mercredi 5 mars 2008
Au Coeur de l'Arctique

Pour une semence de plus...
C'était un coup de poing terrifiant. Douloureux. Je me suis réveillée bien plus tard, pendant que les flics essayaient de le calmer, tandis que son visage se transformait. Ils ont des visages qui se transforment. Lorsqu'ils sont en colère. C'est valable aussi pour certaines femmes, trop peu ou pas assez. Christophe ne drague pas les femmes de ses amis, ni même les amies de ses amis, c'est un homme bien je trouve. C'était vraiment terrifiant, et j'étais en larmes. Dans le rêve, ça faisait hyper vrai tu vois, le genre de rêves ultra réalistes qui te foutent ta journée par terre. A mon réveil, il était tout le contraire. Il était tout miel. C'était un amour, un amour qui se montrait comme tel, parce qu'il a besoin d'aimer pour vivre. Lui. Il existe des êtres qui ont besoin de rêver pour vivre aussi, à travers des films, des livres. Des écritures. Tout changer chez quelqu'un par sa propre écriture. Essayer d'utiliser son propre chemin, sa propre voie. J'étais effrayée en me réveillant, je l'ai vu. C'était l'amour incarné, c'était la douceur culminante. C'était lui quoi, et j'en ai eu peur. Il n'a pas compris sur l'instant, comme il ne comprend rien, parce qu'ils ne peuvent pas comprendre. Se mettre à la place des autres ce n'est pas être dans la tête des autres, c'est dommage ce décalage, toujours. Peut-être qu'un jour, demain, dans trois heures, on saura être dans la tête des autres. J'aimerais être dans la sienne parfois, ou dans celles de son entourage, son père exclu, parce qu'il est pervers, et refoulé en plus. Un jour, Edgar à table, avait parlé de cela, je ne sais plus quel était le contexte, des gens avaient parlé de sexe à table un soir, souvent ça colle les intérêts des uns et des autres ce sujet, et comme l'ennui social menace toujours (presque toujours) de virer à la barbarie (politique et religion, l'inévitable couple de l'éternelle crécelle qui n'en finit plus de tourner, toujours tenue par les mêmes à la vue trop courte pour être remarquée), le sexe arrive en sauveur dans la conversation, pour mieux cacher l'aspect cafard de l'homme, aspect qu'il n'assume pas (mais je sens que je vais trop, trop loin). Au moins, Edgar nous évitait la torture mentale de la langue du miel (l'être est tout autre chose), que pourtant il affectionnait tout particulièrement. Une femme lui a dit : vous êtes pervers ? Et lui de répondre : non je suis Père Blanc.
Son visage changeait et devenait autre, un autre, un inconnu, un étranger. Un étranger dans mes terres, dans mon lit. Autre. Complètement. Je n'avais pas le choix, j'ai été obligée d'appeler les flics. Un homme qui frappe une femme c'est une honte ça quand même. Une femme sans défense en plus. Nous ne le sommes pas toutes, c'est bien ça qui est flippant pour une certaine race de cafards. Je dis ça avec tendresse et amour. Il ne faut pas m'accuser de mauvais esprit ni trop vite, ni toujours. Ne soyons pas simplistes ni réducteurs, je sais que nous vous avez du mal, je sais pourquoi je prends cette main parfois qui est pleine de larmes. D'enfant.
Il est d'un conformisme, mais ça va, au lit il sait s'y prendre, il ne pense pas qu'à lui. Donc ça va. Il fait attention au contraire à la personne qu'il pénètre. Il sait dans quoi il rentre, dans qui aussi, mais dans quoi, surtout. Dans ces moments-là nous sommes des tonnes à avoir plus de deux pattes et deux bras. Mandibules acérées, ouvertes au milieu un peu sur le côté, mieux vaut quitter toute la ruche quand quelque chose de menaçant approche. Il sait dans quoi il rentre, comme le petit garçon savait dans quelle ville il allait jouer. Prendre l'avion l'excitait beaucoup.
Comme l'autre, dans un murmure à mon oreille. C'était un esprit, je crois. Il cherchait à me repousser dans mes derniers retranchements, dans mes tranchées, creusées pendant la seconde guerre mondiale, de mes rêves. En effet ces derniers temps je rêve de deux choses qui reviennent sans cesse : de nazis qui veulent m'attraper pour me déporter, au milieu des ruines, et de Denis se transformant en quelqu'un d'autre. Quelqu'un d'autre que je ne connais pas. Son visage change et je me réveille désorientée, et je n'ai pas envie de prendre mon petit déjeuner. Je n'ai envie de rien. J'ai mal sur le côté du ventre. J'ai peut-être pensé que je faisais une grossesse extra-utérine, ce qui est grave. Mais les douleurs ont cessé depuis. L'esprit derrière moi (je ne sais pas comment expliquer cela) voulait me murmurer quelque chose à l'oreille, doucement. Il me disait : tu te trompes. L'autre au téléphone te dit clairement qu'il sait lire. L'autre au téléphone ? Le Peintre-Artiste ? Je ne lui ai téléphoné que deux fois en une semaine, ce qui n'est déjà pas si mal. Il était content de faire le paon. En effet, il m'a parlé de la petite "qu'il se lève" en ce moment, elle a dix-neuf ans. Je l'ai traité de vieux porc, de salaud. Il n'a pas bronché parce que je l'ai juste pensé, en fait, je ne lui ai pas dit. Je ne voulais pas lui faire ce cadeau, en plus. Et puis il cherchait à savoir, à savoir ce qui me motivait, le fait que je l'appelle, après autant de temps passé, cela me mettait dans une position inconfortable, il était conscient de l'ascendant que ça lui donnait sur moi. L'esprit se manifestait autrefois par des contacts, je recevais en pleine figure un petit courant d'air glacé, dans un endroit où aucune fenêtre n'était ouverte. Pourtant dans le passé, cet endroit avait besoin d'être ouvert. Ou alors on me touchait la nuque, lorsque j'écrivais souvent. Les doigts aussi. Des caresses plus poussées la nuit. Sur les avants-bras. Denis n'a pas les mains si froides (voire glacées). Les morts, eux, ont peut-être les mains glacées. Je ne sais pas trop. Et l'esprit était venu me dire l'autre jour que l'autre au téléphone cherchait une issue entre Orléans et Paris, un moyen de passer entre, sans passer par aucun de ces deux endroits.
Pourquoi tu as peur de moi ? Je viens de me réveiller... Je faisais un cauchemar... Tu me frappais. (Surprise d'horreur sur son visage). Il s'assoit. Il me caresse le bras. Mais ça ne va pas, je lui raconte mon rêve. Alors qu'il ne faut pas raconter ses rêves quand on ne veut pas les raconter (en revanche, on peut baiser même si l'envie nous en manque, tout simplement parce que faire plaisir à l'autre, ça permet de nourrir en soi le cafard, et Dieu que j'aime sa dépression, Dieu que j'aime les ruines de la Seconde Guerre Mondiale. Pour de vrai).
Tu me frappais. Fort. Au visage. Et tu étais dans une colère noire. Non, une COLÈRE NOIRE. (bien sûr, oralement, je n'ai pas mis de majuscules). Une COLÈRE NOIRE qui me terrifait. Pourtant les flics venaient, j'avais la sensation qu'on les avait appelé pour moi. Je voyais Claude au loin avec Anne, il retenait cette dernière en lui tenant le ventre, elle avait un ventre anormalement gros, pas parce qu'elle était enceinte, mais c'était autre chose. Elle voulait venir vers moi. Mais des voitures passaient entre nous. Les flics me demandaient : vous voulez porter plainte ? Des caméras dans notre appartement se mettaient en marche et filmaient la scène. C'était horrible. Tu changeais, tu le disais avec une voix d'outre-tombe. Je me laissais tomber par terre, je n'avais plus de forces dans les jambes, pour me porter. J'étais folle éperdument amoureuse de toi, et tout versait dans l'horreur, notre amour dans l'horreur, il se renversait. Il y a eu un passage bizarre. Une image d'écran d'ordinateur me montrait mes mails. Je voyais les notifications de canalblog. Et un message de mon frère qui me disait : arrête absolument de penser à moi ! L'écran se barre, je reviens au rêve original. Les flics me demandent : vous voulez porter plainte ? Je remarche. Je dis : non. Le flic est pas mal, il me regarde droit dans les yeux, il a l'oeil noir, le sourcil épais, ce qui me fait sourire, un peu. Les lèvres bien dessinées, un peu trop charnues, je n'aime pas les lèvres charnues chez les hommes, comme les lèvres comme un fil, je n'aime pas ça non plus chez les hommes. Il me dit alors : en fait la procédure est lancée. Là, à quelques mètres, plusieurs hommes retiennent Denis qui fulmine et qui change littéralement de visage, ce qui me terrorise. Encore une fois. C'est là que je me réveille et que je le vois entrer dans la chambre. Comme si rien ne venait de se passer.
Cette construction n'est pas protégée par les océans. Comme celle, au cœur de l'Arctique. Je sais que j'entends. L'Esprit n'est peut-être pas sain, qu'importe, je ne lui demande rien, je ne lui ai jamais rien demandé. Ni pardon, ni pitié. 4,5 millions de semences, à l'abri du terrorisme, des cataclysmes nucléaires et naturels, naturels parce qu'on ne peut, décemment pas appliquer une autre signification. De peur de virer fou. On se verse, on se renverse à plusieurs occasions, quel plaisir de ne répondre d'aucune loi, sans pour autant baigner ses mains dans le crime le plus absolu, le plus menteur, le plus sombre qui soit. Oui qui puisse être. Voilà tout le langage, sa main sur mon bras, ça me déplaisait, mais je ne lui ai rien dit, cependant, il a ressenti la chose, ça me déplaisait, je suis désolée, de t'avoir donné cette impression, je vais mentir pour tes beaux yeux maintenant, je n'ai jamais eu de scrupules à mentir sur de petites choses sans intérêt qui me permettaient en plus de faire de l'art dans l'instant. Donc oui, je te mens, je te dis que j'aime ça, ta main sur mon bras, qui était supposée me rassurer. Et me rendre femme. Complètement. Comme dans la culture MSN c'est important, on ne va pas voler la poule aux œufs d'or, ni la femme aux yeux d'or, tu l'as, ta femme, tu l'as, elle t'appartient maintenant, tais-toi. Vas me faire du café. Des tartines. Dépêche-toi.

Elle a dit à l'Esprit : j'en ai assez des petits courants d'air glacés. Et des caresses, j'ai déjà quelqu'un pour me caresser, et ses mains sont chaudes, et vivantes. Pleines de sang pour tenir bien chaud. Une vieille amie qui répondait au doux prénom de Marie autrefois aimait Isabelle Boulay, et bien non Isabelle, tout n'est pas fait pour rester chaud. Contrairement à ce que tu brailles dans ta chanson. Deux petites larmes après cette douce révélation, non non et non, tout n'est pas fait pour rester chaud et tant mieux : la preuve les 4,5 millions de graines seront conservés pendant un millier d'années à -18°c. Au cœur de l'Arctique, ça caille, tu sais. Tes mains sont pleines de sang, ce qui tient bien chaud à mes bras, lorsque tes mains touchent mes bras. C'est important, ce genre d'extase. L'amour à froid.
C'était un coup de poing terrifiant. Douloureux. Qui réveille. Du genre qui réveille oui. Quand j'y repense, jamais Anthony n'a porté la main sur moi dans un rêve. Jamais. Au contraire, il vient demander pardon, éternellement. A chaque fois je lui dis : oui. Je te pardonne. Mais il n'est pas certain. Il n'a pas l'air très sûr de lui de l'autre côté. Les vents glacés, il aime pas, il apparaît toujours sur la plage, avec un soleil couchant. Ce n'est pas un cliché. C'est Porto, je crois, sur la route des vacances. C'est un cadre idéal pour demander pardon à quelqu'un qu'on a tué.


Commentaires
Les mots et les images .....
Du ventre de la mère au ventre de la terre. Ces deux certitudes sont les bornes de notre existence. Lorsque l'on sait nos limites, le sang cesse de circuler et le corps abdique de ses droits car le cœur est toujours plein d'espoir avant, mais le ventre est rempli de brouillard après. Qui peut comprendre que d'élémentaires certitudes mastiquées par la salive et la langue dans une quête désespérée de sens puisse s'éjaculer dans une activité désordonnée d'images et de mots ?
Les Morts et les Mages
Je l'ignore. Je n'ai aucune élémentaires certitudes dans mon baluchon.
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