ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

samedi 26 avril 2008

En attendant le viol des filles trop sages

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"Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve."

Ahmadou Kourouma En Attendant le vote des bêtes sauvages

Tu te prends dans les dents ces jours que tu n'as pas senti venir ni passer. Une seule semaine que tu n'as pas eu la force de toucher, d'appréhender correctement. Cela fait des mois que je ne suis plus là. Ni avec l'homme, ni sur Terre. Est-ce que c'est possible de n'être nulle part tout en ayant un corps qui marche et qui respire ? Tu te réveilles de cette nuit où tu as failli le tuer, de tes mains nues. Rêver d'étranglement n'est jamais anodin. Je ne devrais pas sous-estimer l'étranglement. Même dans ce rêve, qui avait si bien commencé. Tellement bien commencé. Même si la peur était de mise. Elle me réveillait par intermittence, parce que dans le rêve il y avait un homme. Un homme dégarni. Il faisait des choses négatives, dans un bar, cet homme. Il avait une sorte de pouvoir de suggestion sensationnel. Il me disait des choses comme : ton oncle, il va revenir de la tombe un jour, tu vas voir ma belle. Alors la belle, tu sais, ton oncle va sortir de son trou où tu l'as mis, il est mort par ta faute et on l'a mis en Terre, espèce de petite garce, espèce de petite salope, regarde ce que tu as fait. Je l'ai fait oui, je l'ai regardé déjà merci, y revenir d'accord mais pas tout de suite, dans dix ans peut-être, et encore si j'aurai le temps, peut-être qu'à l'époque je n'aurai pas le temps, et peut-être que dans dix ans, je serai morte à mon tour. Cela vient vite, ce n'est pas nous qui décidons, c'est le grand poumon qui décide pour nous. Toujours il a envie de décider ce satané poumon. Le discours malveillant de cet homme dans mon rêve me réveillait et de tout mon corps je tremblais, des pieds à la tête, de peur, d'effroi, je me mettais en boule dans le lit, ou alors contre le corps bien chaud de Denis. Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit son prénom. C'était peut-être une méthode, un peu maladroite, pour l'effacer de mon univers. J'écoutais la dernière piste de la bande originale du documentaire récent sur le massacre de ces magnifiques poissons que sont les requins. On peut la trouver sur internet. Victimes de leur mauvaise réputation les requins, la dernière piste me faisait pleurer l'autre jour, je me la repassais en boucle. Mon univers qui s'écrit toujours même quand je n'écris pas. La libération ne fait pas effet, ne pas écrire ne libère pas au contraire ça emprisonne. Cela n'étouffe pas, mais ça emprisonne davantage. Que si on écrivait. En tout cas pour moi. C'est comme ça que je vois les choses. Je me mettais en boule en fait, une seule fois je me suis collée contre lui, sa chaleur me rassurait. La chaleur de son corps. Il dort sur le ventre en ce moment. Et puis contre lui ou en position fœtale je me rendormais à nouveau, pour poursuivre malgré moi le même rêve, Naomi m'a dit que ce n'était pas bon signe. Il est fatigué, nerveusement, physiquement. Il prend de longs bains, tant pis pour la couche d'ozone. Il mange des salades. Mon ex-mari lorsqu'il était ivre riait en disant que la salade, ça remplissait les couilles. Cette phrase est apparue dans mon rêve, un autre homme, qui n'était pas mon ex-mari, disait une chose similaire. L'homme dégarni essuyait le comptoir du bar en le regardant d'une manière amusée. Je ne me souviens plus de la phrase exacte qu'il disait mais ça se terminait par : "...ça remplit les couilles". C'était étrange. Cela ne remplit pas le cœur d'entendre des choses pareilles dans un rêve. Si seulement je pouvais regarder tous les hommes dormir, me glisser discrètement dans leur chambre la nuit, et les observer en train de dormir, les yeux fermés ou ouverts, ou alors à moitié ouvert seulement. Je prendrais des photos de leur visage, pour me faire un souvenir. Ensuite ces photos de visages endormis, d'hommes endormis, je pourrais les mettre sous mon oreiller à moi. Il n'y verrait que du feu. Denis. Quel joli prénom, quel joli visage est plaqué dessus dans ma mémoire. Dans mon présent. Mon futur c'est Toi. Je pensais qu'il disparaîtrait avec le temps. Peut-être faut-il que je laisse un peu plus de temps au temps pour le laisser faire ce qu'il doit faire, à savoir faire disparaître Denis. Je n'ai pas envie de courir après sa voiture, comme cet homme après la voiture de Kennedy, alors qu'il venait de se faire exploser la tête. J'imagine que je n'exploserais pas la tête de Denis pour le faire fuir, peut-être son cœur, j'ai toujours pensé que la mécanique de son cœur avait des côtés grippés que malheureusement ce n'était pas à moi de réparer. C'est certainement la première personne qui ne me prend pas pour s'autoréparer Denis, et que je n'ai pas acceptée dans ma vie pour être à côté d'une image d'homme mûr me ramenant à mon oncle. Je n'ai pas tué par sadisme. Il faisait des rêves mon oncle lorsqu'il était en vie, c'est impressionnant toutes les choses que la mort empêche de faire. C'est impressionnant surtout lorsqu'on les énumère, ou qu'on s'est mis en tête de les énumérer une par une. Mon père avait dit à table : tu te prends dans les dents les années que tu n'as pas senti venir ni passer. Il paraît qu'on doit tous faire son retour d'âge à un moment ou à un autre, il paraît même que ce n'est que ça vivre, faire son retour d'âge, de ce geste de la main qui prie, rallier la main gauche (le passé) à la main droite (le futur). Retour d'âge. L'âge te rattrape, à moins que tu ne l'aies déjà rattrapé. Son amie découpait le poulet comme une barbare. Cela me fendait le cœur de voir le cadavre de la volaille fermière en plus, préparée par ses soins, se faire dépiauter de la sorte. J'avais couché avec un serveur un jour, un serveur dans les restaurants gastronomiques, d'ailleurs je crois qu'on utilise pas le terme de serveurs, c'est beaucoup trop commun et vulgaire, mais peu m'importe ces usages archaïques sur le point de s'éteindre. Il m'avait montré au restaurant comment couper la volaille correctement.  En plus, son amie  à mon père mangeait avec les doigts,  et déjà les frites moi je supporte que très peu. Toute ces graisses sur les doigts, j'ai horreur. Je crois que c'est à cause de mon oncle aussi (tout n'est pas sa faute non plus). En effet j'avais horreur d'avoir sa semence sur mes doigts. Avant qu'il ne l'expulse sur moi, j'en connaissais l'existence. Mais j'en avais jamais vue. Ni touchée. C'est différent de connaître l'existence de quelque chose et ensuite d'avoir affaire concrètement avec cette même chose. Par exemple, nous savons tous que Mars est rouge et qu'elle fait partie de notre système solaire. Nous le savons tous mais pourtant nous n'avons jamais vu Mars clairement, à une distance proche, comme un satellite pourrait le faire, ou une sonde. Si ça se trouve elle n'est rouge que dans les livres. Si ça se trouve. Peut-être bien. Les astronomes ont vu Mars, plus proche, plus proche encore que les non-astronomes, mais les sondes ont vu Mars encore mieux que les astronomes, même si les sondes ne voient rien et ne comprennent rien de ce qu'elles voient vraiment. C'était pareil pour la graisse. Elle suçait les os. Je n'aimais pas cette femme. Elle ne semblait pas pourtant être aussi dégoûtante en apparence. Je me disais : dans leur intimité, qu'est-ce que ça doit être. Ensuite j'ai compris toute la perversité de cette pensée, avoir une pensée sur la sexualité de mon père, veuf en plus, avec cette femme qui  ne serait jamais rien d'autre qu'un patch, qu'un pansement, qu'un tampon à la rigueur. Pour colmater le saignement. Le saignement du deuil. Les os sont partis à la poubelle, en fait je voulais les jeter mais elle les a gardé, pour les donner à ses chiens vous comprenez. Vous me comprenez. Je pense que vous me comprenez si vous avez des enfants. Pour les donner à ses chiens. Si vous avez des enfants, vous me comprenez. Ce jour-là, deux Témoins de Jéhovah ont sonné à la porte. Mon père était afféré à la cuisine avec Denis qui préparait un dessert, un délicieux roulé à la confiture de fraise, j'ai ouvert. Ils m'ont tendu leurs revues, dont l'une était un numéro spécial de "Réveillez-vous !" et qui posait cette question pertinente dans laquelle je sentais pourtant un aspect tendancieux : "Pouvez-vous avoir confiance en la Bible ?" A mon avis, avec l'illustration qui montrait un homme qui étudiait la Bible avec sérieux, j'ai pensé : "oui". Je me suis amusée pendant dix minutes à jouer les innocentes avec ces deux hommes. Pas mal en plus pour des Témoins de Jéhovah. L'un d'eux avait une splendide moustache. Cela pique pendant le cunnilingus, je lui dis à Denis, ta petite barbe de trois jours, le temps fout le camp entre mes dents, elle pique, c'est encore meilleur comme ça. Des milliers de petites aiguilles devraient percer ma chair à cet endroit, cet endroit que je ne veux pas nommer comme les grandes filles qui régressent. J'ai donc fait mon innocente spirituelle, et je savais qu'ils se croyaient porteurs d'un message. D'un message qui sauve. La mort aussi nous sauve, il n'y a pas que la vie éternelle. Je pense savoir de quoi je parle. Ensuite je leur ai demandé pourquoi la Watchtower Bible and Tract Society s'était inscrite, en catimini en tant qu'O.N.G. à l'O.N.U. dans les années 90 alors qu'elle avait proclamé pendant des décennies entières que cette dernière organisation était la manifestation du Diable sur Terre. Ils sont devenus blancs comme des linges et leurs sourires sont devenus jaunes. Finalement j'ai écourté devant les quelques balbutiements qu'ils essayaient de prononcer comme explications, j'ai fermé la porte fière de moi. Je n'ai jamais aimé la manipulation. Jamais. Ou seulement celle de l'homme, et de ceux qui écrivent, car justement, il n'y a pas vraiment de manipulation. On ouvre un livre, on s'attend à tout sauf à... Cette phrase est à terminer selon les convenances de chacun. Ensuite j'ai pensé à ce rêve que je n'avais pas encore fait et que pourtant j'avais envie de faire, celui du bar. En fait, il y a plusieurs types de rêves, comme vous le savez si bien déjà. Voir Denis dans des odeurs de sucre et de confiture, c'était peut-être ça le meilleur de mes rêves, le meilleur rêve éveillé que je puisse faire. Son fils l'a appelé. L'amie de mon père me faisait des sourires qui voulaient dire : "ne me rejette pas, essaie de m'aimer un peu". Mais je lui faisais des sourires ma foi bien hypocrites, c'était malgré moi et ces sourires voulaient dire : "je trouve dommage que mon père soit tombé sur toi. Il mérite mieux, beaucoup mieux". Tous les pères méritent mieux. En fait j'exagère, non pas tous, certains ne méritent pas mieux. Au contraire, certains, ce sont leurs femmes qui méritent mieux. Posez-vous la question : votre conjoint mérite-t-il mieux que vous ? Les femmes ne se lovent pas contre le dos de leur mari par amour : un mauvais rêve suffit. Au creux du lit, dans les vagues des draps sur lesquelles je navigue endormie avec fureur, c'est là que la guerre commence, toujours et que tout prend fin, dans la tristesse souvent. Malheureusement. On avait rêvé, comme les mystiques, que c'était là que l'amour naissait toujours, mais les guerres pour l'amour, c'est comme les pompiers pyromanes, c'est amusant pendant cinq minutes, mais c'est tout. Après ça lasse et ça meurtri, c'est tout l'effet que ça fait, ça fait saigner en fait. Mais pas du thorax, du nez seulement. Mon corps me lasse. Ma tête. Mon corps est un poids que je voudrais mettre de côté, l'espace d'un instant, le temps d'un instant que je puisse m'élever un petit peu. Un petit peu plus haut que Paris. Paris, c'est grand. Mais tu vois Denis, j'ai des projets plus grands que Paris. Je t'assure. Je me mets en boule, je ne suis pas faite de neige, ni de gravillons, je ne peux pas être lancée contre un visage ou contre un dos. On ne peut pas me donner à manger à quelqu'un. Comme les truites, je glisse. C'est gluant. C'est comme ça. La graisse sur les frites c'est malheureux de connaître l'origine de cette aversion que j'ai pour la graisse animale, la graisse végétale. Toutes les formes de graisse. Mais moi je suis heureuse de m'en rendre compte, je suis heureuse de ne plus payer un homme pour lui dire ce que je sais déjà depuis longtemps, depuis tellement longtemps d'ailleurs. Je vivais encore en Auvergne et on m'avait parlé d'une histoire de Dame Blanche, j'étais surprise, je pensais que ça n'existait qu'en Lorraine. Denis m'a montré les devis pour l'appartement, dans le métro j'y pensais : les Dames Blanches qui attendent au bord des routes la nuit. Il ne faut pas les prendre dans sa voiture. Il ne faut pas les regarder. Nous  y sommes allés faire le minimum. Les anciens propriétaires avaient laissé beaucoup de choses. En jetant j'ai failli pleurer, parce qu'il était dans mon dos à nettoyer des trucs, Christophe son ami n'allait pas tarder, il allait l'aider à porter cette vieille gazinière en bas que les anciens propriétaires avaient laissé là pour une raison mystérieuse. Elle datait au moins des années 80, comment avait-elle atterri ici ? J'avais envie de pleurer mais je n'ai jamais demandé de spectateurs pour ça, au contraire, j'ai toujours cherché à m'enfermer quelque part pour le faire, comme les oiseaux se cachent pour mourir, l'Angeline se cache pour pleurer. Oui je sais, c'est pathétique. Cela m'importe peu, ce n'est pas de pleurs que je parle, si vous écoutiez un minimum vous auriez la délicatesse de reconnaître que votre attention est plus porté sur vos propres battements, votre poitrine vous fascine, dommage un jour vous n'aurez plus de poitrine, elle sera infestée de bactéries, de larves, dommage dommage, ça finira par arriver. Dommage dommage. Vous verriez alors que ce n'est pas de pleurs, le texte n'évoque pas les larmes, tombées de mes yeux en Bretagne, car il avait touché mes mains un peu trop vite, un peu trop brutalement. Ils sont brutaux les singes lorsqu'ils n'ont pas ce qu'ils veulent. Je ne sais pas si vous avez remarqué. Ce n'était pas écrit sur le front de cette Vierge au bord de la route que je ne voulais pas de spectateurs. C'était pénible de marcher sous ce soleil de plomb. On n'avait même pas besoin d'uriner tellement on suait par tous les pores de la peau. Ma mère me tendait des lingettes, les mères connaissent. Leurs enfants, leurs nourrissons rêvent lorsqu'ils dorment. Ils font des cauchemars, comme les grands. Ils ont besoin de beaucoup dormir les nourrissons, comme les dépressifs d'ailleurs, comme les morts d'ailleurs, comme moi d'ailleurs. Je fais de longues siestes, c'est bien la première fois que ça m'arrive. Cette année ça m'arrive. C'est peut-être l'heure de la retraite. Mon corps aux objets trouvés, je l'aurais fait exprès, je l'aurais perdu. Il ne faut pas souhaiter quitter son corps, qu'il soit dans un coin comme ça. On ne sait jamais qui pourrait écouter. Denis n'y pense pas, lui, c'est devis devis devis réalité devis travail réalité devis devis devis baise devis peinture travail baise devis banque argent concret monnaie amertume joie baise devis amertume concret paresse travail salades moi. L'écriture pour lui c'est les devis, et ses papiers et ses dossiers et ses coups de téléphone, il est obligé de gueuler comme un dératé des fois, j'entends à l'autre bout de l'appartement qui est grand pourtant, l'ancien appartement que nous habiterons encore pendant quelques temps, fort heureusement, je l'entends remettre à sa place une personne à l'autre bout de fil. Je n'aimerais pas être elle, je détesterais être cette personne et me faire engueuler par Denis. Il est si doux et si bon lorsque nous faisons l'amour. Il n'a jamais gueulé si fort après moi. Sauf une fois, lorsque je lui avais avoué que je l'avais trompé et qu'il avait dérapé en réponses pour me frapper. Plus jamais ça j'avais dit. J'ai eu de la chance qu'il ne me quitte pas, j'ai eu de la chance que cette phase-là, de manque de confiance, il puisse la surmonter, il aurait pu ne pas la surmonter, je me serais retrouvée quelque part, à faire la pute, comme ici, encore une fois. S'il était parti, je n'aurais peut-être pas eu envie de pleurer à Paris, dans ce nouvel appartement que je déteste avant même de le voir transformé, transformé par les peintures, et les nouveaux sols et les plafonds et tout ça, et tous les objets qu'on mettra dedans, dont on n'aura pas besoin. Les gens qui ont trop de choses je m'en méfie, les gens qui n'ont pas assez de choses aussi je m'en méfie. Christophe est finalement arrivé et j'ai retenu mon envie de pleurer car je sais très bien retenir le désespoir, car, pour être honnête, ce n'était pas un bête vague-à-l'âme mais bien un désespoir, un désespoir que je croyais éteint. Mais quelque chose en moi est éteint depuis des années, et le désespoir est bien allumé lui par contre, donc en même temps, je suis pas très bien placée, contrairement aux apparences, pour dire ce qui est vrai ou ce qui est faux autour de moi. Moi la première je suis éteinte, quelque chose en moi. Et devant lui, devant eux, je fais semblant, comme je le fais depuis longtemps. J'ai un si joli sourire dit Denis. Et des yeux noirs rieurs, deux petites billes de ténèbres chaleureuses. Je fais celle qui écoute et qui lui fait un grand sourire (si joli donc). Celle qui jouit même lorsque ça ne vient pas (et avec le désespoir ça vient de moins en moins). Naomi m'a dit qu'elle faisait parfois la même chose. Elle avait également des périodes où son frère revenait, comme mon oncle et ensuite ça s'évanouissait dans le temps, dans une saison, pour laisser place à la légèreté, au bonheur de la trotteuse, comme j'aime l'appeler. Les libellules connaissent. Et puis le cauchemar revenait, les souvenirs sans cesse. Il paraît que beaucoup de personnes arrivent à gérer cela. Il paraît que d'autres n'y parviennent jamais. J'aimerais n'être ni l'une ni l'autre. Si on me donnait le choix. Donne- moi le poumon. Donne-moi le choix ensuite de faire sortir ce qui est entré. Si Mars était rouge, et nous dans une navette en train de l'observer d'un hublot, prise dans son orbite, alors notre façon de la voir changerait fondamentalement de la façon dont nous la voyons aujourd'hui.  Des photographies, des lumières dans le ciel. Les astronomes voient plus encore, ils ont de la chance. Et s'il y avait des miroirs sur Mars ? Les cauchemars qui me réveillent et qui me font peur je les déteste. Plus encore aujourd'hui que dans mon enfance. L'appartement de Paris sera terminé début juin. Je ne me lève plus la nuit lorsqu'un cauchemar me réveille. Dans mon rêve je recevais des appels anonymes, j'étais angoissée. Denis me regardait avec fureur, il pensait qu'il s'agissait d'un de mes amants. Dans le rêve, il pensait que je le trompais encore, avec beaucoup d'hommes, beaucoup. En ouvrant les yeux, j'avais du mal à discerner la réalité de la rêverie, j'étais perdue dans un brouillard très blanc, et j'ai pensé que toutes ces choses qui étaient rêvées étaient vraies. D'une certaine manière, elles le sont, vraies. Tout ce qui est rêvé chaque nuit est réel et s'est produit. Quelle tristesse ces gens qui se réveillent et qui ne se souviennent jamais de leurs rêves. Cela me ferait mal. Je préfère m 'en souvenir finalement, même s'ils sont terribles. Au moins c'est de la matière, de la vraie. On ne peut pas vivre que des choses fausses continuellement, dormir c'est peut-être même une des choses les plus vraies que nous sommes capables de réaliser. C'est une chose que tout le monde partage. Aussi bien Ben Laden que Bush, que moi et la copine de mon père, que les enfants et les poulets encore vivants. Je ne devrais pas angoisser pour quelque chose d'aussi authentique, en fait. C'est tellement authentique que cela nous dépasse. Tellement c'est pragmatique dans le fond. Je vais continuer comme ça en espérant ne pas craquer. J'ai bien fait ça jusqu'à maintenant, pourquoi ça changerait ? Pourquoi je ne pourrais pas tenir ? Je vais continuer à faire comme si, oui, c'est une bonne idée je pense. A sourire et à faire semblant que la vie est une chose merveilleuse comme le prétendent les poètes qui écrivent tous pourtant pour mieux la quitter. S'en séparer. La plupart des médecins se battent pour la vie, eux. Certains écrivains célèbrent la mort. Bien malgré eux. On les prend pour des gamines qui couchent tendrement leurs états d'âmes, avant on les prenait de force par derrière dans le con. Qu'est-ce que tu veux faire, cher poumon, si ton paradis est inique ? Si tout le monde ne peut y entrer d'office. Si les efforts à faire ne remettent rien en cause. On se couche comme on fait son lit, disait l'ogre, Denis lui c'est devis devis travail baise, il regarde sa montre, il regarde son journal, son dernier roman entamé, du Dan Brown, du Patricia Cornwell, qu'est-ce que je peux y faire ? Rien donc je ne dis rien. C'est même moi qui lui ai acheté (à sa demande, j'achète jamais les livres au hasard pour quelqu'un, les livres ça se trouve ou ça arrive par accident mais c'est soi-même qui provoquons tout ça). Il y a quelques jours il faisait beau et pendant un court instant j'ai eu envie de vivre lorsque j'ai regardé des photos, c'était Naomi, qui, sur la table de ce café parisien duquel Denis me téléphonait souvent à l'époque lorsque je vivais encore dans l'Allier, m'a donc montré ces photos de l'endroit qui lui était cher, puisque c'était là-bas qu'elle était née et avait grandi : le Puy-de-Dôme. Et de toutes ces photos, l'une se détachait très clairement, car on la voyait souriante, à l'adolescence. Son sourire montrant toutes ses belles dents, le soleil la frappait de plein fouet, on pouvait le voir sur la photo, elle avait été prise en été. C'était un été passé au Puy-de-Dôme, parmi beaucoup d'autres. En voyant cette photo, j'ai éternué sur le côté. Ensuite j'ai sorti mon mouchoir en m'excusant. J'ai dit : c'est le pollen, je suis allergique. J'ai fait un grand sourire, les gens aiment les grands sourires, la plupart des êtres humains aiment ça oui. Ensuite je lui ai demandée : c'est comment le Puy-de-Dôme en hiver ?   



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dimanche 20 avril 2008

Des travaux et des hommes

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I Always be by your side


-Ce texte n'a pas été relu ni corrigé-

Parfois, toi et moi, nous nous retrouvons dans un appartement dont les rénovations sont à faire. Dans les ténèbres nous nous embrassons, pas seulement parce que la lumière nous fait défaut. Nous nous aimons parce que nous savons mettre en commun nos deux cœurs, comme deux amoureux qui se caresseraient de concert, loin du pétrole du monde, loin de tout l'or du monde. Nous nous retrouvons comme des voleurs dans cet appartement vide. Nous avons montré l'état de l'endroit à ces hommes, d'allure forte mais à l'air retardé. Mentalement, Lévi n'avait pas les aptitudes pour réussir là où la plupart des Juifs réussissaient. Comme des voleurs, nous nous sommes aimés dans ce vide, sur une couverture. Un peu de semence a coulé sur le sol de l'appartement, une goutte par terre comme de l'eau bénite sur le front des enfants qui une fois passés de vie à trépas, iront au ciel, au paradis, à côté de Jésus Christ et de ses deux autres visages. Une goutte de sperme, pour baptiser avant la vie quotidienne, qu'on aura, que nous aurons, qu'on va avoir, peut-être. Peut-être. Un accident peut arriver bien avant, j'ai envie de mourir tous les matins quand je me lève désormais, depuis trois mois. Non, nous embrasser dans les ténèbres ne faisait pas de nous des êtres démoniaques. La délicatesse ne se lit pas sur le visage de tous les hommes, mais il ne faut jamais juger un livre sur sa couverture. Nous avons vu de vieilles tantes ensemble, elles se tenaient par le bras, elles étaient juste ce qu'il fallait d'efféminé pour ne pas passer inaperçues. Le type de pensée qui me traversait l'esprit à l'époque où je mettais mon cul à contribution, c'était : "vous pensez que vous êtes les seuls à vous enfiler par derrière". Les vagues s'écrasaient avec rage sur les rochers, le sable n'était pas agréable à toucher et il était froid. L'appartement n'avait pas de sable lorsque nous y sommes entrés la première fois. Les travaux à faire, l'électricité, la tuyauterie, la mienne il s'en charge, sur une couverture. Une couverture, comme avec des amis, de bons amis, une belle journée, un pique-nique, un roman de gare, oui c'est ça, un roman de gare qu'on lirait tous ensemble. Il y a des romans de gare qui ne sont fait que pour s'envoler dans le firmament, tu les entends mais tu ne les toucheras jamais, mon oncle m'entendait mais ne me touchait jamais, n'y arrivait jamais, je me suis tuée toute seule. C'est ce que j'ai compris cette année, là, maintenant, tout de suite, aujourd'hui. Aujourd'hui qu'on a les yeux pleins d'étoiles et de ténèbres et que Paris impose son rythme à celle qui jadis croyait pouvoir lui résister. Depuis tant d'années que les pensées s'entrechoquent, avec plus ou moins d'éloquence, depuis tant d'années qu'on regarde à l'horizon en se disant qu'après il y a la vie éternelle, qu'elle soit froide comme le sable de la plage, ce jour-là, passé, n'est pas très important. On continue de regarder, la vie éternelle est froide mais la vie mortelle l'est d'autant plus. C'est son corps chaud d'homme que je tiens contre moi, que je sois une femme contre lui n'importe plus : l'important c'est le feu qui embrase toutes les choses invisibles autour de nous. C'est volatile et c'est dans l'air, et c'est partout lorsqu'on se donne les moyens d'écouter et d'entendre, heureusement les arabes ne peuvent pas comprendre cela. Comme les juifs d'ailleurs, ou les tantes. Des hommes sont entrés dans l'appartement, l'un d'eux, d'origine arabe, se tenait là où j'avais fait l'amour avec le corps de l'homme qui lui expliquait que : il fallait refaire ça et ça, et la peinture et ça, et ça et ça et ça et encore ça, et puis ça, et on veut ça, et la cheminée ça, et et ça, et encore ça, pourquoi pas comme ça, non chérie qu'est-ce que tu en penses ? Qu'est-ce que tu imagines ? Moi j'imagine rien. Les gens qui me lisent sur le blog pourraient venir te le dire. Moi j'en pense rien du tout, je n'ai pas de pensée précise à ce sujet, tu fais ce que tu veux, ça sera chez toi, non euh, chez nous, mais de chez moi je n'en ai jamais réellement eu, je ne me suis jamais sentie chez moi nulle part, je ne vois pas pourquoi ça changerait à présent, je ne vois pas quelle étincelle pourrait faire changer cette tendance, à de ne pas être d'ici. J'ai lutté contre des chimères. Jusqu'à présent. Je suis forcée de me rendre compte. L'amour ne suffit pas à vous faire sourire par temps de pluie. L'amour encombre plus qu'autre chose, la toxicité de l'amour devrait être établie scientifiquement. Je ne plaisante pas. Tous les amours du monde ne sont pas branques, tous les amours de petites filles du monde, tous les Juifs, tous les Arabes, tous les hommes qui s'attachent à d'autres hommes, toutes les femmes qui tombent amoureuses d'autres femmes, tous les enjeux de pouvoir, l'horizon était devant toi, pas à côté de toi, pas derrière toi. L'horizon se trouve toujours devant toi, comme une folle j'ai cherché mon futur en remontant le passé, ce n'est pas comme ça que le temps marche, ce n'est pas à l'envers que la Terre tourne. Cet Arabe se tenait là, là où j'avais eu du plaisir (un peu) et j'ai compris plus tard qu'il n'était pas arabe malgré son air, son allure, mais Indien d'origine et avec des origines anglaises. Nous nous sommes aimés, oui, mon amour à cet endroit précis où l'indien des Indes s'est tenu juste après, quelques heures après, le sperme a coulé, comme parfois la salive lorsqu'on dort trop lourdement, cela m'est arrivé la nuit dernière, toi tu ronflais à peine, ce médicament il marche, il fonctionne, à l'endroit cette fois. L'Indien des Indes avait une chemise Lacoste, mais une vieille, un peu délavée, c'était moche et il me regardait à peine, j'aurais peut-être dû mettre un voile sur la tête, pour pas l'embêter, peut-être qu'il était l'un de ces musulmans qui se prennent pour des aryens et qui ont des règles bien précises, peut-être que j'aurais dû porter une perruque, peut-être que cacher ses cheveux pour une femme c'est comme lui raser le minou : c'est moche. L'angoisse était là, face à eux tous dans l'appartement, j'étais la seule femme je me sentais en position de faiblesse. Mais ce n'était pas la question. La question c'était : ça et ça et puis ça et encore ça. Parfois, nous sommes ensemble, mon amour et je te regarde comme je regarde derrière moi. Ce n'est pas du sel qui apparaît dans mes mains, je ne me transforme ni en sel ni en sucre, je ne suis pas faite de chair, j'ai l'impression, car toute la question est dans le sang, dans la chair, je n'ai de cesse de le dire, on a beau s'enfuir, des mains un peu trop invisibles, un peu trop malintentionnées, vous rattrapent et vous remettent là où elles veulent que vous soyez, bien sûr vous y consentez, à force, à force de lutter, à force bien sûr, on se fatigue, un peu de fatigue s'ajoute à un peu de fatigue et ça ne s'arrête pas et le cycle est en place, et comme la lune avec les marées, il paraît, comme Vénus et la Femme...Tu étais beau, expliquant tes diktats, peinture, électricité, prises, devis, derviches.  Tous les sentiments du monde, toutes les sensations, être objectif, ce n'est pas souffrir, être objectif c'est se tuer tout de suite, je ne suis donc pas objective, je ne peux pas, je ne peux pas me tuer tout de suite. Je ne veux pas aller de l'autre côté tout de suite, j'ai trop peur que l'enfer ne se poursuive, dans l'appartement lorsque la goutte de ta semence a touché le sol, il y a eu comme une folie dans l'air, quelque chose avait changé, les appartements se rhabillent plus selon par qui les habitent que par la couleur des peintures ou la disposition des meubles. Choses animées, avez-vous donc une âme, tu parles... Animées, oui, choses animées, les choses inanimées, nous savons tous ce qu'elles nous font, ce qu'elles nous ont fait, ce qu'elles nous feront, mais les choses animées, là, on possède un bagage qui ne permet pas autant que ça qu'on puisse la ramener à la moindre occasion. Oui, bien sûr, il y a de la vie ailleurs dans l'univers, mais en existe-t-il ici, dans votre cuisine lorsque vous pleurez devant l'évier juste après la vaisselle, existe-t-il un soupçon de vie chez votre voisin qui vous permet de focaliser sur ce que pourrait être sa vie, pour fuir vos propres turpitudes insolubles ? Existe-t-il de la vie dans ses yeux lorsqu'il décharge dans votre con ? Certains hommes ont la vie qui s'efface lorsqu'ils déchargent. Ce qu'ils peuvent. Tous les bagages, dans les ténèbres. C'est inestimable, parfois, toi et moi dans l'appartement vide de notre vie quotidienne à construire, les hommes ça construit parce qu'ils veulent se construire eux-mêmes et qu'ils ne savent pas trop comment faire. Ils ne croient pas en l'éducation, ils ne croient pas en l'argent, ils ne croient pas en l'égalité des plantes vertes et des tomates rouges et lorsqu'ils jouissent, ils ont parfois ce regard bizarre, qui se vide de sa lumière. Un visage écrasé dans un accident ferait le même effet. L'impression que ce qui arrive ne devait pas arriver. Ensuite ils dorment, ils rêvent. Les organismes à l'aube de la vie n'étaient pas si barbares. Peut-être bien qu'ils ne rénovaient pas les vieux appartements parisiens, et qu'ils n'envoyaient pas Papa péter dans la Lune et Mars, mais leur simplicité évidente au moins ne faisait souffrir personne. Je sais ce que tu vas me dire maintenant, que ça ne tient pas. Qu'il faut se battre contre ces vents contraires qui font de la vie un enfer merveilleux. Je sais qu'il faut avoir de la force. Je sais que j'ai de la force. Je nous regarde, je te regarde, et je gagne encore plus de force, encore plus d'amour, même si je ne sais pas où je dois le mettre, dans mon potage en guise de croûtons de pain, ou dans mon sac à mains, au cas où j'aurais envie de vomir dans les cocktails où tu m'emmènes, où je vois des êtres humains vivants encore plus chiants que les gens de ma race, les Morts. Nous n'aurions peut-être pas dû nous retrouver. Au Diable le net. Nous n'aurions peut-être pas dû nous revoir, nous revoir et nous aimer, à nouveau. Différemment. Autrement. Nous n'aurions pas dû vivre cet amour, et y croire. Il y a tellement de choses que nous n'aurions pas dû faire ensemble. Nous n'aurions pas dû aller voir les perroquets et les crocodiles au zoo, ils étaient bien mortels aussi les crocodiles, ils ne bougeaient qu'un œil de temps en temps, ils attendaient les rénovations de leur enclos, l'eau ne venait plus. Quelques hommes qui les connaissaient bien les approchaient sans crainte. Des hommes forts, avec des visages aux traits forts (eux aussi), marqués par la vie, par l'alcool, ou par la solitude ou quelques chagrins d'amour qui font chavirer tout un monde en moins d'une seconde. Les crocodiles se poussaient, je pense qu'il s'agissait de crocodiles et non pas d'alligators comme on le dit abusivement, à moins qu'il ne s'agisse du contraire. Les Morts ne sont pas Juifs, ni Arabes, ni Machistes, ni hommes ni femmes, ils sont justes morts et ils n'ont aucune revendication qui ne soit délirante, impossible ou violente : un peu de paix. Un peu de paix, de paix véritable pas la petite paix qu'on te donne pour te faire sentir bien, pas celle qui consiste à dire : vous êtes tous libres et égaux en droits et à appliquer l'exact opposé, tu vois, pas les miroirs aux alouettes, pas les petits appartements parisiens sans baptême, pour fêter la vie qui s'installe, pour fêter le vide qui disparaît le temps d'un instant. Une goutte de ton sperme, et je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Notre appartement ira au paradis lorsqu'il sera détruit par des bulldozers un jour. Un jour, oui, des machines de destruction viendront tout détruire, et notre appartement comme votre maison chaude et rassurante sera détruit, et son esprit et toutes les choses qui ont marqué ses murs iront au ciel, avec nous, nous allons tous au ciel, j'ai un ange dans le prénom parce qu'on m'a destiné bien avant ma naissance le ciel comme première demeure une fois morte. Mais au-delà de la plaisanterie amère, il y a toi, et ça, et ça et encore ça à faire. Il y a toi qui te relève, nu, encore bandant, dans le noir. Les ténèbres révèlent notre instant de lumière, nous ne sommes pas les seuls à rechercher quelque chose en baisant, mais nous sommes les seuls, si, à l'intérieur de nos têtes, je veux le croire, nous le sommes à l'intérieur de nos têtes. J'ai besoin de le croire, tu vas chercher un morceau d'ananas que tu te carres entre les dents, dans le noir, l'appartement est vide, ça résonne lorsqu'on appuie sur un interrupteur. On entend Paris souffler son air nauséabond dehors, son poumon est collapsé je pense, j'ai envie de te le dire mais ensuite je me retiens. Je me retiens. Comme beaucoup de personnes au même moment un peu partout sur terre, je ressens une envie de mourir terrible le matin lorsque je me réveille et que je m'aperçois que je fais encore partie de cette planète minable, et qu'il faut encore affronter la douche qui me parait trop loin et trop impossible, sans parler de ta bonne humeur absolument non communicative, qui se trouve elle carrément à l'autre bout de notre galaxie, c'est dire si elle se trouve encore plus loin que la douche.  Elle me donne envie de prendre la voiture et de foncer sur le premier arbre que je croise. C'est normal ton bonheur, tu es d'ici toi, ce n'est pas pareil, c'est ton monde, tu t'y sens bien, c'est le plus dur à faire, s'y sentir bien. C'est dur avec les gargouilles et les Princes des Ténèbres comme Rois, ces sales grenouilles vicieuses. Mais tu vois, même dans les ténèbres, je suis debout. Encore. Je me lève, même si c'est trop difficile, voire impossible, je le fais. A reculons mais je le fais. Je me douche. Et j'essaie d'y prendre du plaisir, j'essaie de me dire que j'ai un corps en bonne santé, et franchement esthétique en plus, je ne devrais pas me plaindre. Mais je crois pas que ça soit à moi de toute façon. Tu vois, pour toi, par amour pour toi, je passe sur mes émotions, sur ces émotions qui agressent, au matin, au petit réveil. Je comprends les lève-tards, ils ne sont pas tous fainéants, c'est juste que l'extérieur est impossible à avaler tous les jours, sauf si on est un Duc, ou un Prince des Ténèbres qui fait sa petite popote politique. Non, tu n'es pas nu dans les ténèbres pour rien, crois-moi. Je n'ai pas envie de vivre le matin, mais je te rassure mon amour, j'ai envie de mourir dans mon sommeil en me couchant le soir, je me le souhaite. C'est étrange, la mort, ce n'est pas une chose je souhaite à mes pires ennemis, mais à moi-même, si. Les hommes construisent, les souris détruisent, les sales vermines, et les hommes forts et costauds on attend d'eux qu'ils s'engagent pour faire la guerre ou pour travailler dans le bâtiment bien sûr. Bien sûr, toi, tu es musclé mais c'est juste de la frime personnelle de bobo de droite parisien. Comme on dit. Tout ça, c'est loin de moi. Toi, le zoo, les ténèbres, l'indien qui ressemblait à un arabe, je déteste toutes les races du monde, vraiment, seuls les morts arrivent à me toucher, à m'émouvoir, ce n'est pas sensuel pourtant, la mort. J'ai pris un morceau de papier cuisine et je l'ai posé sur la tache de sperme. Le papier absorbait et j'ai regardé ce que ça me faisait. Dans le noir tu mangeais des carrés d'ananas que j'avais au préalable coupé. J'avais transpercé la chair de ces ananas avec des piques. Pour ton confort. 

Plus tard, nous nous sommes couchés et j'ai  regardé le plafond comme je le fais souvent, pendant de longues minutes. Je volais.  J'étais comme en suspension, en moi et en dehors de moi, mais là quand même. A côté, toi, je sentais ton coeur qui se reposait, tout ton organisme se reposait c'était une chose remarquable à regarder. Pas toi : ton organisme j'ai bien précisé. Ensuite, je me suis tourné sur la droite et je t'ai caressé le visage en te disant que je t'aimais. Je t'ai dit : je t'aime et je me suis retournée dans mon coin, en espérant que plus personne ne puisse me toucher. En espérant que je ne me réveillerais pas. En espérant que ce serait possible. En espérant que tu n'aies pas envie pendant la nuit de me faire l'amour, chose qui t'arrive relativement assez régulièrement. De me réveiller en pleine pénétration. Pendant que je m'endormais, quelque part sur Terre un crocodile disparaissait dans des eaux noires et boueuses. Pendant quelques instants, seuls ses yeux vides et froids de reptile sont restés visibles, en surface. Ensuite, il a plongé et a complètement disparu. Comme moi, sous mes couvertures.

   



crocodile

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mardi 8 avril 2008

Pareidolia

evilbw

Comme la question posée était cruelle, jamais elle n'a pu ouvrir les yeux pour lui répondre d'un regard. Autrement perdue dans son heure du retard, elle espérait qu'il ne lui ferait pas trop de tort. Nous savons tous que l'animal à nourrir est un porc et qu'il serait dommage de ne pas le prendre en considération. C'est un chemin rempli de roses qui s'ouvre sur l'été, la question qui avait été posée avait bien manqué de la faire mourir. Ce n'est pas de sa faute si c'est sensuel, ce n'est pas de sa faute si le cimetière est à droite de la villa des vacances. On ne peut pas sortir de son corps assez longtemps pour caresser la voie comme elle est lactée. Il est allé brosser les chevaux, le notaire attendait la signature du testament pendant que son enfant se jouait des papillons dans le jardin. De l'autre côté de la lande, il y avait les tracteurs et les gros chiens noirs qui couraient autour, dans un tourbillon de poussières. Demain s'annonçait ensoleillé comme aujourd'hui, rien jamais n'évoluait dans le sens souhaité. Rien jamais ne souhaitait évoluer dans le vent voulu. C'était chaud et c'était mal. Comme dans sa réponse, elle a fait une lettre, elle imaginait qu'elle serait plus claire comme ça. Peine perdue. Il a ouvert la lettre fraîchement reçue, il a aimé le timbre américain dessus, et il a lu d'une traite, avant de la chiffonner et de la jeter à la poubelle. Ensuite il a pris son balai, pour balayer nerveusement. Comme seul un homme nerveux, de la terre, sait le faire. Il pensait à elle en balayant sans cesse. Loin. Trop loin de lui. Dans un film un homme tombe par hasard sur une femme seule, qui attend la venue de ses amis. Les amis avaient un cercle de lecture, et ils aimaient se retrouver dans ce parc naturel où il n'y avait personne. De temps en temps, dans le bois, on entendait des coups de fusil. C'était un peu effrayant mais les amis restaient allongés, sur des couvertures, dans l'herbe. Ils mangeaient de la même manière. Lisaient, souriaient, allongés, face à l'immensité du ciel. Elle ne savait pas qu'elle attendait cet homme, elle l'attendait lui, même si elle ne le connaissait pas encore. C'était cela qui crevait le cœur à cent pour cent : être prédestinée à l'amour. Une colombe était morte ensanglantée et ils avaient éclaté de rire, pendant ce pique-nique, elle avait parlé de la lettre. Au concert du coin, trompettes et guitares répétaient ensemble, elle l'avait vu à ce concert pour la première fois. Mais à celui qui allait être donné aujourd'hui, un autre qui avait eu lieu il y a quelques années. Il lui avait parlé de ce film précisément, elle ne l'avait jamais vu. Ou un homme rencontre par hasard une femme seule dans la vie. Qui attend la venue de ses amis. Elle avait trouvé ce prétexte pour lui dire :  peut-être aurons-nous l'occasion de le voir ensemble. Ce film. Peut-être aurons-nous l'occasion... Un jour. Ses amis riaient dans l'herbe, ils lisaient tous, chacun leur livre, chacun leur goût. Parfois ils lisaient le même ensemble, chacun son tour une page ou deux. Le livre tournait, c'était la tournante du livre. Elle ne pensait qu'à lui. Elle parlait d'un amour dévorant, elle utilisait l'image de ces plantes carnivores qui attirent les insectes à elle pour les dévorer voracement. Un amour tellement brillant qu'il faisait mal aux yeux lorsqu'on le regardait fixement, un amour si puissant qu'il détruisait tout le reste à l'intérieur de son cœur. Dans le film, il y avait une scène où la pluie tombait. Des cordes (et pas des cordes de guitare, ni de violoncelles). Elle attendait dans une cabine téléphonique rouge. L'homme la retrouvait dans cette cabine. Il était trempé, et ils s'embrassaient avec passion... Dans la réalité, ils s'étaient embrassés devant chez elle, une nuit de juin, sous la voie lactée. Elle avait écouté Mozart ensuite, il n'était pas resté, elle avait pourtant senti son désir brûlant la pénétrer entièrement, elle fût traversée littéralement par son désir, à lui, lui qui n'avait pas voulu rester. Elle s'était couchée, légère, portée, heureuse, et avait fait ce rêve étrange. Comme un film. Elle tenait la caméra, et filmait l'immense nuage de poussière foncer vers elle. Une journaliste hurlait devant elle, en pleurs : ça recommence, ça recommence, vite, tirons-nous. Des gens blessés partout erraient, hagards, perdus, à la recherche d'un peu d'eau, d'un peu de chaleur. C'était pas l'amour qu'on trouvait dans son rêve mais bien la peur. Elle s'était réveillée en pleurs, avec le désir d'écrire ce rêve. Plus tard, ses amis, dans l'herbe, sous le soleil tapant, lui avaient dit : tu ne devrais pas faire attention aux rêves : ils ne veulent rien dire. Elle disait : et si justement parce qu'ils ne veulent rien dire pour nous qu'ils avaient un rôle, un but ? Quelqu'un avait renversé le pot de confiture de fraise dans l'herbe. Et la confiture a coulé sur le vert. Cette lettre, tu voulais vraiment lui écrire ? C'était quand, au fait, que tu lui as faite ? Avant ou après votre première rencontre ? Ses amis lisaient des livres, les critiquaient comme des spécialistes, elle était terriblement exclue à cause de son amour, de toutes ces choses, et même de la confiture de fraise dans l'herbe. Il l'avait emmenée au cinéma. Il avait passé son bras autour de ses épaules. Elle se sentait heureuse et légère. C'est très important d'aimer suffisamment dans la légèreté. Son être n'était que de plomb autrefois, du plomb que même les chasseurs n'en auraient pas voulu. Il lui montrait dans le noir ces images. Et la scène de la pluie. Elle s'était rappelée qu'elle avait vécu en vrai, pour de vrai, une scène similaire dans sa vie, la rencontre d'un autre homme, plus âgé, plus sécurisant, et plus dangereux. Elle l'avait rencontré sous la pluie, alors qu'elle se trouvait dans une cabine, mais argentée cette fois. Elle s'était abritée dans la cabine non pas pour appeler quelqu'un mais bien à cause de la pluie qui avait redoublé d'intensité. Ils s'était regardés, juste une fois, il passait, tristement, comme ça, sous la pluie. Et il s'était arrêté au bout de dix mètres, s'était retournée, elle avait entrouvert la porte de la cabine : vous voulez vous abriter avec moi ? Avait-elle crié. Il était venu tout de suite.

Ses amis dans le soleil, allongés sur des couvertures dans l'herbe lui parlaient de son dernier livre, et de son ventre. Elle répondait : j'ai un goût de métal dans la bouche. Est-ce que tu l'as sucé ? lui demande Anne-Marie (terrible prénom). Ils s'aiment. Dans le film, après la pluie, il y avait eu une scène de baise, particulièrement érotique, particulièrement explicite, particulièrement choquante, qui avait fait scandale à l'époque, l'actrice et l'acteur avaient accepté de le faire pour de vrai devant la caméra du réalisateur. Comme le film était l'adaptation d'un livre, et que la scène se trouvait dans le livre à l'origine, ils avaient décidé de la garder telle quelle. D'autant plus qu'il était difficile de la couper pour des ressorts dramatiques. Elle se trouvait déjà explicite, déjà érotique, à la limite du pornographique, car le personnage féminin devait pratiquer une fellation sur le personnage masculin, tous les deux fous de désir, loin du monde, loin du monde comme seuls savent l'être les personnages de fiction. Trop loin pour qu'on puisse comprendre que nous sommes trop près les uns des autres, trop près du monde. Trop près de notre Amour, de notre haine.

Les chevaux couraient sous leurs regards. L'enfant se tenait non loin de là avec son camion en plastique. Les chevaux ne risquaient pas de faire du mal à l'enfant, qui regardaient ses parents de loin. Elle était à part. La maison avait pris feu en 1900 et avait été reconstruite et reconstruite depuis. En 1918, une météorite avait détruit la grange. Depuis sans cesse, il se passait quelque chose qui détruisait la maison. C'était une véritable entreprise de destruction, c'était le destin qui choisissait comme ça. Au grès du vent, des tempêtes, des inondations. Ses amis souriaient dans l'herbe malicieusement, avec leurs livres et se prélassaient comme des chats paresseux, c'était l'été et ils en profitaient, ils lui posaient des questions comme des murmures, des murmures qui étaient si silencieux qu'ils paraissaient être de véritables hurlements. Dans leur origine. Qui n'avait donc rien à voir avec le silence. Les murmures n'y puisent pas leur force, c'est bien dans le vacarme qu'ils naissent. Qu'ai-je fait, moi, à part murmurer toute ma vie ? Tu crois que tu aimes ce film pour cette scène uniquement ? C'est étonnant, le sentiment de déjà-vu, qu'elle avait eu, en voyant cette scène, et d'autres aussi, comme lorsque l'homme dans un marché du sud de la France, lui propose d'acheter des melons et des pastèques pour toute la famille. Dans le film, à la fin, la relation ne fonctionne plus, elle n'en peut plus mais ne le dit pas, elle ne sait plus le dire, d'ailleurs elle ne sait plus parler et n'utilise ses lèvres et sa gorge uniquement pour dire les banalités du quotidien, ce quotidien qui doit rester hautement secret, qu'on ne peut pas deviner des autres, qu'on aimerait bien, peut-être en pensant que c'est dans le néant au préalable que naît automatiquement l'exceptionnel. Les êtres ne se valent pas, les êtres ne se voient pas égaux en droit à la naissance, ils deviennent tous identiques, du point de vue des vivants uniquement lorsqu'ils passent à confesse au cimetière. Elle lui a dit ça une fois, un jour de pluie, il y avait eu une éclaircie, ce qui avait provoqué un arc-en-ciel. Oui, c'était de l'arc-en-ciel que sortait le désespoir. Mais elle savait qu'il brossait les chevaux pour les rendre beaux. C'est de rien que naît la révélation. Cette idée était troublante mais il ne fallait pas trop y penser car c'était bien évidemment impossible (comme de mourir demain). Cette scène anodine, dans ce film français sinistre sur un couple d'amoureux, elle avait eu l'impression de la connaître, de l'avoir vécue, de manière identique, dans le passé. Mais surtout, après avoir vu le film, elle avait dit à son amour : j'ai le sentiment étrange que j'ai déjà vu ce film avec toi il y a fort longtemps. La tenant par la taille, il ne comprenait pas car il avait eu envie de rentrer et de lui mettre un petit coup de rein avant de dormir : je ne comprends pas, tu veux dire que tu as une impression de déjà-vu, c'est ça ? Oui. Je veux dire, j'ai le sentiment d'avoir vécu certaines choses du film mais aussi, par dessus, d'avoir déjà vu le film, avec toi, dans les mêmes circonstances. Mais pas maintenant, pas aujourd'hui, dans le passé. Comment tu expliques ce sentiment mon amour ? Je l'ignore, je te dis juste ce que je ressens.

Allongés sur des couvertures. Se prélassant. Le sourire aux belles dents, ils se comprenaient d'un regard, même si elle avait le sentiment que tout ça, c'était du déjà-vu, du déjà fait, du déjà entendu. Mais on ne choisit pas, à l'origine des murmures dans le vacarme, ce qui va faire chavirer nos cœurs, ni même notre force, et on ne sait pas si on sera assez fort pour sortir de cette émotivité qui a fait des milliards et des milliards de morts. Au temps jadis. Elle aimait le regarder sans parler, parce qu'il comprenait ce qu'elle lui disait, dans ces moments précis, ces moments qui, à peine naissants, allaient de ce pas dans la  mort. Elle a pris sa main et elle lui a demandé : tu crois au pouvoir de la pluie sur des ruines encore fumantes ?

L'autre jour, ils ont vu des chevaux qui n'étaient pas à eux, un noir et un gris. Ils couraient et semblaient prendre du bon temps. Ils s'amusaient. Il lui avait dit : il faut que j'aille au marcher, acheter des pastèques et des melons pour l'été qui s'annonce, tu viens avec moi ? Elle a pensé : c'est maintenant l'heure de tout recommencer encore. Ils ont pris la voiture, c'est là qu'elle a vu les chevaux dans un pré, et elle a eu une terrible impression de déjà vu. Ils se sont arrêtés à un stop. Devant eux un carrefour qui pouvait les mener soit tout droit, soit à gauche, soit à droite. C'est alors, après avoir vu un visage dans les nuages, qu'elle a tourné la tête vers lui, pour lui adresser un regard, un de plus. Mais il n'a pas eu envie de la regarder au même moment. Il était perdu dans ses pensées, la tête tournée vers la route de gauche qui semblait aller plus loin de que la ligne d'horizon elle-même. Il était perdu dans ses pensées, bercé par le tic tac du clignotant.

   


joelsternfeld1

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vendredi 4 avril 2008

La Tragique Histoire des Livres abandonnés sur des bancs

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Envolé le pollen auquel elle est allergique. Il se trouve qu'elle le regarde dormir et que parfois, elle lui mettrait bien un coup dans les côtes, pour voir ce que ça donnerait. S'il se réveillerait en sursaut. S'il aurait l'air hébété, choqué. S'il se rendrait compte que le coup venait d'elle et pas du maître des rêves. Elle voudrait une réponse : est-ce que, entre gens équilibrés, on se déteste sans raison aussi ? Le pollen auquel elle est allergique la fait tousser, ses yeux piquent et sa langue fourche, elle a la bouche pâteuse, et pas à cause d'un cauchemar, au petit matin. Quelque chose empêche le coeur de penser librement, le sang de passer correctement dans les artères. Le problème des artères bouchées ne touchent pas essentiellement que les pères, il touche également les mères et les enfants obèses, souffrant de problèmes cardiaques, hérédités depuis des générations. Si nous savions la couleur de peau de nos ancêtres, on serait pas là, à pleurer Paris, sur tout ce que ça représente en violence et en mauvais souvenir. D'autres endroits font penser à un cauchemar, d'autres endroits européens. Ce n'est pas important tout ça. Tous les enfants obèses mourront un jour. Et s'envolera toujours le pollen, auquel elle sera toujours allergique, jusqu'à sa mort et même bien au-delà. Alors elle a essayé, pour voir, sa réaction. Elle lui a donné un coup dans les côtes et elle a fait semblant de s'endormir tout de suite. Il s'est réveillé en regardant tout autour de lui, il a fait un geste d'affection à son attention, il lui a touché la cuisse, et l'a caressée avant de retomber comme une masse, comme une masse d'homme qu'il est, il est reparti dans ses rêves, où ça caresse la carrosserie des mustangs, où les chevaux sauvages finissent par centaines dans des marécages, où d'autres bâtiments s'écroulent dans un futur proche et où le sexe est l'objet du missionnaire en Afrique. Oui, envolé le triste pollen auquel elle était très allergique. Les spores ne sont pas pour ses sensibilités, la nature mère ne saurait lui donner autre chose, elle se méprend complètement sur le sort de l'humanité. On ne passe pas de la vie au trépas comme ça sans cesse, on ne passe pas sa figure à la passoire aussi facilement. Purée de visage, mauvais cauchemar et sombre présage, elle voudrait lui mettre un coup où je pense. Un coup qui pourrait le réveiller dans son corps d'homme. Réveille-toi, je t'en prie, remets-toi de ton corps d'homme, console-moi, consolation, réveillez-vous disent les aveugles et les borgnes. Endormez-vous disent les gardiens du cimetière. Je n'ai pas besoin de tout ça, elle n'a pas besoin de mouchoirs à la chlorophylle, ni même du fantôme de son ex-mari pédophile, ni même du cadavre de sa mère baignant dans son jus de graisse et de pluie, ni même de son père qui a quitté l'hôpital, elle sait qu'il va bientôt mourir. Elle le sent. Dans un futur proche. Et tant pis pour les boules de pollen qui s'envolent vers le soleil. Elle sera toute seule sur Terre, lorsqu'il sera mort. Elle sera toute seule avec son frère sur Terre et son frère ce n'est pas une partie de paradis, que de parler avec lui, que de l'aimer comme un membre de sa famille. Missionnaire en A, missionnaire du début de l'alphabet. En Afrique. L'Afrique. Là où l'humanité à commencer à décliner, là où nous sommes nés, là où nous étions tous basanés, noirs, là où tout s'est joué, là où j'ai appris à vivre à parler, à respirer. A enfanter debout, comme à jouer du tam-tam, nous étions noirs et j'étais danseuse, avec des yeux blancs et nous avions le rythme dans la peau, nous avions le cœur de danser sur nos pieds nus dans la poussière de Dieu et nous n'imaginions pas l'atome, le quanta et la fission possible. Non Pascal, on ne s'en fout pas. Non Pascal, moi je ne m'en fous pas. On ne s'en fout pas, lorsque le bien fonctionne, même en tout petit, même un petit peu. Tu lis un truc et tu penses que c'est juste, tu penses que c'est bien. Du coup, tout ce que tu touches dans les sillages de la maison des morts, ça ne peut qu'être bien. Ce n'est pas prétentieux : c'est juste bien. Même un peu, alors. Tout petit peu. Non. Pascal. Envolé les litières pour chat, les odes à Marie et mon quatrième Chakra, non, on ne peut pas. On reste avec un homme parce qu'on l'aime, ça déchire les muscles, les tendons, ça craque les os. Fondamentalement. Posons-nous des questions prises de têtes, qui fatiguent les têtes, habituellement, des gens simples, des gens qui aiment les choses simples, les ordres simples, et qui comprennent la vie uniquement en vérifiant les lettres (simples) de l'Insécure Sociale. Déceptions, la question, ce n'est pas la meilleure partie de la fille qui dort. Elle ne prend plus de champignon, elle attend Paris, une ville, elle attend cette ville comme d'autres le messie comme d'autres la fin. L'Insécure Sociale envoie de ces lettres parfois. Elle regarde son homme. Lorsqu'il dort il se retourne dans son corps sans même s'en rendre compte. Ils font l'amour quatre fois par semaines, c'est beaucoup trop, elle aime ça, elle élimine, c'est mieux que de boire Contrex, elle se sent femme en plus, c'est d'un chic publicitaire. Mais quelque chose de sombre attend son heure malheureusement. Pas la peine de courir, tu seras engloutit dans la fumée grise. Mais le pollen continue de s'envoler, elle est allergique à la nature des spores. Elle attend sur une planète trop petite pour elle, que Paris s'ouvre enfin à la lumière, cette lumière tant convoitée qui dérive les cerveaux de meurtriers en puissance (en puissance ou pas). C'est là-bas que tout se joue au milieu de la nuit, avec en prime un horizon où le soleil donne au ciel une teinte rouge, une teinte de sang, une teinte d'espoir. Il est retourné à ses rêves. L'autre soir, elle est allée avec lui dans un dîner avec des patrons, des gens que ce n'étaient pas n'importe quoi ni n'importe qui, et elle le voyait s'habiller de l'insécurité sociale, il riait différemment, il se comportait différemment, ce n'était plus lui mais une parodie de lui-même, elle avait envie de lui mettre son poing dans la figure ou de lui fabriquer une bosse sur la tête à coups d'assiettes. Il pouffait de rire comme un dégénéré bourgeois et elle, elle se disait : qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que je perds mon temps, là, avec ces cons, ces triples buses qui se gargarisent d'être ce qu'ils ne sont en aucun cas, et qui se camouflent sous leurs conventions, afin de cacher ce qui déborde de l'intérieur et qui n'est vraiment pas joli à regarder... Non je ne suis pas objective, Pascal, tu as tort de me dire ça, je suis juste Angeline. Sébire, elle, dans sa difformité, appliquée à sa parole, elle, elle était sublime à regarder. Vraiment. Mais eux, ils n'avaient pas de tumeur et pourtant c'était bien l'odeur d'une tumeur qui faisait écho dans leur voix, c'était laid, c'était moche. J'aurais été en tort de partir, et de faire honte à cet homme-là, qui n'était plus le mien, dès que nous avions posé le pied dans ce restaurant, qui brillait de mille feux. Elle a pleuré plus tard, en pensant à son père et à son frère, là-bas en Afrique. En Afrique. Nous étions donc tous basanés. La nuit nous dansions sous la voie lactée et la lune était une alliée, et le poulet éventré servait à écrire l'avenir, dans les entrailles d'un homme on voit moins les choses à venir que les choses à expulser, c'est un fait. Nous n'avions pas l'intelligence confuse. Mais le pollen ne manque de piquant. Le pollen n'est pas mon ennemi, ni même mon amant, il vole vers le soleil, en attendant que ça s'arrête, dans la tête, le fil qui casse, les artères qui se bouchent, l'accident coronaire grave. Il embrasse pour se faire pardonner, on embrasse pour aimer, et peut-être aussi pour ne faire qu'un, oui c'est bien, ou alors pour se faire pardonner de ne faire qu'un, ça devient vite lourd, ne faire qu'un. Faites attention à ce que vous voulez, dans les tripes d'un homme c'est rarement du courage qu'on doit lire, c'est rarement de l'espoir, comme à Paris, peut-être qu'il s'y trouve là-bas, peut-être qu'on le trouve dans l'arrondissement de l'attentat. Et quand la nuit étouffe le pollen, dans le noir on voit des bouts de chair qui arrivent à passer à travers la lumière, c'est spécial. L'amour ça rend ses cuisses spéciales, douces, hypersensible lorsqu'il jouit en moi, toujours étonné lorsque je lui demande de se déverser sur mon ventre, pour changer, ça lui fait comme un éclair dans le regard, c'est impressionnant. Ensuite on écoute son coeur qui dort, pour voir si un barrage est en construction.

L'appartement parisien sera à nous le 11 avril. J'ai trouvé un livre sur un banc un jour, là-bas à Paris, je ne sais plus très bien quand, je pense que c'est à l'époque où on m'avait proposé de vendre mes faveurs, ce livre était là, abandonné, à l'intérieur il y avait une note, je ne me souviens plus de ce qu'elle disait exactement parce que je ne l'ai pas gardée, mais je me souviens que ça m'avait fait rire et que j'avais eu envie de pleurer, parce que je suis une candidate aux pleurs fréquents, même lorsque personne n'est là pour les apprécier en spectacle. Le livre est resté sur le banc après mon départ. Je suppose que quelqu'un l'a pris. Ou qu'un agent d'entretien de l'espace public l'a mis dans une poubelle, à moins qu'il ne l'ait gardé pour lui.

Flow

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Posté par Angeline à 12:17 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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