ANGELINE et les Récits de la Maison des Morts

littérature blues

vendredi 28 mars 2008

La Corne d'Abondance

shortbus

La plupart des hommes font du bonheur une condition. Mais le bonheur ne se rencontre que lorsqu'on ne pose pas de condition.

Arthur Rubinstein

Si tu ne renonces jamais à rien, tu ne vieilliras pas, c'est certain.

Mort Shuman

Sister Sébire, Chantal Gospel

Ce soir j'ai du mal à dormir, le marchand de sable ne passe plus depuis longtemps, il me manque. Pourquoi ne passe-t-il plus ? Je ne sais pas ou plutôt ne préfère pas le savoir. Alors j'erre de blog en blog, accumule une bonne couche de conneries, me rabat sur mes vices, j'essaie de jouir, jouir pour me sentir mieux, pour sentir un plaisir, du plaisir, du plaisir quand dans ma bouche je n'ai qu'un goût de vide. Dans mon estomac, des aigreurs abyssales, je me sens vide alors j'essaie de me remplir la chair de plaisir et je culpabilise. Jalousie de l'esprit ? S'ouvrir aux autres, oui ça je sais faire, jouer dans le théâtre de la vie, j'y arrive, magicien voire prestidigitateur, je suis une illusion, l'illusion qui se reflète dans le regard de l'autre, des autres mais pas du mien. J'aime te lire, j'aime gémir, j'aime tes mots, j'aime les maux. Les mots, les maux, on peut leur faire dire ce que l'on souhaite. On peut les laisser être interprétés et se jouer de la compréhension de l'autre car elle n'importe que peu. Ce qui compte, c'est l'auteur, son plaisir à lui. Ce n'est pas à l'auteur de trouver son public mais à chacun de trouver son auteur. Mes amis m'ont trouvé, je suis content de les avoir, même si je sais que chacun est ami d'une illusion. Peut-être suis-je juste la somme des illusions que les gens qui me connaissent perçoivent ? Ecrire, c'est aussi une forme de plaisir. Un plaisir qui ne se partage pas. J'écris pour moi, je vis pour moi, pour mon plaisir, enfin pour ne plus culpabiliser, pour arriver enfin à exprimer le vide qui m'emplit, me remplit puis le laisser enfin suppurer en gouttes épaisses du bout de mes doigts. Alors, je me sens l'espace d'un murmure léger, plus léger, léger car je me sens moins vide, enfin. Enfin, c'est comme si j'avais lavé un peu de vide, comme s'il était moins sale, moins lourd à porter ce vide. Putain de vide, merde, merde à la vie. Je doute, je souffre, j'ai mal donc je suis ? Et bien merde à la vie. J'aime les contes et les histoires. On peut toujours les interpréter, y repenser, modifier les rôles, les clés qui y  sont déposées et créer un autre conte dans le conte, une autre histoire dans l'histoire, réinterpréter un bout de vie. Merde à la vie. J'aime vraiment ce que tu écris.

Lorsqu'elles montrent leurs gros seins, ça lui provoque comme une explosion dans la tête. Une sorte de défaite, il se dit : waouh, je ne pourrai jamais avoir une fille comme ça. Il s'imagine : la fille qui se déshabille la première fois devant lui. Elle lui montre ses gros seins, il y goûte. Rien que ça il se demande comment on peut faire l'impasse sur les nibards. Toutes les photos d'enfants à poils, toutes bien classées dans un classeur noir prévu à cet effet. Extérieurement, le classeur ressemblait à du cuir. Du cuir de vache. Noir. Il aime le toucher, et même parfois, pas besoin de l'ouvrir pour fantasmer, pour voir il avait l'imagination et le degré pour dans sa tête. Dans sa tête c'était une sorte de défaite, il s'est dit : mon Dieu (ou putain, je ne sais pas ce qui se passait dans sa tête exactement) je suis un monstre. Mais c'était trop bon, et les yeux qui riboulent à droite et à gauche, à mater le cul des petites filles et des petits garçons. L'autre jour un voisin lui en parlait : les pédophiles, moi, je dis qu'il faut les pendre net ! Il a dit : moi je dis qu'il faut qu'on le fasse nous-même. Cette bonne odeur. Elle embaume toute la pièce et toute la personne. Ces molécules envahissent l'espace et s'accrochent à tout, aux autres, aux murs. Aux autres qui passent après vous. Il adore ça lui, surtout son propre rejet. Cela le fait bander, on dirait que ça fait deux queues l'une dans l'autre il ne sait pas vraiment pourquoi c'est joli mais il trouve ça joli. C'est excitant aussi, ça aussi il ne sait pas pourquoi. Sa petite amie ne sait rien de tout ça. Il se dit des fois : elle ne me connaît pas, elle ne connaît pas la personne que je suis au fond de moi. Peut-être que c'est la même chose pour les autres aussi. Pour tous les gens qui existent. L'amour rendrait vaniteux, pour rien. Dans ses yeux, c'est une sorte de défaite, sa petite amie lui dit : pourquoi tu es si triste des fois ? Tenez, un jour, pendant un pique-nique, ils étaient heureux, il y avait du soleil dans le parc, et de la lumière du jour et des amoureux qui s'embrassaient autour et des jeunes qui s'amusaient avec des ballons ovales et ronds, ou des raquettes de badminton : elle avait remarqué la tristesse dans les yeux de son petit ami, comme une sorte de défaite. Enfant, avec son grand frère, il s'amusait à faire exploser les crapauds, en mettant dans leur bouche des pétards. Toutes ces choses, ces molécules, ces souvenirs, tout cela le rendait de plus en plus triste, de plus en plus désespéré. Parfois, dans sa tête il avait l'impression de sombrer. Et pendant la douche, il disait à voix haute : je sombre. Son ex-femme a des regards autoritaires. Elle n'aime plus trop maintenant sa nouvelle petite amie, depuis un an, ils vivent ensemble, et son ex-femme elle n'aime pas voir des relations qui fonctionnent à peu près, surtout qu'elle ne misait pas un Euro sur cette relation, pas un centime d'Euro même. Elle n'aime plus trop sa nouvelle petite amie parce que cette dernière lui fait de terribles sourires ensoleillés. Parfois, sa petite amie, avec qui il est depuis plus d'un an, elle aimerait dire à son ex-femme : mais merde, c'est minuit moins cinq. Il existe une sorte de jubilation, malsaine, de penser qu'il est presque trop tard, ou au contraire qu'il est bientôt l'heure. Le classeur noir est rangé entre le classeur bancaire à couverture orange et celui des papiers administratifs à couverture grise. Le classeur noir a sa propre identité, sa propre âme. Il possède une âme. Les classeurs de ce style possède des âmes. Des pensées. Les photos sont ses pensées, elles sont jeunes et dénudées. Les sexes des gosses, c'est certain, c'est plus frais que les sexes des hommes et des femmes adultes. On s'y perd dans les âges, dans les conformités, jamais on ne devrait évoquer cela, il se l'interdit d'ailleurs, la plupart du temps. Les gens deviennent sauvages avec ce qui les menacent. Nous sommes la seule espèce sur cette terre à enfermer les autres dans des cages, et nos propres semblables, c'est normal qu'ils deviennent sauvages, ils ont peur de mourir, les fourmis sont beaucoup plus nombreuses. Il connait quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a fait plusieurs kilomètres pour jeter tout son matériel de pornographie infantile : ce quelqu'un avait décidé qu'assouvir ses pulsions était une sorte de défaite et avait tout jeté dans une benne d'un village perdu. Ensuite, il s'était converti à l'Islam et s'était senti mieux pendant les premiers mois, mais ça n'avait pas duré. Je suis tellement heureuse de pouvoir te dire tout ça à minuit moins cinq, ce qui est malsain c'est que je n'avais jamais su t'écrire toutes ces choses avec sérénité. La patience n'était pas sa qualité la plus facile à remarquer. Les nibards s'agitent sur l'écran et lui il peut pas. Souvent il regarde le cul et les seins des femmes. Des fois, il se dit en souriant qu'il faudrait en attraper une et les lui arracher à l'aide d'un couteau à viande. Dépiauter tout ça, la victime encore consciente. Il sait que c'est tordu comme pensée, mais ça le fait sourire. Là, à Paris, il pense à ça. Je pense devant lui, et il pense à ça. Il n'y accorde pas plus de temps que ça. Il reste assis, dans le métro, il mange son sandwich, il rêve pendant des heures, griffonne quelque chose. Des mots, des femmes nues, construit un ridicule petit poème, en disant que les mots lui font plus mal que les maux (un grand classique celui-là). Il regarde passer des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux : des anonymes qui réconfortent sa solitude. En fait il ne sait pas qui il est, et il ignore encore que ce n'est pas très important, qui nous sommes, car au fond, nous le savons bien : nous sommes ceux qui pensent à ça, en passant devant moi dans le métro. Nous mettons nos semblables dans des prisons pour soulager les mères qui ont le courage d'éduquer leurs enfants jusqu'au bout. Défaite cela veut dire défaire, dans sa tête, il a le sentiment de sombrer. Des tas de gens ont le sentiment de sombrer depuis toujours. Tandis que d'autres sont trop occupés à survivre pour penser à ça. Alors qu'eux, ils sombrent réellement. Elle caresse son ventre, elle l'aime déjà. Elle ne sait pas qui elle porte, ce qu'il deviendra, ce qu'il dira, ce qu'il fera. Il est probable que le mal rattrape son enfant avant elle. Tous, ils s'arrangent et font comme si. Elle n'a jamais fait comme si, d'ailleurs cela pose des problèmes. Des problèmes sociaux, de ne pas faire comme si, de temps en temps. Mon amour. Elle aime cet homme, elle l'aime tellement qu'elle a l'impression de mourir. Il efface tout d'elle et il ne s'en rend pas compte. Elle ne lui dit pas. C'est idiot, l'amour ça fait vivre au contraire d'habitude. Mais non. Pas elle. Ce n'est pas idiot d'ailleurs, contrairement à ce qui pourrait sortir de soi, brutalement, comme changement. Non ce n'est pas idiot, c'est commun, les amours tellement fortes qu'elles n'en servent à rien. Détruire, ça ne sert pas à rien, sinon on ne détruirait rien. Elle, elle caresse son ventre. Son homme, noir, il est allongé à côté d'elle, il se retourne, le soir. Dans leur lit. Elle écoute de la musique classique. Elle entend quelque chose, son ventre blanc et cette main noire... J'imagine que cette image c'est le bien absolu. La rencontre entre un homme et une femme qui tourne bien. J'imagine que parfois je touche ici ou ailleurs, le bien absolu du doigt. Le soleil n'a que faire des fourmis. J'imagine que mon cœur ne peut pas comprendre cette image. Dans sa tête c'est une sorte de défaite, encore une, une de plus, parce qu'elle cherche quelque chose qui n'existe pas, et elle croit que cette chose existe, mais elle serait vraiment incapable, elle-même, là, tout de suite, de la définir. Tous les rythmes de sa vie la rapproche assurément de sa mort, le compte à rebours sur le micro-ondes, les pendules dans la maison, sans parler de l'église qui résonne au loin. Au loin. Là-bas. Et les rideaux qui sont bousculés par le vent, si bien qu'ils donnent l'impression à ceux qui prennent le temps de les regarder qu'ils ont entrepris une sorte de danse. Une danse inutile qui ne sert à rien. Les classeurs sont noirs, j'imagine que toutes les rencontres ne débouchent pas sur une impossibilité. Je pense qu'elle a su toucher du doigt le bien absolu, notamment à travers ce couple. Précisément. Il y a pourtant eu d'autres couples qui enfantaient aussi, mais ceux-là. Lorsqu'ils se regardent ils donnent l'impression qu'il est huit heures du matin et qu'il fait grand soleil, que c'est l'été et que c'est agréable justement parce que c'est la saison des vacances, de la jouissance, de l'abondance. Et des fruits, qui ont besoin de garder leur fraîcheur, et qu'on dispose dans le couloir de la cuisine, parce qu'il est bien frais et protégé naturellement par son emplacement de la chaleur. Il s'est laissé aller à pleurer dans les bras de son meilleur ami aujourd'hui. Il avait le cœur en morceaux, elle avait osé le quitter. Lui, il a demandé si j'étais bien installée. Il est allé dans la cuisine, il a une folie de glaces en ce moment et il avait envie de m'en donner aussi. La nuit était tombée et quelque part dehors, un vent froid et glacé cherchait quelque chose comme un loup aveugle et apeuré.
Ils ont pris un pied d'enfer. Les hommes sont excités par la violence, et l'envie d'un peu d'amusement se fait entendre, souvent. Dans leur main leur défaite, mais on ne peut pas leur expliquer, leur expliquer pourquoi il ne faut pas sodomiser les enfants irakiens, pourquoi c'est mal de faire ça. C'est mal de faire ça. C'est mal de faire ça. Dans la tête de l'enfant, il pourra se dire qu'il est allé en Amérique je suppose, son homme à elle il peut se le dire. Je suis allé en Amérique, j'ai vu, j'ai vaincu. Cela n'empêche que l'Amérique sodomise le monde et la nature, et comme les clients sodomisent les traînées (qui par définition, traînent) à la fin tout le monde prend quelque chose, payé, donné, vendu, acheté. Je suis tellement humaine que je pourrais te vendre le bonheur parfait. Ces hommes ne sont pas des salauds, ces hommes ne sont même pas des hommes. C'est mal de dire ça. C'est mal d'écrire ça. C'est mal de jouir de ça. Dans la tête de la fille, elle est certaine de combattre pour des valeurs justes. On sait de quoi on parle n'est-ce pas, le cœur sait pourquoi il tressaute, comme le sexe de son marin d'homme. Pourquoi les fourmis ne sont pas nos semblables, pourquoi l'Amérique sodomise le monde. Au loin, là-bas. Là-bas. On entend quelqu'un qui crie.
Dans les mains, c'est la défaite qui est inscrite, c'est une histoire qui n'est pas racontée à l'envers, mais sa fin aurait pu être son début et son début aurait pu être sa fin. Je n'ai pas inventé le feu, ni même la première gazelle à mettre au monde son petit, se dit-elle dans sa case portugaise. Comment ça va aujourd'hui ? Pas un chat dehors, pas une ombre qui dort, tout est fermé, protégé du soleil qui chauffe en plus de ça, on parle souvent du réchauffement climatique, de la pollution et parfois du réchauffement de système planétaire, mais on évoque moins le réchauffement des esprits, les esprits s'échauffent. Surtout dans la zone de guerre, les hommes qui prennent des femmes, qui les aiment parfois, quand ils ne les envoient pas à l'hôpital. La plupart du temps, on aime plaquer nos désordres sur les autres, c'est plus simple on pense de cette façon. Elle, elle est morte, au fond elle s'en fiche. Elle dit ça mais au fond elle s'en fiche. Elle, elle est morte à l'intérieur, ils n'avaient jamais compris que les morts, elle ne les gardait pas ni ne les identifiait, elle était juste l'une d'entre eux. Il l'aime vraiment, c'est un amour sincère. Mais toutes ces idées bizarres lui donnent envie de déprimer. Lorsqu'il regarde dans un miroir, il ne sait plus voir le vrai du faux, le juste du tronqué, il ne sait plus rien voir en fait.  Ses yeux grands ouverts ne lui servent à rien, sauf à lui apprendre sa folie. Tout tourne dans sa tête, et souvent ça l'emporte. Il a vérifié sur internet, les symptômes d'une dépression. On ne sait jamais sur quoi on peut tomber. Il sait qu'elle est inquiète pour lui, il sait qu'elle l'aime, il ne sait plus si lui il l'aime. Il se sent vide. Pense à voir d'autres filles. Essayer les garçons, alors que ce ne sont en aucun cas, en temps normal, ses envies sexuelles. Il sent qu'il perd pied. Je sombre. Je sombre ça veut dire que je me recouvre de ténèbres. Cela ne veut pas dire : je coule. Cela veut dire dans son cas : je disparais. Dans son cœur c'est un peu une défaite mais il a toujours un espoir quelque part au fond de ses poches lui, il aime les seins des femmes, et il s'enivre en tout temps d'eux, au fond de ses yeux il y a toujours une larme de joie prête à dégainer, un sacré bout-en-train indécrottable et invétéré, d'ailleurs sa bonhommie incite à la sympathie, à le rendre sympathique. Pourtant il se sent seul. Il pense souvent à cette fille, que personne ne veut à cause de son poids, elle serait parfaite pour lui. Parfaite, elle l'est déjà. C'était lui, les fleurs anonymes sur son pallier. Elle avait regardé la rue, comme si la réponse à ce bouquet de fleurs se trouvait là, planqué dans les murs des autres maisons. Elle avait eu le cœur à l'envers, chaviré, comme lorsqu'on est grippé et défaitiste. Quelqu'un l'aimait en secret, ici, dans ce bas-monde du Pas-de-Calais. Une fois, il a eu envie de lui parler, de ça. Des nibards. Il lui a dit : je préfère les vrais. Même les moches, même ceux qui tombent, ou ceux qui n 'existent quasiment pas, j'aime les vrais. C'est troublant pour moi. Troublant parce que j'ai l'impression que... Ce sont des coussins pour y mettre ma tête, ou ma queue, je ne sais pas moi (il en rit maintenant). Au fait, ça ne te choque pas que je te dise ça ? Non bien sûr, rien ne me choque moi, j'espère juste que tu fais ça avec des personnes que tu respectes un minimum. Un minimum. Elle ferme les yeux, elle rêve. Elle rêve que son enfant est déjà grand. Qu'il marche devant elle dans un pré vert. C'est magnifique. Ils marchent et des gens se prélassent au soleil dans l'herbe. On dirait des babas cool. Tout le monde est heureux. Elle s'assoit avec les autres et une femme rousse lui tend un livre à couverture noire. Elle ouvre ce livre et la jeune femme rousse la regarde avec intensité, comme l'expression d'un signe. De quelque chose qui lui ferait signe, et qui ne peut que se limiter à ce signe, à ce regard et à son intensité. Parce que c'est difficile de parler à des fourmis qui se pensent scarabées.
Rien ne me choque. Les morts ne peuvent pas t'entendre, ils n'entendent rien, et moi je ne veux rien entendre. Tu pourras tout me dire sur lui, ou sur lui, ou sur elle. Pourquoi pas. Effectivement, ils ne voient rien. Ils ne sentent rien. Ils ne respirent rien. Je n'irai nulle part dans mon degré supérieur, je n'ai pas envie de meurtrir ce joli visage dans le miroir, 44 c'est déjà bien assez, ce qui se trouve dans ce miroir n'est pas moi mais bien une autre, une autre qui ne dit pas son maudit nom, une autre qui ne sait pas marcher droit comme une femme sur cette terre, une autre qui ne donne pas la vie mais donne la mort, ce n'est pas moi, je n'ai pas le sentiment d'être un monstre. Ni d'être monstrueuse. Contrairement à ce que j'ai prétendu jusqu'à aujourd'hui. L'Amérique viole sans cesse la vie, et le pire c'est qu'elle n'est pas la seule et je suis bien moins criminelle que cette dernière. Ce vieil homme avait l'intérieur des mains très blanc. Il entend les choses, les sent, et les respire. Il sait pourquoi et à quoi ça sert. Il regarde mes yeux comme un signe, et lorsque la nuit recouvre une moitié du monde, les vivants comme les morts, je rêve que je n'ai plus peur, plus peur du tout de l'aimer à ce point. Comme c'est idiot d'aimer dans la peur. Il ne devrait y avoir que du plaisir, et même dans les jours de pluie, même dans les jours où tout se détruit, il ne devrait y avoir que du plaisir et des fleurs. Comme dans le rêve de mon amie, qu'elle m'a raconté il y a peu. On ne partage pas la vie, ni même la mort, c'est bien dommage, elles sont assez répandues pourtant et restent cependant des expériences uniques à vivre qui ne peuvent se partager, pour lui, qui aiment les nibards, pour lui qui aime son classeur noir, pour lui qui déprime et qui envisage de tromper sa petite amie, ou pour elle, qui regarde l'ex-femme de son compagnon avec perplexité (à moins que ce ne soit l'inverse). Toutes mes erreurs font mon conte, et mon histoire, je ne devrais pas nier ça, ni le sous-estimer. Moi dans la vie je ne suis pas un prestidigitateur et d'ailleurs je n'aimerais pas ça du tout, ou alors avec des âmes qui ne demandent que ça. Enfin, c'est bientôt l'été du crâne, de la chair et des os, je peux être moi. Je ne m'en rendais pas compte. Enfin, je n'ai soif que d'une chose, c'est de lumière, moi, fillette écrasant la merde des ténèbres. Et je parle entre autres des tiennes. L'important, comme on dit, ce n'est pas de pulser sur l'horreur de nos erreurs, aussi grande soit-elle, mais bien, de temps à autre (il est minuit moins cinq) de toucher le bien absolu. Car toutes les relations ne se terminent pas tristement dans un cimetière. Non, toutes les relations ne sont pas vouées à la tombe dès leur départ. Malgré cela, c'est vrai qu'elle arrive toujours trop vite, l'heure de dire au revoir à quelqu'un. C'est certainement pour cela qu'on ajoute souvent avec un sourire aux lèvres : ...et à bientôt.

   


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Posté par Angeline à 08:16 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

le tout premier bloc m'a touché de fouet...KO comme lors d'une même rencontre, un vrai face à face direct , on touche enfin la personne...et puis toute la deferlante d'après me replonge dans cette horreur humaine jusqu'à en perdre le souffle et les jambes...

tu es vraiment déconcertante Angeline.

Posté par juju.K, jeudi 3 avril 2008 à 22:55

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