ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

samedi 26 avril 2008

En attendant le viol des filles trop sages

Puy_de_dome

"Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir : on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve."

Ahmadou Kourouma En Attendant le vote des bêtes sauvages

Tu te prends dans les dents ces jours que tu n'as pas senti venir ni passer. Une seule semaine que tu n'as pas eu la force de toucher, d'appréhender correctement. Cela fait des mois que je ne suis plus là. Ni avec l'homme, ni sur Terre. Est-ce que c'est possible de n'être nulle part tout en ayant un corps qui marche et qui respire ? Tu te réveilles de cette nuit où tu as failli le tuer, de tes mains nues. Rêver d'étranglement n'est jamais anodin. Je ne devrais pas sous-estimer l'étranglement. Même dans ce rêve, qui avait si bien commencé. Tellement bien commencé. Même si la peur était de mise. Elle me réveillait par intermittence, parce que dans le rêve il y avait un homme. Un homme dégarni. Il faisait des choses négatives, dans un bar, cet homme. Il avait une sorte de pouvoir de suggestion sensationnel. Il me disait des choses comme : ton oncle, il va revenir de la tombe un jour, tu vas voir ma belle. Alors la belle, tu sais, ton oncle va sortir de son trou où tu l'as mis, il est mort par ta faute et on l'a mis en Terre, espèce de petite garce, espèce de petite salope, regarde ce que tu as fait. Je l'ai fait oui, je l'ai regardé déjà merci, y revenir d'accord mais pas tout de suite, dans dix ans peut-être, et encore si j'aurai le temps, peut-être qu'à l'époque je n'aurai pas le temps, et peut-être que dans dix ans, je serai morte à mon tour. Cela vient vite, ce n'est pas nous qui décidons, c'est le grand poumon qui décide pour nous. Toujours il a envie de décider ce satané poumon. Le discours malveillant de cet homme dans mon rêve me réveillait et de tout mon corps je tremblais, des pieds à la tête, de peur, d'effroi, je me mettais en boule dans le lit, ou alors contre le corps bien chaud de Denis. Cela fait longtemps que je n'ai pas écrit son prénom. C'était peut-être une méthode, un peu maladroite, pour l'effacer de mon univers. J'écoutais la dernière piste de la bande originale du documentaire récent sur le massacre de ces magnifiques poissons que sont les requins. On peut la trouver sur internet. Victimes de leur mauvaise réputation les requins, la dernière piste me faisait pleurer l'autre jour, je me la repassais en boucle. Mon univers qui s'écrit toujours même quand je n'écris pas. La libération ne fait pas effet, ne pas écrire ne libère pas au contraire ça emprisonne. Cela n'étouffe pas, mais ça emprisonne davantage. Que si on écrivait. En tout cas pour moi. C'est comme ça que je vois les choses. Je me mettais en boule en fait, une seule fois je me suis collée contre lui, sa chaleur me rassurait. La chaleur de son corps. Il dort sur le ventre en ce moment. Et puis contre lui ou en position fœtale je me rendormais à nouveau, pour poursuivre malgré moi le même rêve, Naomi m'a dit que ce n'était pas bon signe. Il est fatigué, nerveusement, physiquement. Il prend de longs bains, tant pis pour la couche d'ozone. Il mange des salades. Mon ex-mari lorsqu'il était ivre riait en disant que la salade, ça remplissait les couilles. Cette phrase est apparue dans mon rêve, un autre homme, qui n'était pas mon ex-mari, disait une chose similaire. L'homme dégarni essuyait le comptoir du bar en le regardant d'une manière amusée. Je ne me souviens plus de la phrase exacte qu'il disait mais ça se terminait par : "...ça remplit les couilles". C'était étrange. Cela ne remplit pas le cœur d'entendre des choses pareilles dans un rêve. Si seulement je pouvais regarder tous les hommes dormir, me glisser discrètement dans leur chambre la nuit, et les observer en train de dormir, les yeux fermés ou ouverts, ou alors à moitié ouvert seulement. Je prendrais des photos de leur visage, pour me faire un souvenir. Ensuite ces photos de visages endormis, d'hommes endormis, je pourrais les mettre sous mon oreiller à moi. Il n'y verrait que du feu. Denis. Quel joli prénom, quel joli visage est plaqué dessus dans ma mémoire. Dans mon présent. Mon futur c'est Toi. Je pensais qu'il disparaîtrait avec le temps. Peut-être faut-il que je laisse un peu plus de temps au temps pour le laisser faire ce qu'il doit faire, à savoir faire disparaître Denis. Je n'ai pas envie de courir après sa voiture, comme cet homme après la voiture de Kennedy, alors qu'il venait de se faire exploser la tête. J'imagine que je n'exploserais pas la tête de Denis pour le faire fuir, peut-être son cœur, j'ai toujours pensé que la mécanique de son cœur avait des côtés grippés que malheureusement ce n'était pas à moi de réparer. C'est certainement la première personne qui ne me prend pas pour s'autoréparer Denis, et que je n'ai pas acceptée dans ma vie pour être à côté d'une image d'homme mûr me ramenant à mon oncle. Je n'ai pas tué par sadisme. Il faisait des rêves mon oncle lorsqu'il était en vie, c'est impressionnant toutes les choses que la mort empêche de faire. C'est impressionnant surtout lorsqu'on les énumère, ou qu'on s'est mis en tête de les énumérer une par une. Mon père avait dit à table : tu te prends dans les dents les années que tu n'as pas senti venir ni passer. Il paraît qu'on doit tous faire son retour d'âge à un moment ou à un autre, il paraît même que ce n'est que ça vivre, faire son retour d'âge, de ce geste de la main qui prie, rallier la main gauche (le passé) à la main droite (le futur). Retour d'âge. L'âge te rattrape, à moins que tu ne l'aies déjà rattrapé. Son amie découpait le poulet comme une barbare. Cela me fendait le cœur de voir le cadavre de la volaille fermière en plus, préparée par ses soins, se faire dépiauter de la sorte. J'avais couché avec un serveur un jour, un serveur dans les restaurants gastronomiques, d'ailleurs je crois qu'on utilise pas le terme de serveurs, c'est beaucoup trop commun et vulgaire, mais peu m'importe ces usages archaïques sur le point de s'éteindre. Il m'avait montré au restaurant comment couper la volaille correctement.  En plus, son amie  à mon père mangeait avec les doigts,  et déjà les frites moi je supporte que très peu. Toute ces graisses sur les doigts, j'ai horreur. Je crois que c'est à cause de mon oncle aussi (tout n'est pas sa faute non plus). En effet j'avais horreur d'avoir sa semence sur mes doigts. Avant qu'il ne l'expulse sur moi, j'en connaissais l'existence. Mais j'en avais jamais vue. Ni touchée. C'est différent de connaître l'existence de quelque chose et ensuite d'avoir affaire concrètement avec cette même chose. Par exemple, nous savons tous que Mars est rouge et qu'elle fait partie de notre système solaire. Nous le savons tous mais pourtant nous n'avons jamais vu Mars clairement, à une distance proche, comme un satellite pourrait le faire, ou une sonde. Si ça se trouve elle n'est rouge que dans les livres. Si ça se trouve. Peut-être bien. Les astronomes ont vu Mars, plus proche, plus proche encore que les non-astronomes, mais les sondes ont vu Mars encore mieux que les astronomes, même si les sondes ne voient rien et ne comprennent rien de ce qu'elles voient vraiment. C'était pareil pour la graisse. Elle suçait les os. Je n'aimais pas cette femme. Elle ne semblait pas pourtant être aussi dégoûtante en apparence. Je me disais : dans leur intimité, qu'est-ce que ça doit être. Ensuite j'ai compris toute la perversité de cette pensée, avoir une pensée sur la sexualité de mon père, veuf en plus, avec cette femme qui  ne serait jamais rien d'autre qu'un patch, qu'un pansement, qu'un tampon à la rigueur. Pour colmater le saignement. Le saignement du deuil. Les os sont partis à la poubelle, en fait je voulais les jeter mais elle les a gardé, pour les donner à ses chiens vous comprenez. Vous me comprenez. Je pense que vous me comprenez si vous avez des enfants. Pour les donner à ses chiens. Si vous avez des enfants, vous me comprenez. Ce jour-là, deux Témoins de Jéhovah ont sonné à la porte. Mon père était afféré à la cuisine avec Denis qui préparait un dessert, un délicieux roulé à la confiture de fraise, j'ai ouvert. Ils m'ont tendu leurs revues, dont l'une était un numéro spécial de "Réveillez-vous !" et qui posait cette question pertinente dans laquelle je sentais pourtant un aspect tendancieux : "Pouvez-vous avoir confiance en la Bible ?" A mon avis, avec l'illustration qui montrait un homme qui étudiait la Bible avec sérieux, j'ai pensé : "oui". Je me suis amusée pendant dix minutes à jouer les innocentes avec ces deux hommes. Pas mal en plus pour des Témoins de Jéhovah. L'un d'eux avait une splendide moustache. Cela pique pendant le cunnilingus, je lui dis à Denis, ta petite barbe de trois jours, le temps fout le camp entre mes dents, elle pique, c'est encore meilleur comme ça. Des milliers de petites aiguilles devraient percer ma chair à cet endroit, cet endroit que je ne veux pas nommer comme les grandes filles qui régressent. J'ai donc fait mon innocente spirituelle, et je savais qu'ils se croyaient porteurs d'un message. D'un message qui sauve. La mort aussi nous sauve, il n'y a pas que la vie éternelle. Je pense savoir de quoi je parle. Ensuite je leur ai demandé pourquoi la Watchtower Bible and Tract Society s'était inscrite, en catimini en tant qu'O.N.G. à l'O.N.U. dans les années 90 alors qu'elle avait proclamé pendant des décennies entières que cette dernière organisation était la manifestation du Diable sur Terre. Ils sont devenus blancs comme des linges et leurs sourires sont devenus jaunes. Finalement j'ai écourté devant les quelques balbutiements qu'ils essayaient de prononcer comme explications, j'ai fermé la porte fière de moi. Je n'ai jamais aimé la manipulation. Jamais. Ou seulement celle de l'homme, et de ceux qui écrivent, car justement, il n'y a pas vraiment de manipulation. On ouvre un livre, on s'attend à tout sauf à... Cette phrase est à terminer selon les convenances de chacun. Ensuite j'ai pensé à ce rêve que je n'avais pas encore fait et que pourtant j'avais envie de faire, celui du bar. En fait, il y a plusieurs types de rêves, comme vous le savez si bien déjà. Voir Denis dans des odeurs de sucre et de confiture, c'était peut-être ça le meilleur de mes rêves, le meilleur rêve éveillé que je puisse faire. Son fils l'a appelé. L'amie de mon père me faisait des sourires qui voulaient dire : "ne me rejette pas, essaie de m'aimer un peu". Mais je lui faisais des sourires ma foi bien hypocrites, c'était malgré moi et ces sourires voulaient dire : "je trouve dommage que mon père soit tombé sur toi. Il mérite mieux, beaucoup mieux". Tous les pères méritent mieux. En fait j'exagère, non pas tous, certains ne méritent pas mieux. Au contraire, certains, ce sont leurs femmes qui méritent mieux. Posez-vous la question : votre conjoint mérite-t-il mieux que vous ? Les femmes ne se lovent pas contre le dos de leur mari par amour : un mauvais rêve suffit. Au creux du lit, dans les vagues des draps sur lesquelles je navigue endormie avec fureur, c'est là que la guerre commence, toujours et que tout prend fin, dans la tristesse souvent. Malheureusement. On avait rêvé, comme les mystiques, que c'était là que l'amour naissait toujours, mais les guerres pour l'amour, c'est comme les pompiers pyromanes, c'est amusant pendant cinq minutes, mais c'est tout. Après ça lasse et ça meurtri, c'est tout l'effet que ça fait, ça fait saigner en fait. Mais pas du thorax, du nez seulement. Mon corps me lasse. Ma tête. Mon corps est un poids que je voudrais mettre de côté, l'espace d'un instant, le temps d'un instant que je puisse m'élever un petit peu. Un petit peu plus haut que Paris. Paris, c'est grand. Mais tu vois Denis, j'ai des projets plus grands que Paris. Je t'assure. Je me mets en boule, je ne suis pas faite de neige, ni de gravillons, je ne peux pas être lancée contre un visage ou contre un dos. On ne peut pas me donner à manger à quelqu'un. Comme les truites, je glisse. C'est gluant. C'est comme ça. La graisse sur les frites c'est malheureux de connaître l'origine de cette aversion que j'ai pour la graisse animale, la graisse végétale. Toutes les formes de graisse. Mais moi je suis heureuse de m'en rendre compte, je suis heureuse de ne plus payer un homme pour lui dire ce que je sais déjà depuis longtemps, depuis tellement longtemps d'ailleurs. Je vivais encore en Auvergne et on m'avait parlé d'une histoire de Dame Blanche, j'étais surprise, je pensais que ça n'existait qu'en Lorraine. Denis m'a montré les devis pour l'appartement, dans le métro j'y pensais : les Dames Blanches qui attendent au bord des routes la nuit. Il ne faut pas les prendre dans sa voiture. Il ne faut pas les regarder. Nous  y sommes allés faire le minimum. Les anciens propriétaires avaient laissé beaucoup de choses. En jetant j'ai failli pleurer, parce qu'il était dans mon dos à nettoyer des trucs, Christophe son ami n'allait pas tarder, il allait l'aider à porter cette vieille gazinière en bas que les anciens propriétaires avaient laissé là pour une raison mystérieuse. Elle datait au moins des années 80, comment avait-elle atterri ici ? J'avais envie de pleurer mais je n'ai jamais demandé de spectateurs pour ça, au contraire, j'ai toujours cherché à m'enfermer quelque part pour le faire, comme les oiseaux se cachent pour mourir, l'Angeline se cache pour pleurer. Oui je sais, c'est pathétique. Cela m'importe peu, ce n'est pas de pleurs que je parle, si vous écoutiez un minimum vous auriez la délicatesse de reconnaître que votre attention est plus porté sur vos propres battements, votre poitrine vous fascine, dommage un jour vous n'aurez plus de poitrine, elle sera infestée de bactéries, de larves, dommage dommage, ça finira par arriver. Dommage dommage. Vous verriez alors que ce n'est pas de pleurs, le texte n'évoque pas les larmes, tombées de mes yeux en Bretagne, car il avait touché mes mains un peu trop vite, un peu trop brutalement. Ils sont brutaux les singes lorsqu'ils n'ont pas ce qu'ils veulent. Je ne sais pas si vous avez remarqué. Ce n'était pas écrit sur le front de cette Vierge au bord de la route que je ne voulais pas de spectateurs. C'était pénible de marcher sous ce soleil de plomb. On n'avait même pas besoin d'uriner tellement on suait par tous les pores de la peau. Ma mère me tendait des lingettes, les mères connaissent. Leurs enfants, leurs nourrissons rêvent lorsqu'ils dorment. Ils font des cauchemars, comme les grands. Ils ont besoin de beaucoup dormir les nourrissons, comme les dépressifs d'ailleurs, comme les morts d'ailleurs, comme moi d'ailleurs. Je fais de longues siestes, c'est bien la première fois que ça m'arrive. Cette année ça m'arrive. C'est peut-être l'heure de la retraite. Mon corps aux objets trouvés, je l'aurais fait exprès, je l'aurais perdu. Il ne faut pas souhaiter quitter son corps, qu'il soit dans un coin comme ça. On ne sait jamais qui pourrait écouter. Denis n'y pense pas, lui, c'est devis devis devis réalité devis travail réalité devis devis devis baise devis peinture travail baise devis banque argent concret monnaie amertume joie baise devis amertume concret paresse travail salades moi. L'écriture pour lui c'est les devis, et ses papiers et ses dossiers et ses coups de téléphone, il est obligé de gueuler comme un dératé des fois, j'entends à l'autre bout de l'appartement qui est grand pourtant, l'ancien appartement que nous habiterons encore pendant quelques temps, fort heureusement, je l'entends remettre à sa place une personne à l'autre bout de fil. Je n'aimerais pas être elle, je détesterais être cette personne et me faire engueuler par Denis. Il est si doux et si bon lorsque nous faisons l'amour. Il n'a jamais gueulé si fort après moi. Sauf une fois, lorsque je lui avais avoué que je l'avais trompé et qu'il avait dérapé en réponses pour me frapper. Plus jamais ça j'avais dit. J'ai eu de la chance qu'il ne me quitte pas, j'ai eu de la chance que cette phase-là, de manque de confiance, il puisse la surmonter, il aurait pu ne pas la surmonter, je me serais retrouvée quelque part, à faire la pute, comme ici, encore une fois. S'il était parti, je n'aurais peut-être pas eu envie de pleurer à Paris, dans ce nouvel appartement que je déteste avant même de le voir transformé, transformé par les peintures, et les nouveaux sols et les plafonds et tout ça, et tous les objets qu'on mettra dedans, dont on n'aura pas besoin. Les gens qui ont trop de choses je m'en méfie, les gens qui n'ont pas assez de choses aussi je m'en méfie. Christophe est finalement arrivé et j'ai retenu mon envie de pleurer car je sais très bien retenir le désespoir, car, pour être honnête, ce n'était pas un bête vague-à-l'âme mais bien un désespoir, un désespoir que je croyais éteint. Mais quelque chose en moi est éteint depuis des années, et le désespoir est bien allumé lui par contre, donc en même temps, je suis pas très bien placée, contrairement aux apparences, pour dire ce qui est vrai ou ce qui est faux autour de moi. Moi la première je suis éteinte, quelque chose en moi. Et devant lui, devant eux, je fais semblant, comme je le fais depuis longtemps. J'ai un si joli sourire dit Denis. Et des yeux noirs rieurs, deux petites billes de ténèbres chaleureuses. Je fais celle qui écoute et qui lui fait un grand sourire (si joli donc). Celle qui jouit même lorsque ça ne vient pas (et avec le désespoir ça vient de moins en moins). Naomi m'a dit qu'elle faisait parfois la même chose. Elle avait également des périodes où son frère revenait, comme mon oncle et ensuite ça s'évanouissait dans le temps, dans une saison, pour laisser place à la légèreté, au bonheur de la trotteuse, comme j'aime l'appeler. Les libellules connaissent. Et puis le cauchemar revenait, les souvenirs sans cesse. Il paraît que beaucoup de personnes arrivent à gérer cela. Il paraît que d'autres n'y parviennent jamais. J'aimerais n'être ni l'une ni l'autre. Si on me donnait le choix. Donne- moi le poumon. Donne-moi le choix ensuite de faire sortir ce qui est entré. Si Mars était rouge, et nous dans une navette en train de l'observer d'un hublot, prise dans son orbite, alors notre façon de la voir changerait fondamentalement de la façon dont nous la voyons aujourd'hui.  Des photographies, des lumières dans le ciel. Les astronomes voient plus encore, ils ont de la chance. Et s'il y avait des miroirs sur Mars ? Les cauchemars qui me réveillent et qui me font peur je les déteste. Plus encore aujourd'hui que dans mon enfance. L'appartement de Paris sera terminé début juin. Je ne me lève plus la nuit lorsqu'un cauchemar me réveille. Dans mon rêve je recevais des appels anonymes, j'étais angoissée. Denis me regardait avec fureur, il pensait qu'il s'agissait d'un de mes amants. Dans le rêve, il pensait que je le trompais encore, avec beaucoup d'hommes, beaucoup. En ouvrant les yeux, j'avais du mal à discerner la réalité de la rêverie, j'étais perdue dans un brouillard très blanc, et j'ai pensé que toutes ces choses qui étaient rêvées étaient vraies. D'une certaine manière, elles le sont, vraies. Tout ce qui est rêvé chaque nuit est réel et s'est produit. Quelle tristesse ces gens qui se réveillent et qui ne se souviennent jamais de leurs rêves. Cela me ferait mal. Je préfère m 'en souvenir finalement, même s'ils sont terribles. Au moins c'est de la matière, de la vraie. On ne peut pas vivre que des choses fausses continuellement, dormir c'est peut-être même une des choses les plus vraies que nous sommes capables de réaliser. C'est une chose que tout le monde partage. Aussi bien Ben Laden que Bush, que moi et la copine de mon père, que les enfants et les poulets encore vivants. Je ne devrais pas angoisser pour quelque chose d'aussi authentique, en fait. C'est tellement authentique que cela nous dépasse. Tellement c'est pragmatique dans le fond. Je vais continuer comme ça en espérant ne pas craquer. J'ai bien fait ça jusqu'à maintenant, pourquoi ça changerait ? Pourquoi je ne pourrais pas tenir ? Je vais continuer à faire comme si, oui, c'est une bonne idée je pense. A sourire et à faire semblant que la vie est une chose merveilleuse comme le prétendent les poètes qui écrivent tous pourtant pour mieux la quitter. S'en séparer. La plupart des médecins se battent pour la vie, eux. Certains écrivains célèbrent la mort. Bien malgré eux. On les prend pour des gamines qui couchent tendrement leurs états d'âmes, avant on les prenait de force par derrière dans le con. Qu'est-ce que tu veux faire, cher poumon, si ton paradis est inique ? Si tout le monde ne peut y entrer d'office. Si les efforts à faire ne remettent rien en cause. On se couche comme on fait son lit, disait l'ogre, Denis lui c'est devis devis travail baise, il regarde sa montre, il regarde son journal, son dernier roman entamé, du Dan Brown, du Patricia Cornwell, qu'est-ce que je peux y faire ? Rien donc je ne dis rien. C'est même moi qui lui ai acheté (à sa demande, j'achète jamais les livres au hasard pour quelqu'un, les livres ça se trouve ou ça arrive par accident mais c'est soi-même qui provoquons tout ça). Il y a quelques jours il faisait beau et pendant un court instant j'ai eu envie de vivre lorsque j'ai regardé des photos, c'était Naomi, qui, sur la table de ce café parisien duquel Denis me téléphonait souvent à l'époque lorsque je vivais encore dans l'Allier, m'a donc montré ces photos de l'endroit qui lui était cher, puisque c'était là-bas qu'elle était née et avait grandi : le Puy-de-Dôme. Et de toutes ces photos, l'une se détachait très clairement, car on la voyait souriante, à l'adolescence. Son sourire montrant toutes ses belles dents, le soleil la frappait de plein fouet, on pouvait le voir sur la photo, elle avait été prise en été. C'était un été passé au Puy-de-Dôme, parmi beaucoup d'autres. En voyant cette photo, j'ai éternué sur le côté. Ensuite j'ai sorti mon mouchoir en m'excusant. J'ai dit : c'est le pollen, je suis allergique. J'ai fait un grand sourire, les gens aiment les grands sourires, la plupart des êtres humains aiment ça oui. Ensuite je lui ai demandée : c'est comment le Puy-de-Dôme en hiver ?   



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Posté par Angeline à 10:02 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

des os, des enfants et des chiens

Je n'aime pas les chiens et les enfants, je ne leurs donne jamais d'os. Ils essayent bien d'attraper ma main et d'y inscrire leurs histoires, mais l'habitude de se replier sur soi m'a rendu méfiant avec les phrases trop longues. Elles n'ont pas de prises sur les grimaces griffonnées sur mes masques et mes identités.
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Je relis et lie vos mots dans le sens sans équivoque d'un texte ayant une longueur et une largeur. Peut-être me faudra t'il rassembler ces deux directions, ces deux voyages pour en garder un souvenir et revenir sans cesse vous découvrir.
Ne prenez pas froid

Posté par jac-zap, mardi 29 avril 2008 à 19:57

info

J'ai déménagé,je suis à:www.ourselves.canalblog.com
bise

Posté par farid, dimanche 4 mai 2008 à 17:17

INFO

Je prends tjrs plaisir à te lire et a regarder tes images.Si l'envie te vient de me lire je suis à present sur:http://confidencielle.canalblog.com

Posté par farid, dimanche 11 mai 2008 à 17:18

Tu postes peu, de moins en moins. Je m'inquiète. Peut-être travailles-tu sur un second roman, je l'espère. Et j'espère plus de toi aussi. A bientôt peut-être.

Posté par Q de Brest, lundi 12 mai 2008 à 19:24

De là d'où ils viennent, ces récits ne peuvent s'arrêter

Posté par Luis K Khadjba, samedi 7 juin 2008 à 09:26

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