ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

dimanche 20 avril 2008

Des travaux et des hommes

Streetwall2

I Always be by your side


-Ce texte n'a pas été relu ni corrigé-

Parfois, toi et moi, nous nous retrouvons dans un appartement dont les rénovations sont à faire. Dans les ténèbres nous nous embrassons, pas seulement parce que la lumière nous fait défaut. Nous nous aimons parce que nous savons mettre en commun nos deux cœurs, comme deux amoureux qui se caresseraient de concert, loin du pétrole du monde, loin de tout l'or du monde. Nous nous retrouvons comme des voleurs dans cet appartement vide. Nous avons montré l'état de l'endroit à ces hommes, d'allure forte mais à l'air retardé. Mentalement, Lévi n'avait pas les aptitudes pour réussir là où la plupart des Juifs réussissaient. Comme des voleurs, nous nous sommes aimés dans ce vide, sur une couverture. Un peu de semence a coulé sur le sol de l'appartement, une goutte par terre comme de l'eau bénite sur le front des enfants qui une fois passés de vie à trépas, iront au ciel, au paradis, à côté de Jésus Christ et de ses deux autres visages. Une goutte de sperme, pour baptiser avant la vie quotidienne, qu'on aura, que nous aurons, qu'on va avoir, peut-être. Peut-être. Un accident peut arriver bien avant, j'ai envie de mourir tous les matins quand je me lève désormais, depuis trois mois. Non, nous embrasser dans les ténèbres ne faisait pas de nous des êtres démoniaques. La délicatesse ne se lit pas sur le visage de tous les hommes, mais il ne faut jamais juger un livre sur sa couverture. Nous avons vu de vieilles tantes ensemble, elles se tenaient par le bras, elles étaient juste ce qu'il fallait d'efféminé pour ne pas passer inaperçues. Le type de pensée qui me traversait l'esprit à l'époque où je mettais mon cul à contribution, c'était : "vous pensez que vous êtes les seuls à vous enfiler par derrière". Les vagues s'écrasaient avec rage sur les rochers, le sable n'était pas agréable à toucher et il était froid. L'appartement n'avait pas de sable lorsque nous y sommes entrés la première fois. Les travaux à faire, l'électricité, la tuyauterie, la mienne il s'en charge, sur une couverture. Une couverture, comme avec des amis, de bons amis, une belle journée, un pique-nique, un roman de gare, oui c'est ça, un roman de gare qu'on lirait tous ensemble. Il y a des romans de gare qui ne sont fait que pour s'envoler dans le firmament, tu les entends mais tu ne les toucheras jamais, mon oncle m'entendait mais ne me touchait jamais, n'y arrivait jamais, je me suis tuée toute seule. C'est ce que j'ai compris cette année, là, maintenant, tout de suite, aujourd'hui. Aujourd'hui qu'on a les yeux pleins d'étoiles et de ténèbres et que Paris impose son rythme à celle qui jadis croyait pouvoir lui résister. Depuis tant d'années que les pensées s'entrechoquent, avec plus ou moins d'éloquence, depuis tant d'années qu'on regarde à l'horizon en se disant qu'après il y a la vie éternelle, qu'elle soit froide comme le sable de la plage, ce jour-là, passé, n'est pas très important. On continue de regarder, la vie éternelle est froide mais la vie mortelle l'est d'autant plus. C'est son corps chaud d'homme que je tiens contre moi, que je sois une femme contre lui n'importe plus : l'important c'est le feu qui embrase toutes les choses invisibles autour de nous. C'est volatile et c'est dans l'air, et c'est partout lorsqu'on se donne les moyens d'écouter et d'entendre, heureusement les arabes ne peuvent pas comprendre cela. Comme les juifs d'ailleurs, ou les tantes. Des hommes sont entrés dans l'appartement, l'un d'eux, d'origine arabe, se tenait là où j'avais fait l'amour avec le corps de l'homme qui lui expliquait que : il fallait refaire ça et ça, et la peinture et ça, et ça et ça et ça et encore ça, et puis ça, et on veut ça, et la cheminée ça, et et ça, et encore ça, pourquoi pas comme ça, non chérie qu'est-ce que tu en penses ? Qu'est-ce que tu imagines ? Moi j'imagine rien. Les gens qui me lisent sur le blog pourraient venir te le dire. Moi j'en pense rien du tout, je n'ai pas de pensée précise à ce sujet, tu fais ce que tu veux, ça sera chez toi, non euh, chez nous, mais de chez moi je n'en ai jamais réellement eu, je ne me suis jamais sentie chez moi nulle part, je ne vois pas pourquoi ça changerait à présent, je ne vois pas quelle étincelle pourrait faire changer cette tendance, à de ne pas être d'ici. J'ai lutté contre des chimères. Jusqu'à présent. Je suis forcée de me rendre compte. L'amour ne suffit pas à vous faire sourire par temps de pluie. L'amour encombre plus qu'autre chose, la toxicité de l'amour devrait être établie scientifiquement. Je ne plaisante pas. Tous les amours du monde ne sont pas branques, tous les amours de petites filles du monde, tous les Juifs, tous les Arabes, tous les hommes qui s'attachent à d'autres hommes, toutes les femmes qui tombent amoureuses d'autres femmes, tous les enjeux de pouvoir, l'horizon était devant toi, pas à côté de toi, pas derrière toi. L'horizon se trouve toujours devant toi, comme une folle j'ai cherché mon futur en remontant le passé, ce n'est pas comme ça que le temps marche, ce n'est pas à l'envers que la Terre tourne. Cet Arabe se tenait là, là où j'avais eu du plaisir (un peu) et j'ai compris plus tard qu'il n'était pas arabe malgré son air, son allure, mais Indien d'origine et avec des origines anglaises. Nous nous sommes aimés, oui, mon amour à cet endroit précis où l'indien des Indes s'est tenu juste après, quelques heures après, le sperme a coulé, comme parfois la salive lorsqu'on dort trop lourdement, cela m'est arrivé la nuit dernière, toi tu ronflais à peine, ce médicament il marche, il fonctionne, à l'endroit cette fois. L'Indien des Indes avait une chemise Lacoste, mais une vieille, un peu délavée, c'était moche et il me regardait à peine, j'aurais peut-être dû mettre un voile sur la tête, pour pas l'embêter, peut-être qu'il était l'un de ces musulmans qui se prennent pour des aryens et qui ont des règles bien précises, peut-être que j'aurais dû porter une perruque, peut-être que cacher ses cheveux pour une femme c'est comme lui raser le minou : c'est moche. L'angoisse était là, face à eux tous dans l'appartement, j'étais la seule femme je me sentais en position de faiblesse. Mais ce n'était pas la question. La question c'était : ça et ça et puis ça et encore ça. Parfois, nous sommes ensemble, mon amour et je te regarde comme je regarde derrière moi. Ce n'est pas du sel qui apparaît dans mes mains, je ne me transforme ni en sel ni en sucre, je ne suis pas faite de chair, j'ai l'impression, car toute la question est dans le sang, dans la chair, je n'ai de cesse de le dire, on a beau s'enfuir, des mains un peu trop invisibles, un peu trop malintentionnées, vous rattrapent et vous remettent là où elles veulent que vous soyez, bien sûr vous y consentez, à force, à force de lutter, à force bien sûr, on se fatigue, un peu de fatigue s'ajoute à un peu de fatigue et ça ne s'arrête pas et le cycle est en place, et comme la lune avec les marées, il paraît, comme Vénus et la Femme...Tu étais beau, expliquant tes diktats, peinture, électricité, prises, devis, derviches.  Tous les sentiments du monde, toutes les sensations, être objectif, ce n'est pas souffrir, être objectif c'est se tuer tout de suite, je ne suis donc pas objective, je ne peux pas, je ne peux pas me tuer tout de suite. Je ne veux pas aller de l'autre côté tout de suite, j'ai trop peur que l'enfer ne se poursuive, dans l'appartement lorsque la goutte de ta semence a touché le sol, il y a eu comme une folie dans l'air, quelque chose avait changé, les appartements se rhabillent plus selon par qui les habitent que par la couleur des peintures ou la disposition des meubles. Choses animées, avez-vous donc une âme, tu parles... Animées, oui, choses animées, les choses inanimées, nous savons tous ce qu'elles nous font, ce qu'elles nous ont fait, ce qu'elles nous feront, mais les choses animées, là, on possède un bagage qui ne permet pas autant que ça qu'on puisse la ramener à la moindre occasion. Oui, bien sûr, il y a de la vie ailleurs dans l'univers, mais en existe-t-il ici, dans votre cuisine lorsque vous pleurez devant l'évier juste après la vaisselle, existe-t-il un soupçon de vie chez votre voisin qui vous permet de focaliser sur ce que pourrait être sa vie, pour fuir vos propres turpitudes insolubles ? Existe-t-il de la vie dans ses yeux lorsqu'il décharge dans votre con ? Certains hommes ont la vie qui s'efface lorsqu'ils déchargent. Ce qu'ils peuvent. Tous les bagages, dans les ténèbres. C'est inestimable, parfois, toi et moi dans l'appartement vide de notre vie quotidienne à construire, les hommes ça construit parce qu'ils veulent se construire eux-mêmes et qu'ils ne savent pas trop comment faire. Ils ne croient pas en l'éducation, ils ne croient pas en l'argent, ils ne croient pas en l'égalité des plantes vertes et des tomates rouges et lorsqu'ils jouissent, ils ont parfois ce regard bizarre, qui se vide de sa lumière. Un visage écrasé dans un accident ferait le même effet. L'impression que ce qui arrive ne devait pas arriver. Ensuite ils dorment, ils rêvent. Les organismes à l'aube de la vie n'étaient pas si barbares. Peut-être bien qu'ils ne rénovaient pas les vieux appartements parisiens, et qu'ils n'envoyaient pas Papa péter dans la Lune et Mars, mais leur simplicité évidente au moins ne faisait souffrir personne. Je sais ce que tu vas me dire maintenant, que ça ne tient pas. Qu'il faut se battre contre ces vents contraires qui font de la vie un enfer merveilleux. Je sais qu'il faut avoir de la force. Je sais que j'ai de la force. Je nous regarde, je te regarde, et je gagne encore plus de force, encore plus d'amour, même si je ne sais pas où je dois le mettre, dans mon potage en guise de croûtons de pain, ou dans mon sac à mains, au cas où j'aurais envie de vomir dans les cocktails où tu m'emmènes, où je vois des êtres humains vivants encore plus chiants que les gens de ma race, les Morts. Nous n'aurions peut-être pas dû nous retrouver. Au Diable le net. Nous n'aurions peut-être pas dû nous revoir, nous revoir et nous aimer, à nouveau. Différemment. Autrement. Nous n'aurions pas dû vivre cet amour, et y croire. Il y a tellement de choses que nous n'aurions pas dû faire ensemble. Nous n'aurions pas dû aller voir les perroquets et les crocodiles au zoo, ils étaient bien mortels aussi les crocodiles, ils ne bougeaient qu'un œil de temps en temps, ils attendaient les rénovations de leur enclos, l'eau ne venait plus. Quelques hommes qui les connaissaient bien les approchaient sans crainte. Des hommes forts, avec des visages aux traits forts (eux aussi), marqués par la vie, par l'alcool, ou par la solitude ou quelques chagrins d'amour qui font chavirer tout un monde en moins d'une seconde. Les crocodiles se poussaient, je pense qu'il s'agissait de crocodiles et non pas d'alligators comme on le dit abusivement, à moins qu'il ne s'agisse du contraire. Les Morts ne sont pas Juifs, ni Arabes, ni Machistes, ni hommes ni femmes, ils sont justes morts et ils n'ont aucune revendication qui ne soit délirante, impossible ou violente : un peu de paix. Un peu de paix, de paix véritable pas la petite paix qu'on te donne pour te faire sentir bien, pas celle qui consiste à dire : vous êtes tous libres et égaux en droits et à appliquer l'exact opposé, tu vois, pas les miroirs aux alouettes, pas les petits appartements parisiens sans baptême, pour fêter la vie qui s'installe, pour fêter le vide qui disparaît le temps d'un instant. Une goutte de ton sperme, et je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen. Notre appartement ira au paradis lorsqu'il sera détruit par des bulldozers un jour. Un jour, oui, des machines de destruction viendront tout détruire, et notre appartement comme votre maison chaude et rassurante sera détruit, et son esprit et toutes les choses qui ont marqué ses murs iront au ciel, avec nous, nous allons tous au ciel, j'ai un ange dans le prénom parce qu'on m'a destiné bien avant ma naissance le ciel comme première demeure une fois morte. Mais au-delà de la plaisanterie amère, il y a toi, et ça, et ça et encore ça à faire. Il y a toi qui te relève, nu, encore bandant, dans le noir. Les ténèbres révèlent notre instant de lumière, nous ne sommes pas les seuls à rechercher quelque chose en baisant, mais nous sommes les seuls, si, à l'intérieur de nos têtes, je veux le croire, nous le sommes à l'intérieur de nos têtes. J'ai besoin de le croire, tu vas chercher un morceau d'ananas que tu te carres entre les dents, dans le noir, l'appartement est vide, ça résonne lorsqu'on appuie sur un interrupteur. On entend Paris souffler son air nauséabond dehors, son poumon est collapsé je pense, j'ai envie de te le dire mais ensuite je me retiens. Je me retiens. Comme beaucoup de personnes au même moment un peu partout sur terre, je ressens une envie de mourir terrible le matin lorsque je me réveille et que je m'aperçois que je fais encore partie de cette planète minable, et qu'il faut encore affronter la douche qui me parait trop loin et trop impossible, sans parler de ta bonne humeur absolument non communicative, qui se trouve elle carrément à l'autre bout de notre galaxie, c'est dire si elle se trouve encore plus loin que la douche.  Elle me donne envie de prendre la voiture et de foncer sur le premier arbre que je croise. C'est normal ton bonheur, tu es d'ici toi, ce n'est pas pareil, c'est ton monde, tu t'y sens bien, c'est le plus dur à faire, s'y sentir bien. C'est dur avec les gargouilles et les Princes des Ténèbres comme Rois, ces sales grenouilles vicieuses. Mais tu vois, même dans les ténèbres, je suis debout. Encore. Je me lève, même si c'est trop difficile, voire impossible, je le fais. A reculons mais je le fais. Je me douche. Et j'essaie d'y prendre du plaisir, j'essaie de me dire que j'ai un corps en bonne santé, et franchement esthétique en plus, je ne devrais pas me plaindre. Mais je crois pas que ça soit à moi de toute façon. Tu vois, pour toi, par amour pour toi, je passe sur mes émotions, sur ces émotions qui agressent, au matin, au petit réveil. Je comprends les lève-tards, ils ne sont pas tous fainéants, c'est juste que l'extérieur est impossible à avaler tous les jours, sauf si on est un Duc, ou un Prince des Ténèbres qui fait sa petite popote politique. Non, tu n'es pas nu dans les ténèbres pour rien, crois-moi. Je n'ai pas envie de vivre le matin, mais je te rassure mon amour, j'ai envie de mourir dans mon sommeil en me couchant le soir, je me le souhaite. C'est étrange, la mort, ce n'est pas une chose je souhaite à mes pires ennemis, mais à moi-même, si. Les hommes construisent, les souris détruisent, les sales vermines, et les hommes forts et costauds on attend d'eux qu'ils s'engagent pour faire la guerre ou pour travailler dans le bâtiment bien sûr. Bien sûr, toi, tu es musclé mais c'est juste de la frime personnelle de bobo de droite parisien. Comme on dit. Tout ça, c'est loin de moi. Toi, le zoo, les ténèbres, l'indien qui ressemblait à un arabe, je déteste toutes les races du monde, vraiment, seuls les morts arrivent à me toucher, à m'émouvoir, ce n'est pas sensuel pourtant, la mort. J'ai pris un morceau de papier cuisine et je l'ai posé sur la tache de sperme. Le papier absorbait et j'ai regardé ce que ça me faisait. Dans le noir tu mangeais des carrés d'ananas que j'avais au préalable coupé. J'avais transpercé la chair de ces ananas avec des piques. Pour ton confort. 

Plus tard, nous nous sommes couchés et j'ai  regardé le plafond comme je le fais souvent, pendant de longues minutes. Je volais.  J'étais comme en suspension, en moi et en dehors de moi, mais là quand même. A côté, toi, je sentais ton coeur qui se reposait, tout ton organisme se reposait c'était une chose remarquable à regarder. Pas toi : ton organisme j'ai bien précisé. Ensuite, je me suis tourné sur la droite et je t'ai caressé le visage en te disant que je t'aimais. Je t'ai dit : je t'aime et je me suis retournée dans mon coin, en espérant que plus personne ne puisse me toucher. En espérant que je ne me réveillerais pas. En espérant que ce serait possible. En espérant que tu n'aies pas envie pendant la nuit de me faire l'amour, chose qui t'arrive relativement assez régulièrement. De me réveiller en pleine pénétration. Pendant que je m'endormais, quelque part sur Terre un crocodile disparaissait dans des eaux noires et boueuses. Pendant quelques instants, seuls ses yeux vides et froids de reptile sont restés visibles, en surface. Ensuite, il a plongé et a complètement disparu. Comme moi, sous mes couvertures.

   



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Posté par Angeline à 14:23 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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