ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

vendredi 4 avril 2008

La Tragique Histoire des Livres abandonnés sur des bancs

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Envolé le pollen auquel elle est allergique. Il se trouve qu'elle le regarde dormir et que parfois, elle lui mettrait bien un coup dans les côtes, pour voir ce que ça donnerait. S'il se réveillerait en sursaut. S'il aurait l'air hébété, choqué. S'il se rendrait compte que le coup venait d'elle et pas du maître des rêves. Elle voudrait une réponse : est-ce que, entre gens équilibrés, on se déteste sans raison aussi ? Le pollen auquel elle est allergique la fait tousser, ses yeux piquent et sa langue fourche, elle a la bouche pâteuse, et pas à cause d'un cauchemar, au petit matin. Quelque chose empêche le coeur de penser librement, le sang de passer correctement dans les artères. Le problème des artères bouchées ne touchent pas essentiellement que les pères, il touche également les mères et les enfants obèses, souffrant de problèmes cardiaques, hérédités depuis des générations. Si nous savions la couleur de peau de nos ancêtres, on serait pas là, à pleurer Paris, sur tout ce que ça représente en violence et en mauvais souvenir. D'autres endroits font penser à un cauchemar, d'autres endroits européens. Ce n'est pas important tout ça. Tous les enfants obèses mourront un jour. Et s'envolera toujours le pollen, auquel elle sera toujours allergique, jusqu'à sa mort et même bien au-delà. Alors elle a essayé, pour voir, sa réaction. Elle lui a donné un coup dans les côtes et elle a fait semblant de s'endormir tout de suite. Il s'est réveillé en regardant tout autour de lui, il a fait un geste d'affection à son attention, il lui a touché la cuisse, et l'a caressée avant de retomber comme une masse, comme une masse d'homme qu'il est, il est reparti dans ses rêves, où ça caresse la carrosserie des mustangs, où les chevaux sauvages finissent par centaines dans des marécages, où d'autres bâtiments s'écroulent dans un futur proche et où le sexe est l'objet du missionnaire en Afrique. Oui, envolé le triste pollen auquel elle était très allergique. Les spores ne sont pas pour ses sensibilités, la nature mère ne saurait lui donner autre chose, elle se méprend complètement sur le sort de l'humanité. On ne passe pas de la vie au trépas comme ça sans cesse, on ne passe pas sa figure à la passoire aussi facilement. Purée de visage, mauvais cauchemar et sombre présage, elle voudrait lui mettre un coup où je pense. Un coup qui pourrait le réveiller dans son corps d'homme. Réveille-toi, je t'en prie, remets-toi de ton corps d'homme, console-moi, consolation, réveillez-vous disent les aveugles et les borgnes. Endormez-vous disent les gardiens du cimetière. Je n'ai pas besoin de tout ça, elle n'a pas besoin de mouchoirs à la chlorophylle, ni même du fantôme de son ex-mari pédophile, ni même du cadavre de sa mère baignant dans son jus de graisse et de pluie, ni même de son père qui a quitté l'hôpital, elle sait qu'il va bientôt mourir. Elle le sent. Dans un futur proche. Et tant pis pour les boules de pollen qui s'envolent vers le soleil. Elle sera toute seule sur Terre, lorsqu'il sera mort. Elle sera toute seule avec son frère sur Terre et son frère ce n'est pas une partie de paradis, que de parler avec lui, que de l'aimer comme un membre de sa famille. Missionnaire en A, missionnaire du début de l'alphabet. En Afrique. L'Afrique. Là où l'humanité à commencer à décliner, là où nous sommes nés, là où nous étions tous basanés, noirs, là où tout s'est joué, là où j'ai appris à vivre à parler, à respirer. A enfanter debout, comme à jouer du tam-tam, nous étions noirs et j'étais danseuse, avec des yeux blancs et nous avions le rythme dans la peau, nous avions le cœur de danser sur nos pieds nus dans la poussière de Dieu et nous n'imaginions pas l'atome, le quanta et la fission possible. Non Pascal, on ne s'en fout pas. Non Pascal, moi je ne m'en fous pas. On ne s'en fout pas, lorsque le bien fonctionne, même en tout petit, même un petit peu. Tu lis un truc et tu penses que c'est juste, tu penses que c'est bien. Du coup, tout ce que tu touches dans les sillages de la maison des morts, ça ne peut qu'être bien. Ce n'est pas prétentieux : c'est juste bien. Même un peu, alors. Tout petit peu. Non. Pascal. Envolé les litières pour chat, les odes à Marie et mon quatrième Chakra, non, on ne peut pas. On reste avec un homme parce qu'on l'aime, ça déchire les muscles, les tendons, ça craque les os. Fondamentalement. Posons-nous des questions prises de têtes, qui fatiguent les têtes, habituellement, des gens simples, des gens qui aiment les choses simples, les ordres simples, et qui comprennent la vie uniquement en vérifiant les lettres (simples) de l'Insécure Sociale. Déceptions, la question, ce n'est pas la meilleure partie de la fille qui dort. Elle ne prend plus de champignon, elle attend Paris, une ville, elle attend cette ville comme d'autres le messie comme d'autres la fin. L'Insécure Sociale envoie de ces lettres parfois. Elle regarde son homme. Lorsqu'il dort il se retourne dans son corps sans même s'en rendre compte. Ils font l'amour quatre fois par semaines, c'est beaucoup trop, elle aime ça, elle élimine, c'est mieux que de boire Contrex, elle se sent femme en plus, c'est d'un chic publicitaire. Mais quelque chose de sombre attend son heure malheureusement. Pas la peine de courir, tu seras engloutit dans la fumée grise. Mais le pollen continue de s'envoler, elle est allergique à la nature des spores. Elle attend sur une planète trop petite pour elle, que Paris s'ouvre enfin à la lumière, cette lumière tant convoitée qui dérive les cerveaux de meurtriers en puissance (en puissance ou pas). C'est là-bas que tout se joue au milieu de la nuit, avec en prime un horizon où le soleil donne au ciel une teinte rouge, une teinte de sang, une teinte d'espoir. Il est retourné à ses rêves. L'autre soir, elle est allée avec lui dans un dîner avec des patrons, des gens que ce n'étaient pas n'importe quoi ni n'importe qui, et elle le voyait s'habiller de l'insécurité sociale, il riait différemment, il se comportait différemment, ce n'était plus lui mais une parodie de lui-même, elle avait envie de lui mettre son poing dans la figure ou de lui fabriquer une bosse sur la tête à coups d'assiettes. Il pouffait de rire comme un dégénéré bourgeois et elle, elle se disait : qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que je perds mon temps, là, avec ces cons, ces triples buses qui se gargarisent d'être ce qu'ils ne sont en aucun cas, et qui se camouflent sous leurs conventions, afin de cacher ce qui déborde de l'intérieur et qui n'est vraiment pas joli à regarder... Non je ne suis pas objective, Pascal, tu as tort de me dire ça, je suis juste Angeline. Sébire, elle, dans sa difformité, appliquée à sa parole, elle, elle était sublime à regarder. Vraiment. Mais eux, ils n'avaient pas de tumeur et pourtant c'était bien l'odeur d'une tumeur qui faisait écho dans leur voix, c'était laid, c'était moche. J'aurais été en tort de partir, et de faire honte à cet homme-là, qui n'était plus le mien, dès que nous avions posé le pied dans ce restaurant, qui brillait de mille feux. Elle a pleuré plus tard, en pensant à son père et à son frère, là-bas en Afrique. En Afrique. Nous étions donc tous basanés. La nuit nous dansions sous la voie lactée et la lune était une alliée, et le poulet éventré servait à écrire l'avenir, dans les entrailles d'un homme on voit moins les choses à venir que les choses à expulser, c'est un fait. Nous n'avions pas l'intelligence confuse. Mais le pollen ne manque de piquant. Le pollen n'est pas mon ennemi, ni même mon amant, il vole vers le soleil, en attendant que ça s'arrête, dans la tête, le fil qui casse, les artères qui se bouchent, l'accident coronaire grave. Il embrasse pour se faire pardonner, on embrasse pour aimer, et peut-être aussi pour ne faire qu'un, oui c'est bien, ou alors pour se faire pardonner de ne faire qu'un, ça devient vite lourd, ne faire qu'un. Faites attention à ce que vous voulez, dans les tripes d'un homme c'est rarement du courage qu'on doit lire, c'est rarement de l'espoir, comme à Paris, peut-être qu'il s'y trouve là-bas, peut-être qu'on le trouve dans l'arrondissement de l'attentat. Et quand la nuit étouffe le pollen, dans le noir on voit des bouts de chair qui arrivent à passer à travers la lumière, c'est spécial. L'amour ça rend ses cuisses spéciales, douces, hypersensible lorsqu'il jouit en moi, toujours étonné lorsque je lui demande de se déverser sur mon ventre, pour changer, ça lui fait comme un éclair dans le regard, c'est impressionnant. Ensuite on écoute son coeur qui dort, pour voir si un barrage est en construction.

L'appartement parisien sera à nous le 11 avril. J'ai trouvé un livre sur un banc un jour, là-bas à Paris, je ne sais plus très bien quand, je pense que c'est à l'époque où on m'avait proposé de vendre mes faveurs, ce livre était là, abandonné, à l'intérieur il y avait une note, je ne me souviens plus de ce qu'elle disait exactement parce que je ne l'ai pas gardée, mais je me souviens que ça m'avait fait rire et que j'avais eu envie de pleurer, parce que je suis une candidate aux pleurs fréquents, même lorsque personne n'est là pour les apprécier en spectacle. Le livre est resté sur le banc après mon départ. Je suppose que quelqu'un l'a pris. Ou qu'un agent d'entretien de l'espace public l'a mis dans une poubelle, à moins qu'il ne l'ait gardé pour lui.

Flow

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Posté par Angeline à 12:17 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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