de faim dans le monde, et ce, même s'ils sont noirs. A Paris en bas de chez moi des fois je croise des vieux qui ont l'âge d'être mon père, ils dorment dans des serpillères et ils sentent la merde et la pisse, tellement que je passe mon chemin, comme je passe aussi mon chemin lorsque je rencontre des hommes d'un certain standing, finalement je me demande ce qui est le pire, quel parfum supporter. Les bébés qui se font dorer la pilule en toutes circonstances ou les hommes qui dorment en bas de chez moi dans des cartons, qui sentent la merde et la pisse. J'en ai parlé à une voisine, la dernière fois on avait apporté à un mec qui avait la gueule prononcé de l'alcoolisme chronique une soupe de pommes de terre et de poireaux bien consistante. J'avais demandé à la vieille voisine qui se mêle de tout : vous savez s'il aime la soupe de poireaux ? Elle m'a dit : il fera pas la fine bouche. Je n'ia pas fait la fine bouche, son sexe sur ma langue, ça ne fait qu'éclater un peu plus mon entrejambe, mon vagin transpire sa suie, je n 'y peux rien c'est la réalité, ma réalité, la littérature j'ai arrêté, c'était pas mon truc. Il faut être lucide. Je suis faite pour autre chose je crois, mais je ne sais pas encore quoi. Rassembler les morts je pense, un à un, compter les os ramassés dans les ruines de Paris. Il embrasse mon ventre, il me caresse le seins avec ses mains. Elles recouvrent ma poitrine, une main pour un sein, je n'ai pas le choix je suis prise. Je le suis dans son désir. Pour la moi la Chine c'est le cadet de mes soucis, mon clitoris m'importe plus que la libération du Tibet. J'en ai rien à fiche du Tibet, je sais c'est mal et égoïste, c'est démoniaque ce que je suis en train de dire, mais libérez toute la Terre, là oui je serai la première à manifester, pas que le Tibet. C'est bien trop petit comme bout de terrain sur la Terre. Libérez toute la Terre et je serai la première. A lui dire oui. Au fil du temps, il sait ce qui me fait tomber à la renverse, sa salive et sa langue à l'entrée de mon sexe. Il s'en nourrit comme un assoiffé, des assoiffés j'avais souvent dit pour décrire ces états où la chair prend le contrôle du navire. Je ne suis qu'une petite figurine empaillée entre ses mains, sa langue et sa salive. Paris n'est pas le tombeau espéré, c'est à la fois mieux que ça et pire. Cette indécision  me coûtera quelque chose, elle m'a déjà coûter mon innocence, comme je l'aimais, comme elle me manque. Libérez-moi, pas le Tibet. On s'en fout du Tibet, qu'ils y restent, et la Chine aussi avec. Dans leurs nouilles. Je m'en fiche de servir les Dieux de l'Olympe, pour ce qu'ils se montrent, qu'ils descendent là sur Terre, concrètement dans leurs chars d'argent, sa langue et ses lèvres, sa salive, ses dents qui tirent une lèvre, puis une autre. Il met un doigt. Je pensais à Franck à ce moment-là, mon rêve. La douceur entre mon entrejambe, le désir au fond de mon tronc, et Franck dans la tête, le rêve. Il écrivait dans une revue littéraire très classe. Ce n'était pas putassier comme dans un atelier d'écriture merdique, où collectivement on partage le noeud de la tête (ou les nouilles chinoises), non, mais il n'y avait pas que moi qui étais remerciée dans les remerciements. Une Petite Lune l'était également. J'étais contente, on aurait dit que Franck était amoureux d'une jeune femme qui lui avait redonné espoir. Moi je l'aurais embarqué dans les ténèbres, il y a des gens qui sont tellement lumineux qu'ils vous embarquent dans leur lumière, mais dans leurs ténèbres aussi, ils n'y peuvent rien. Je détruis tout ce que je touche, le sexe de Denis aussi, ça éclatait dans les atomes, la chair, le sang, le divin. Un peu de vin l'alcoolisme chronique, tu m'apprendras comme ça  comment compter les bouts d'os dans la Terre. Dans les ruines. Je ne peux pas servir les Dieux des Jeux, je m'en fiche moi. Qu'ils osent descendre, dans leurs chars argentés. On verra ensuite, si on décide de se secouer la tête très fort, ou si on décide de prendre les armes au contraire. Ma pensée contre les hommes en général fût une arme autrefois, la pomme roulait toute seule sur la table. Il met des doigts mouillés, il tourne, il essaie d'aller au plus profond, sans que cela ne fasse mal. Un peu comme avec ses collègues. Non pas qu'il fourre ses dents dans leur fondement, mais qu'il les pousse à rendre un bon travail. Ils travaillent dur ces gens faut pas croire. L'oisiveté (qui n'est pas un oiseau), ils ne connaissent pas. Pas comme dans les couches populaires qu'on connaît. Libérez-moi oui, libérez-les, d'eux-mêmes, les pauvres, ils ne le savent que trop bien. Je le savais. Je l'embrasse, je le pompe, je le masturbe, je n'ai pas envie, j'ai trop envie, les images du rêve, et le Tibet qui n'a personne pour lui tenir la queue, et la Chine qui est démoniaque. Et Valentin poignardé, et le sang de l'inconnu retrouvé (des marginaux, le sang des marginaux possède également un ADN, en anglais DNA), quel monde horrible je le tiens dans ma bouche, rien ne peut respirer, je respire à travers la peau de son sexe, son gland si rond, si gros, si rose, si bon. C'est mon homme comme on dit, c'est la liberté comme on le pense, je suis sa femme (comme cela se pense) comme il avait dit à ces gens, assis à la terrasse d'un café. J'avais la tête pleine de ce soleil parisien si étrange, si mauvais, le soleil n'est pas une chose qui fait du bien, mais je ne parle pas de la photosynthèse, s'il vous plaît. J'ai quitté mon corps pendant des mois, je ne sais pas si je suis revenue, il faudra qu'on me le dise au passage. J'ai besoin d'amour, mais surtout de gens inconnus, là on sait que c'est sincère et que c'est gratuit à cent pour cent, des bouts d'os. C'est impossible de ne pas voir les ténèbres dans tout ça, dans le coeur de tout ça, c'est impossible de ne pas voir, à moins d'être aveugle. Et nous en croisons encore de nos jours, vive le Tibet libre, on apprendra à vivre complet, et il rentrera dans mon vagin, j'adore le début quand il se plante progressivement, mais comme j'étais hyper glissante, il est rentré vite et j'ai aimé. Avec lui je sens bien que je ne suis plus libre, que je suis prise. C'est bon. On se dit, je suis prise, allons-y. Et le sang de Valentin par dessus tout ça, franchement on se refait pas. Le soleil de Paris est une mauvaise chose, le soleil du Portugal aussi je trouve, je n'y peux rien.  Comment tu vas, Anne, à Marseille, et ton enfant, Anne, et Claude, Anne, et comment va le soleil de Marseille ? As-tu vu le bouc monter la montagne, qu'est-ce que ses yeux obliques ont pu te dire ? Anne, est-ce que tu m'entends, Denis dans mes bras m'entend, lui. Obliques comme un livre de Pierre Jean Jouve. Il me prend, il y a de l'amour, un amour très fort dans son corps quand il me pénètre. Il ne me montre pas son amour de manière aussi satisfaisante, habillé et dans d'autres circonstances, là, nu et en moi, je vois dans ses yeux l'amour qu'il prétend avoir, je vois les sentiments, je vois la liberté, en même temps qu'il m'empêche de fuir, les gênes veulent se reproduire c'est marrant. Ils veulent plus de liberté, et oui c'est bien pour ça qu'on fait des statues, en théorie, ou des tours. En pratique. Je suis enfermée et cerclée. Son corps tout juste douché. Il parle ces derniers temps pendant, il me murmure dans l'oreille. J'étais assise dans le rêve et je feuilletais cette revue littéraire. Il y avait des gens avec moi, des gens qui en parlaient. Dans cette revue littéraire, il y avait malgré tout des erreurs d'impression. Je les voyais. Je ne pouvais pas m'empêcher de les noter. Dans un coin de ma tête. C'était pas la place qui manquait, je me disais. Et puis j'ai vu un homme étrange qui me disait : pourquoi vous êtes si violente avec vous-même ? J'ai ouvert les yeux. Je voyais Denis nu dans la chambre, déambuler comme ça, je faisais semblant de dormir encore. Le crime contre l'humanité, la violence contre soi. Le soleil de Marseille. Valentin mon frère avec sa femme. Lorsqu'il lui propose sa queue (je ne devrais pas écrire ça).  (Car c'est mal). Mais je ne sais pas faire semblant de dormir au petit matin. Lui si. Denis fait semblant souvent dans son travail. Il sait le faire, la seule chose qu'il ne sait pas, c'est que je m'en suis rendue compte. Malgré ce qu'il pense. La nuit aussi quand je me lève à cause d'une insomnie. Il dormait d'un oeil et mettait une oreille en l'air pour pouvoir capter les éventuels dialogues compromettants que j'aurais pu avoir au téléphone avec un éventuel amant. Les amants c'est fini c'est comme la littérature, comme la vie, comme se baisser pour ramasser des bouts d'os, parfois j'ai encore envie de déterrer les morts, certains morts, je pense à des gens que j'ai connu. J'aime la forme de son sexe. Epais mais pas trop, j'aime son sexe, il va bien avec son visage, il faut le dire. Tous les hommes ne sont pas beaux nus, certains sont mêmes hilarants nus, avec la gueule de leur pénis, et ils vous regardent avec des yeux candides, du style : tu vas jouir. Mais nan. On jouit pas. On ne sait pas. On attend que ça se passe. Denis n'a pas ce problème. Tant de pénis n'ont aucune personnalité ou sont tout juste rebutants, et appartiennent à des visages qui vous filent encore des cauchemars de temps en temps, allongée à côté d'un homme à qui vous avez donné votre coeur, en partie (et vos parties). Le soleil brille, ça n'empêche. Libérée, il a donné, il donne encore, nous sommes sauvés, c'est un bon moyen pour se sentir libres, je ne devrais pas me plaindre, d'être en prison, mais en même temps je ne sais pas me plaindre, je ne fais que constater une certaine forme de la vérité, je n'ai que mes yeux pour vérifier et l'âge me manque, l'âge pour dire à quel point la liberté est horrible mais qu'on s'y fait avec le temps, et que tout va tout s'en va, et que l'expérience me donnera une sagesse particulière, ou alors une lâcheté silencieuse et apaisante pour moi et pour les autres. Quand on pense aux coups de couteau qu'à dû vivre Valentin, je suis bien contente que ce soit cet enfant et pas mon frère tout juste retrouvé. Les vacances se passent bien Valentin ? J'ai fait l'amalgame je crois, Valentin, Valentin, Valentin, qui sera ta Valentine cette année, ou l'année prochaine puisque c'est passé ? Personne ? Tu veux donner un bouquet de rose à la dame en noir au visage de squelette ? Tu veux ? Denis a fini, il a déchargé. Ses forces. Ses bagages. Sont faits. Et les caresses sous la douche sont tellement classiques que je vais vous épargner de les narrer. Toutefois, cela continue de m'impressionner. Je ne peux pas mentir et dire le contraire. Il ne faut pas mentir. Je ne sais pas mentir, sauf à Denis, là je sais, j'ai appris, j'ai des techniques. Pour de pieux mensonges bien sûr. Pour qui me prenez-vous ? Un monstre ? Un démon ? Vous vous faites des films. Quoique. C'est certainement que vous êtes trop libres. Et que vous ne savez pas votre chance. D'être libre et pas enfermés dans vous-mêmes, petits chanceux, inconscients de ce que vous foulez tous les jours.

5 jours plus tard

Seule je me ressource. Je m'étonne souvent moi-même : un tel cerveau comme le mien qui trouve malgré tout la force de résister dans votre monde. Dans le monde que vous faites. Comment le soleil de Marseille va, je n'y pense plus. Comment va Valentin, et sa jolie carte postale, et ses photos, heureux, avec sa femme, et ses enfants, heureux, je ne vais pas parler de ses enfants, pourquoi ? Parce que je n'ai pas envie que le mal en moi ne les salisse. Ce sont des gens de ma famille maintenant. On va se refaire une santé pour toujours. On va travailler dur pour ça. On ira parler à la vieille voisine, Jacqueline. Elle fait la froide mais elle me demande quand même des trucs. Elle a une vie derrière elle, plus que devant. J'aime bien son appartement, l'odeur désuette qu'on y trouve, comme souvent chez les vieilles bourgeoises de son style. Mais ne croyez pas qu'elle n'a pas conscience de son image. Elle sait juste que ses enfants ne viennent presque plus la voir et se contentent de lui envoyer des cartes postales, uniquement à Noël. Elle m'appelle par mon prénom. Angeline. Et lorsqu'elle me téléphone pour me demander comment je vais depuis quelques jours toute seule, Denis aux Etats-Unis, elle me vouvoie :

- Angeline, ça vous dirait qu'on prenne le thé ensemble ?

- Bien sûr. J'arrive.

J'étais surprise. A l'époque à Paris, je m'en souviens, je n'avais pas des liens naturels, de bon voisinage de ce type. Faut dire que les hommes qui entraient dans ma chambre ne me proposaient jamais de boire un thé.

   

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Posté par Angeline à 16:22 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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