lundi 31 janvier 2005
Souvenirs de la Maison des Morts

- Tu aimes peindre le monde en noir
- Et jamais je ne verrai ton jour
- Dans la lumière du vent qui crie
- Quand dans mon coeur rien ne marche
- Tu retombes malgré tout en enfance
- Autrefois marqué par une croix
- Dans ton ventre une statue ruisselante
- Mon plexus solaire sans planètes
- Qui te surprenait allongé sur le lit
- La musique déterminée en boucles
- Et nos sueurs dans les draps insupportables
- Sur la table un paquet de couleur jaune
- Qui pourrit dans ton jour invisible
- Dans la noirceur du temps qui pleure
- Et moi devant toi je suis perdue
- Mon regard périmé depuis des décennies
- De sombres connivences en terribles conventions
- Tu dis qu'il te faut un peu plus d'errance
- Et que le temps t'effacera de ma mémoire
- Je ne suis pas sujet des velléités synthétiques
- Et ton robot ne t'apprendra pas à faire l'amour
- Car tu retombes dans la fosse de l'âge
- Chaque fois que mon âme solaire pleure ses planètes
- Et nos sueurs dans les ombres interminables
- Ne témoignent de rien si ce n'est de nous-mêmes
- Dans les miroirs brisés de tristesse
- En pardon de toutes nos indélicatesses
- Je restais perdue devant ton visage de crépuscule
- Et ta poitrine agitée d'espérance sonnait la fin
- De ce bol de riz jeté contre le mur
- Et sans raison j'ai levé mon bras au ciel
- Le taxi klaxonnait en bas mon futur mari
- Tu as eu le regard fixe sur cette paroi grise
- La tache blanche laissée par les rizières du vent
- Et habillée perdue devant toi j'ai pensé : je suis
- C'était l'histoire de la Maison des Morts
- Mais aujourd'hui je vis dans la musique
- Et pieds nus dans le jardin de mes aurores
- J'attends ton retour hypothétique
- C'était la vie dans la Maison des Morts
- Et sur la table la lettre était à jamais perdue
- Quand dans ma poitrine j'en ai payé le prix
- Mon ventre en crève encore sa dépression
- Et debout en regardant le ciel
- Dans la peinture noire de tes cinémas
- J'ai perdu à jamais ma senza musica
- Comme une orchidée ouverte aux neiges
- Et sous le lit dormait le petit chien mort
- Ton regard fixé à jamais sur le mur des torts
- On entendait leurs gémissements d'amour souvent
- Avec l'ésperance de ma main ouverte
- Le son de ta voix qui frappait mon marteau
- Tu peignais en noir tous les secrets de mon monde.
- Angéline.
dimanche 30 janvier 2005
Je me souviens...
J'ai eu un professeur qui s'est suicidé. Des années après cette année de quatrième où son corps d'étalon me faisait de l'effet. Il s'est tué en voiture, il a foncé contre un arbre, il est mort, il avait fait une lettre. Ce n'était pas la première fois qu'il tentait de mettre fin à ses jours. Il avait une femme et un enfant. Peu avant sa mort, il y avait eu des rumeurs. Sur lui et une élève, qu'ils couchaient ensemble. C'était bien possible, il avait l'oeil humide lorsqu'il regardait une gamine cet homme. Ce que ça m'a fait en l'apprenant ? De la peine pour sa famille, pour lui c'est mieux sûrement, il ne souffre plus. C'est mieux d'avoir choisi la mort. Tu t'es perdu, Frédéric, tant mieux. Marina a pleuré dans la salle. Cette superbe pétasse. Un autre prof en apprenant la nouvelle s'est mis à pleurer. Un prof d'Espagnol. Un gros connard. Un connard avec des gestes. Une gestuelle bancale. Elle était très studieuse à l'école, mais elle ne voulait pas apprendre. Moi. Elle ne voulait pas. Elle trouvait que l'école n'était pas une bonne influence pour un jeune. Qu'elle apprenait les racismes, les injustices comme si c'était des choses normales. Ensuite on a envie d'apprendre et de bien travailler pour ensuite avoir un bon diplôme et faire un beau métier. Pour en arriver à des discours ahuris de babas cyniques : les femmes et les hommes se complètent (finalement), entre parenthèses. Daniel a un humour que je préfère. Il continue avec ses commentaires...réalistes. C'est touchant mais je ne voudrais pas lui faire de peine. Ce n'est plus Auschwitz qui le fait chier, ni même cette contrôleuse violée, mais les victimes du Tsunami et aussi les pièces jaunes. Je ne donne pas aux pièces jaunes, ça m'est arrivé, mais je ne donne plus. Bernadette Chirac elle ne me semble pas très sympathique et puis à ce qu'on dit on demande toujours de l'argent, partout, tout le temps, pour ceux qui souffrent. On prend trop de moi j'ai remarqué. Je donne de moi trop souvent et ici aussi, résultat : on répond qu'à mes posts secondaires, pas à ceux qui sont biens. D'ailleurs je devrais pas laisser publier les messages des gens directement quant ils en laissent mais je n'aime pas la censure, et pour moi c'est de la censure. A l'école elle a appris à : se droguer, sniffer de la cock, faire des fellations, à quinze ans. Les jeunes sont de plus en plus curieux c'est bien. J'avais une prof de français grosse et blonde, allemande, une patate qui avait un problème sexuel : elle cherchait aussi à aimer quelqu'un, un homme je précise. Elle voulait aimer. Des fois ça se voit dans la gestuelle, le comportement, le regard, ils n'ont même pas besoin de parler, parfois. Elle était comme ça. Du coup intérieurement, on la plaignait un peu : elle n'était pas moche mais presque. Avec son physique batracien. Qu'est-ce qu'elle m'a appris ? Rien. Je voulais apprendre en français, je ne voulais rien faire d'autre. J'aimais le français. J'avais des lacunes, à cause de ma colère pré-adolescente. Et puis mon esprit était tellement dans l'espace, réellement, que je ne comprenais pas les systèmes du code, du programme. Ils ont un programme. Ils ne devraient pas être surpris de voir de la violence à l'école, c'est normal, la violence va où elle est bien chez elle. Ici aussi d'ailleurs. C'est bien fait, on l'appelle. Je l'appelle, c'est bien fait. Donc en maths une année j'ai eu un pied-noir, avec moustache, style Léo Ferrer, pas la moustache, le genre à écouter George Brassens et à se sentir rebelle, surtout quand on entend Obispo dire qu'il aime le poète aujourd'hui. Bref. Il m'aimait bien, lui aussi regardait les seins naissants sous les pulls. C'est dur d'être gamine qui se prend pour une femme à l'école. Comme à l'extérieur. Ils n'arrivent pas à : prendre ce qui existe en eux et le durcir pour le vivre vraiment. Devant les autres, ils le rangent. De quelle honte s'agit-il ? Ils rangent le remue-ménage qu'ils se font dans la tête. Les hommes souvent. C'est vrai, on pourrait dire ça des femmes : qui aiment le système des hommes. Et je n'aime pas ces sweetgirls qui se laissent avoir. C'est facile. Katia se bat contre un système d'homme. Ses frères. Ils veulent vraiment qu'elle respecte Allah, des fois ils l'appellent pour l'insulter : sale lesbienne. Ils sont très secoués. Pour oser insulter et mépriser une femme. Qui est d'autant plus leur soeur. Mohammed a bien fait de mourir lui aussi, mon Dieu. Je plaisante mais ce n'est pas drôle. Je fais toutes mes excuses aux religieux. Ce n'est pas de ma faute, je souffre tellement si vous saviez. C'est pour ça que j'ai appelé Samuel et qu'on s'est revus. Bien sûr. Il a été très refroidi par mon attitude. Je lui ai montré comment j'étais capable d'être instable. Je lui ai montré : tu vois, regarde c'est moi, je suis pourrie de l'intérieure depuis une après-midi qui revient sans cesse, surtout en hiver. On est au coeur de l'hiver. Samuel voudrait qu'on discute autre part qu'au téléphone. C'était bien, j'étais contente. J'ai rêvé que j'étais sur un immeuble et que je voyais une navette s'écraser sur une ville. J'ai rêvé que mon ex-mari revenait pour me tuer. C'est un rêve qui revient sans cesse. Katia a téléphoné à Jean-Marc pour dire : je voudrais la rendre heureuse mais elle ne veut coucher qu'avec moi parce qu'elle est mal, c'est une salope. De toute façon, ce sont toutes des salopes, sans exception. Même ma voisine d'en face, madame Moutier. Alors Jean-Marc est venu me le raconter, ils ne savent pas tenir leurs langues. Ces gens-là ont une sacrée morgue à revendre. Morve aussi oui. Je voudrais dire à Katia que je fais ce que je veux d'autant plus que j'ai été claire avec elle. Je voudrais te dire : je fais ce que je veux. Je n'ai pas d'amour à t'offrir, je n'ai plus rien à t'offrir, ni même mon écoute. Ecoute, on ne va plus se lancer des SMS débiles. Je ne réponds plus. J'arrête, je te l'avais dit, tu n'avais pas besoin d'aller te plaindre chez Jean, qui n'est pas Dieu non plus. Tu le connais, ce n'est pas Monsieur Loyal, ce n'est pas écrit pur sur son front. Ce n'est vraiment vraiment vraiment pas un Dieu. Alors que le fameux soir du revirement temporaire de veste, tu m'as dit, les yeux dans les yeux : Angéline tu es une déesse. On était fébriles. Souviens-toi.
Angéline
samedi 29 janvier 2005
L'amour devant la mer
Je suis allée voir Jean, on a mangé ensemble à midi. J'avais le vague sentiment que tout irait bien. Il avait l'air fatigué, on s'est fait la bise, très classe, comme si nous n'avions jamais aimé nous embrasser avec fougue. Comme s'il n'avait jamais léché mon visage entier pendant l'amour. Tout ça appartient à un autre temps qui a été si bien qu'il ne sera plus. De toute façon. Je n'aurai pas l'audace de vouloir me tendre un miroir à moi-même je compte sur vous. En même temps ça m'est égale d'être lue autant tous les jours : en même temps je sais. Je sais que ce n'est pas ce qu'il faudrait dire ce que je dis. Que je ne suis pas celle que vous connaissez, que vous voyez le pire de moi. Mais si bien sûr que c'est exactement ce qu'il faut dire ce que je dis. Facettes a la pudeur d'effacer les textes qui lui font du bien, elle poste autre chose, de moins impudique c'est comme ça. Moi je n'ai pas ce courage. D'effacer ce qui est dit. Ce qui est dit est dit. Prenez un tueur. Il ne peut pas revenir en arrière. Il vous a volé les gens à qui vous teniez. Et bien il y a des gens qui font rire comme Amélie Nothomb lorsqu'ils écrivent, il y a des gens qui font chier lorsqu'ils écrivent comme Philippe Sollers, il y a d'autres gens qui assassinent lorsqu'ils écrivent comme moi. Je ne sais pas pourquoi moi qui suis un ange j'assassine autant. Peut-être que subir deux viols et de la violence physique ça m'a niqué le cerveau. Jean avait des disques, il adore Patricia Kaas, Marc Lavoine, Calogero, tout ce que je ne supporte pas. On a discuté comme de vieux amis de toujours, c'était étrange, parce qu'il n'y avait plus de tension. Il ne m'aime plus, il aime l'image du passé qui est restée dans sa tête peut-être pour toujours. Il a une autre vie, sa vie et moi la mienne. Je lui ai dit ce que j'avais fait. Ce que je n'aurais pas dû faire mais c'est fait. C'est fait. Je ne regrette pas. C'était bien. C'était bon. D'aimer quelqu'un même si ce n'est pas la mienne. Je pense qu'il devrait y avoir plus d'homosexuels. A un repas de chasseur, Mathilde une ex-amie était immobile, les chasseurs festoyaient chaleureusement : chopines, bières, et blagues homophobes pas drôles du style : les homosexuels sont très propres très soignés. Ahahah. Jean mangeait les pennes qu'il avait faite en me parlant de ses problèmes de dos, la sauce tomate pas loin, son chiot qui était chez le vétérinaire : avec Marc il a voulu prendre un chiot. Marc est gentil. D'après lui. Je ne ressentais rien face à lui mais c'était à lui que je pouvais confier mon expérience. Il ne vient plus lire ici, il m'a dit : je suis désolé ça me ferait trop de mal. De t'entendre me ridiculiser. Je lui ai dit que je ne l'avais pas fait contre lui mais pour moi. Que les gens font toujours les choses pour eux-mêmes, sauf moi j'ai tout fait contre moi. Il fallait bien que je fasse quelque chose de bien pour moi. En écrivant on a le droit d'insulter quelqu'un. Je pense. J'ai le droit de dire qu'à Auschwitz ils auraient dû finir le travail, qu'on est envahi par les Juifs. Voir mon psy qui est sexy avec son visage Juif. Mais est-ce que je le pense vraiment ? Patricia Kaas chantait en live L'amour devant la mer, encore une chose que j'ai faite : mon beau Paolo. Jean me servait, il m'a servi un verre de vin, je n'aime pas le vin tu le sais Jean, mais c'est avec plaisir que j'accepte parce que : il y a de la poésie dans ce qui nous arrive : on ne ressent plus de douleur, nous ne sommes pas amis mais liés pour longtemps encore. Par une sorte de magie étrange. Et chatoyante. Je plaisante mais c'est vrai nous sommes liés. Il n'y a pas plus belle poésie Jean que de te voir me cuisiner des pennes à la sauce tomate, dans ta cuisine minable de garagiste, en t'écoutant parler de l'enterrement de ton ami, de sa famille, de ton dos, de ton boulot, de tes problèmes de fric. Le fric. Tu as des posters de femmes aux seins nus sur les murs pour faire taire les rumeurs des belles gens qui n'aiment pas les pédés, l'humanité est condamnée. Bien sûr. Ils sont tous dans la haine, tu le sais, les homos aussi d'ailleurs, bien sûr pas tous. Je te trouve bien, avec ta mine cassée, mais je te trouve reposée. Tu aimes cet homme et je trouve que tu es beau dans cet amour, il te va bien et je suis contente que nous sommes capables d'oublier notre enfant qui n'était que pensée et qui restera que pensée. Gottfried Helnwein mettait des photos géantes de foetus avortés ou morts dans les églises, c'était sublime, tout à fait moi ce genre d'entreprise. Tu me dis que j'ai eu tort de coucher avec cette fille, même si les choses étaient claires et que "nous sommes adultes quand même". J'en doute fort parfois, chez les autres comme chez moi. Je vois tes mains, aujourd'hui elles ne font plus rien, je les trouve classiques. Ton visage. Tes yeux. Je me dis : pourquoi je m'étais emportée pour lui dans mon coeur, nous étions faits pour être amis. C'est dommage d'avoir gâché cette amitié par un amour trop beau pour être vrai. Les belles gens condamnent toujours. Ils sont sur un piedestal qui prend l'eau de partout. Ils ont peur de tout. Ils protègent tout. Ils vendraient leurs enfants pour leur réputation ou contre-réputation. Et ce bonheur simple d'être en amie devant toi, on a mangé ensemble et c'était bien de ne plus t'aimer d'amour mais fraternellement. Je suis redescendue sur terre. Si on veut. Je suis allée faire un petit voyage au pays de ton monde Jean, de ton monde de pédés et de lesbiennes, et j'ai vu ce que tu vivais avec un homme, moi et une femme. L'amour lesbien était peut-être pour moi mais maintenant il n'y a plus de doutes possible : un homme un jour sera ma moitié. Et on fera des projets, je ne lui parlerai pas d'enfants (ils sont un peu trouillards souvent sauf ceux qui ne le sont pas bien sûr et leurs couilles ne leur servent à rien), il viendra peut-être avec un cheval blanc, celui que j'attends, correct et ses sabots comme une douce musique. L'amour devant la mer. Tu sais ce qu'on a refait Jean en mangeant, en parlant ? On a refait In the Mood For Love. La femme et l'homme lorsqu'ils mangent, et bien on a l'impression qu'ils font l'amour, comme pour répondre à la tromperie de leurs conjoints respéctifs. Des gens qui mangent c'est hideux, voir dans la vie, mais là, comme c'est sensuel et beau. On a fait pareil, avec moins de classe, je n'avais pas les belles robes de Maggie Cheung, mais elles feraient le même effet sur moi. Oui. Et toi tu passerais à côté de moi comme ça, en montant l'escalier. Tristement. On a mangé pour oublier de faire l'amour, dans ce garage qui a vu notre jouissance commune Jean. C'était glacial. J'aime la glace.
Mais comme dit Marie, les hommes et les femmes en fait n'ont rien à se dire à part peut-être : on baise ? Et c'est comme ça que terminait Kubrick son film masqué Eyes Wide Shut. En sortant j'ai eu l'honnêteté de renvoyer Katia à de meilleures choses : je lui ai dit qu'il fallait arrêter, ça valait mieux. Comme Camilla dit à Diane. Je veux dire la vraie Camilla à la vraie Diane. Je suis allée à Attac faire mes courses. J'adore faire mes courses, je vous en ai déjà parlé. Et là, à la caisse, un type avec un papier signé et tamponné attend devant moi. Il sent. Il pue. Il sent le vieux, le pas lavé. Je ne fais pas la grimace, je ne bouge pas. Je prends sur moi. J'ai l'habitude des mauvaises odeurs, il faut être une mauvaise odeur soi-même pour nettoyer le caca des personnes âgées en fin de vie. Il faut être mauvaise, une moins que rien même pour faire ce boulot profond. J'adore faire ça, au moins la vie à un sens. En écriture c'est pareil, vous êtes plus jeune mais je nettoie le caca de votre tête en vous redonnant le mien. C'est pas agréable l'échange, je sais. Le type ressemble à un zombie de L'Armée des Morts mais en pire. Et dans son sac je vois de la margarine, de la viande hachée. Etc. Il passe à la caisse, il donne le papier à la caissière pincée qui semble bien emmerdée dans son boulot. C'est un papier administratif. Il dit qu'il n'a pas d'argent sur lui. Il a une certaine somme à dépenser. D'après le papier. La caissière lui dit : avec tout ça vous pouvez rajouter quelque chose en plus. Il dit : une bouteille de coca. Elle lui dit : oui mais prenez pas les premiers prix...Elle fait un regard exaspéré. Son regard croise le mien. Je la plante avec mon regard. Pas volontairement, sur l'instant je me suis dit : espèce de connasse. Tu me fais honte, tu me donnes envie de vomir. Elle a baissé les yeux. On baisse les yeux devant moi aujourd'hui, alors que je soutenais juste son regard. Rien d'autre. Le type revient tout content avec son coca-cola bon marché, mais moins bon que le vrai coca-cola qui était un médicament avant. Et là il lui demande s'il peut y aller. Il n'a pas le droit d'aimer le vrai coca-cola, on lui donne la copie, il vaut bien la copie mais pas l'original. Qui est meilleur. L'humiliation est présente partout, les touristes morts dans le Tsunami sont obligés de prouver qu'ils étaient là pour mourir pour arrêter de payer les loyers, les charges, etc. Ils ont peur des abus, les gens abusent. Je suis passée à la caisse à mon tour. Les hommes rendent le monde si pervers. Elle me regardait à peine, les joues roses. J'avais été dur avec elle, elle faisait son job, c'était honnête de lui dire. A ce mec moche et qui puait. On ne sait jamais, avec ces gens-là.
On ne sait jamais, c'est vrai. Comment faire un repas avec ses amis simplement à la place de faire l'amour à la mer ou devant c'est selon votre degré de poésie. Votre degré de ciel atteint. Attention à ne pas tomber. Au bout de huit fois, des fois, on se relève pas. On apprend ici et là qu'un tel quelques années après s'est suicidé. Qu'il n'a pas trouvé que la vie valait la peine qu'on lutte pour elle et pour soi. On apprend qu'une autre a un mariage raté, avec enfants et divorce en vue, sans ressources aucune. Les gens abusent c'est vrai, tout le temps, le monde est un vampire chantait Billy Corgan, et bien le vampire, il t'a eu. Il t'a sucé. Jusqu'à la moelle. Tu vois Billy ? Mettre un zéro sur ton t-shirt de Smashing Pumpkins ça n'a pas suffi. Rachel dirait : "je te reconnais tellement dans ce que tu écris et ce que tu écris est si juste parfois -pas tout le temps- et en même temps je ne te reconnais tellement pas". Diane "c'est à cause de ce mec ?" On devrait remanger des pennes ensemble Jean. Tranquillement, en parlant de tout. De ta vie, elle m'intéresse. J'aime aller dans la vie des autres, lire ce qu'ils disent pour voir si ça en vaut la peine. Mais la plupart font comme moi, ils ne disent rien. Angéline Fottorino se fout de la cohérence. Dans ses chroniques haletantes et sensuellement pesantes, du pauvre elle pourrait crier être la reine de l'autofiction et provoquer des réactions idoine et ad hoc si le tout ne sentait pas déjà le déjà-vu à peine camouflé. Là réside sans doute le bas qui blesse : à déclamer sa vie ainsi pour la transformer en quelque chose d'indéfinissable, n'en deviens-t-on pas finalement indécryptable ? Et donc obsolète ? A force de souffrir pour elle sa souffrance et de croire qu'elle ne pourrait jamais en sortir, ne va-t-on pas trouver là la couleur si sincère et originale des débuts tourner au gris ? Elle a perdu sa spontanéité, s'est refermée comme une huître, a misé tout sur ses faiblesses, elle a besoin d'être faible pour être forte. J'ai reçu des e-mails de gens qui me lisent. Il n'y avait pas de petits cochons j'étais déçue. Il y avait l'e-mail d'une voyante qui me disait avoir tiré mes cartes "comme ça" d'après ma date de naissance et l'heure que j'ai donné par le passé. Elle m'a dit : la phase d'errance touchera bientôt à sa fin. Vous allez vivre un amour intense et chaotique qui va durer. C'est un homme que vous ne connaissez pas encore. Il va venir vers vous bientôt, c'est lui qui va venir. Alors comme j'ai été très touchée par vos messages de désespoir (???) je me suis permise de vous donner un peu de mon don (????????) pour vous dire que de bonnes choses arrivent pour vous et sont faites pour durer. Si j'avais vu des malheurs, je ne me serais jamais permise de vous écrire. Je vous embrasse avec mon coeur. Je ne donne pas le prénom qui est un pseudo et qui sonne comme Madame Soleil. Comme Simone Veil. A qui on a reproché d'ailleurs de tuer les combattants de l'humanité dans l'oeuf. Les morts surtout. Alors que l'avortement est une bonne chose : le nombre d'hommes sans valeur qu'on a pu supprimer avant même qu'ils soient nés, c'est bien je trouve.
Mais tu vois Jean, on avait faim et finalement le bonheur est surtout dans les petites choses. Devant l'océan avec Paolo, pleurer sans montrer ses larmes et lui demander des gifles qu'il ne me donnait pas. Je suis tellement plus heureuse aujourd'hui. Vous êtes loin d'imaginer, vous qui êtes rêveurs. Je le pensais avant : je n'ai pas besoin de beaucoup d'argent, de voyages dépaysants, ni de bijoux étincelants comme des étoiles que m'offraient les hommes riches que j'accompagnais en tant qu'hôtesse de charme, j'étais assez jolie pour faire ce métier de luxe. Pour me dépayser j'avais tes bras et aujourd'hui j'ai ton amitié et celle de Marie. Et j'ai l'écriture. C'est trois choses que j'aime et j'aime aussi laver les vieilles personnes âgées, elles m'apprennent comme je ne finirai jamais. Après tout, la parole de la volonté, c'est elle qui m'a sauvé la vie.
Angéline
vendredi 28 janvier 2005
Not the Red Baron
On a beaucoup reproché à Simone Veil d'avoir vécu les camps de concentrations et d'avoir fait de l'ovule fécondé par la suite quelque chose qui n'a rien à voir avec l'être humain. En clair on lui reprochait ce qu'on reproche d'une manière ou d'une autre aux femmes : la décision prise. Le choix, le chemin choisi. Qu'il soit moral ou non là n'est pas la question. Daniel, le mec de Marie, je cite encore récemment, il collectionne les commentaires bouleversants de...réalisme (attention Theia ça va faire mal) : cette fille violée, je suis bien content elle a pas qu'à faire un boulot d'homme. Elle est dans un train, elle travaille, qu'est-ce qui se passe ? Une contrôleuse n'a pas le droit de contrôler ? Contrôler c'est un boulot d'homme ? Qu'est-ce qui se passe ? Elle fait rien de mal, au contraire, cette fille s'est pliée aux règles absurdes de la société. Elle contrôle si vous avez payé le droit de voyager sur Terre. Elle se fait violer. C'est bien fait pour elle. Mon psy me fait de l'effet. Remarquez, il est Juif il est sexy à mes yeux. Certes bon la mélancolie tenaille mes intestins parfois mais ça passe. Toujours, il faut se battre contre elle. Mon psy me fait de l'effet parce que je n'ai pas fait la provocante : j'ai dit à Daniel : tu crois que c'est facile pour elle ? Avec une voix très douce et pas accusatrice comme d'habitude, les hommes n'aiment pas qu'on leur montre leurs défauts, ils ne supportent pas ça. Ils veulent un certain contrôle. Et bien il était embarassé face à ce que je lui avais dit. Pourtant, parfois c'est un homme débile mais qui sait se montrer sympathique et humain. Il donne facilement. Cela serait plus facile pour moi si le Diable était méchant lorsqu'il venait me faire l'amour tendrement mais avec douleur. Le Diable est venu sous ma couette, j'ai couché avec lui. J'ai eu du plaisir, elle ne m'a pas fait mal. C'était comme découvrir quelque chose de...Enfin je ne suis pas lesbienne. Je le regrette, c'est un monde difficile pour elles. Il le sera toujours : pourquoi ? This is a men world chantait l'autre noir avec son brushing de tapette. Je voudrais le décrire comme avec un homme. Avec un homme c'était facile pour moi. Je n'ai rien à faire, ils croient que je fais tout comme ça. C'est comme me lire, ça vous donne des informations sur ma vie privée mais en fait encore plus sur la vôtre. C'est bizarre. Comment je fais ? Je laisse leurs mains sur mon ventre. On a déjà mis une cerise dans mon nombril. Angéline était condamnée à la perversité, elle l'écrira toujours, désolée. Elle était condamnée à faire des choses...Elle a regardé Henry Portrait of a Serial-killer, l'acteur qui joue Henry Lee Lucas était sexy jeune. Mais elle n'a pas accepté la condamnation. Elle connaît un garçon magique. Un garçon tendre. Un homosexuel. Qui se prenait pour un homme normal, un hétérosexuel, marié deux enfants, il souffre à présent. Il s'appelle Hervé, il lui envoie des messages passionnés, parfois il est méchant : "il me semble que dans ton absence de réponse tu ressembles à la pire des salopes". Ce n'est plus Angéline et les Récits de la Maison des Morts mais Angéline et les Récits de la Maison Close des Salopes. Les hommes sont comme ça. Alors comment c'était ? J'ai l'impression d'avoir forcé mon corps à faire quelque chose qu'il ne voulait pas faire et ça n'est pas bien. Bien sûr elle se régalait de mes seins, de ma bouche, je ne vois pas pourquoi garder le suspens pour la fin, elle aimait ça, elle aimait mon sexe, avant elle d'autres l'ont aimé, ce n'est pas la première, elle n'est pas Tante, elle est juste arabe, elle s'appelle Katia. Dans ma tête je me disais : j'aime ou j'aime pas ? Je suis lesbienne si je le fais ou pas ? Des questions oui idiotes. Idiotes. Zeugme va me faire encore un commentaire peu constructif, effectivement si j'étais à votre place en me lisant je serais bien emmerdée. Donc je comprends. Heureusement que j'y mets de l'humour encore, vous imaginez sinon ? Bon j'ai aimé et en même temps j'étais sur la planète Mercure, la planète des Homosexuels, je ne viens pas de Vénus mais lui de Mars, je viens de Hey Jupiter, et je suis une fille bleue. Elle aimait mon corps et moi j'étais incapable de vous dire si j'aimais le sien. Je n'étais pas choquée, interloquée. Comme je l'ai été avec mon premier homme (mon oncle ne compte pas). Celui que j'ai voulu. Le pire c'est qu'après l'amour je n'aime pas qu'on vienne me caresser pendant des heures. J'ai horreur. Je dois être inhumaine, je me sens inhumaine. Je ne supporte pas. Katia adore : et vas-y que je te pelote mes seins encore une fois. Alors que je m'étais rhabillée d'une chemise masculine ayant appartenu à Jean. L'autre-là, vous savez. J'ai remis ma culotte en dentelles. J'avais besoin. Avec un homme parfois aussi. De me rhabiller tout de suite. Ils le prennent tous mal. Elle m'a dit : je te dégoûte ? En souriant. J'ai dit : Non c'est moi avec les hommes je suis pareille. Ma voix était celle d'une chèvre. Oh mon Dieu. Je suis une espèce de veuve professionnelle, et je ne suis pas certaine d'aimer ça. Mais c'était bien et en même temps nouveau donc je n'arrivais pas à voir. Je n'arrive pas à vous dire. Car : je ne me suis jamais dégonflée. Devant l'obstacle. Devant le mur. Devant l'inconnu. J'ai mis ma main sur son sexe et j'ai aimé mais en même temps je ne suis pas amoureuse d'elle. Je vous fais chier, tant mieux, le jour où vous ne serez plus indifférent à tout ça, c'est que j'aurai gagné mon pari sur vous. C'est important pour moi de toucher un sexe appartenant à quelqu'un que je suis susceptible d'aimer ou que je serai susceptible d'aimer. C'est important. On ne donne pas son corps non plus à n'importe qui. Ceux qui ont été abusés le comprennent mieux que les autres : le corps s'il est sacré l'est d'abord pour soi. Comme j'ai fait avant, le donner à n'importe qui. C'est quelque chose d'absurde. Comme dit Tori Amos, give me peace, love, and a hard cock. Mais je ne sais pas. J'ai l'impression d'être dans un rêve alors que je suis éveillée. Enfin je crois. Mais si le rêve ne se termine pas, si je reste avec Katia à recommencer une seconde fois ? Elle est condamnée à la perversion je vous dis. Angéline. Ne lui jetez pas la première pierre alors. Merci pour elle. Je veux la paix, je veux l'amour et je veux du sexe crade.
Donc curieusement, je ne m'étais jamais autant sentie être une femme. Comprenez à l'aise dans cette peau. Bizarre. A l'heure actuelle, j'aurais peut-être envie de l'appeler. De lui dire : recommencer. Mais ce n'est pas comme ça qu'on fait chez les lesbiennes. Les vraies lesbiennes sang pour sang vont me haïr. Tant mieux à la limite. A moins que je leur envoie ma photo, là elles vont m'aimer. Mais je suis prétentieuse donc je plaisante. Les hommes me manquent. Un homme me manque. Une femme je ne sais pas. Katia je ne sais pas. Je ne sais rien. Je vous fais croire que je sais quelque chose depuis le début, mais je ne sais rien. Je n'ai jamais rien su. Je ne sais rien sur rien. Sauf que je suis vivante et que je parle. Pour le meilleur et pour le pire. Mon amour sur la table en formica je t'offre cette bague. Je t'aime. Les hommes me manquent, peut-être que je devrais plus les respecter. Peut-être que je devrais respecter Katia, que ce n'est pas bien non plus pour elle. J'ai été claire avec elle : je ne suis pas lesbienne. Elle a accepté de me faire découvrir. Elle me disait : je sens que tu es une lesbienne éteinte, une fausse hétéro. Mon radar lesbien s'est mis en route. Pourtant il faut aimer le phallus de votre mari. Beurk ! Et comment dire , il faut aimer, ça je le sais, il faut aimer ceux qui vous battent, ceux qui vous violent, il faut les aimer, mais pas avec l'aide de Jésus, et sa chemise jaune, il faut les aimer, il faut aimer, il faut nous aimer, il faut m'aimer, il faut que vous m'aimiez, ne serait-ce qu'un peu parce que je ne mérite rien d'autre, au fond de moi je le sais et si vous ne le saviez pas je viens de réparer. Pas à tout prix mais il faut aimer. A tout prix si mais correctement je veux dire. Il faut aimer la fille. La jeune femme. Le jeune homme. Ce pauvre Hervé. Et Olivier. Qui m'envoyait des messages. Il me dit qu'il est marié. Avec Christine. Pourtant son blog et son style d'écriture ressemblent à ce que ferait justement un célibataire en manque d'amour. Il me dit : tu peux te confier à moi. Il me dit : comment tu vas ? Je ne sais pas. Comment va la Maison des Morts ? Bien, elle fait comme d'habitude, Angéline et Katia couchent ensemble pour le pire et pour le pire et elle tourne, elle fait comme elle a fait hier et comme elle fera demain. Dans cinq mille ans, dans deux mille ans. Le soleil n'avalera jamais la terre car tout change tellement vite. Qu'il arrivera forcément quelque chose d'ici là pour empêcher que le soleil n'avale la terre. Et Mercure, et Vénus, et Mars. Les hommes viennent de Mars. On en voit tomber de l'espace quand vient la nuit. Dans les forêts sombres et inquiétantes. Dans les forêts inquiétantes la nuit.
Angéline
mercredi 26 janvier 2005
Payer la putain après le service
Alors j'ai choisi un homme bien évidemment. Comme psy je veux dire. Il m'a posé les questions habituelles, comme les anciens, comme cette femme pète-sec au physique difficile et à la sensualité de gant de toilette. Remarquez qu'on en a besoin pour se frotter. Emulsion. Emotion. J'ai choisi un homme banal, enfin pas mal pour son genre, mais un homme. Avec un coeur et un cerveau. Enfin je pense. Il m'a posé des questions, les pires sont ceux qui ne disent rien. Le tout premier c'était un homme et j'avais dix-huit ans. Un âge difficile même pour cette poupée barbie qu'était Marion. Elle a pleuré à la mort de Carlos. Elle qui me détestait tellement. Je voulais pas tomber sur un type qui ne disait rien. Qui me regardait dans le vide et qui notait ma façon de me tenir. Bien sûr je le dévisageais, ça le gênait. Comme il ne commençait pas, je me suis levée, je suis partie. Il n'a pas eu l'audace de demander d'argent. Alors le nouveau il est brun, look Juif, je crois qu'il est Juif ou Macédonien, ou alors Grecque, il paraît là-bas qu'il y a beaucoup de garagistes comme Jean, des gros pédérastes. Avec une femme je peux pas parler, bizarre. Je suis trop proche et puis elle serait obligée de me prendre en pitié : pauvre fille, le calvaire. Je ne veux pas de ça, au pire je veux un psy qui pense : pauvre fille, ce devait être dur. Raffarin ça devait être dur lorsque sa femme chantait "prendre un enfant par la main" avec l'endive à guitare Yves Duteuil, Duteil, Dumas, je ne sais plus très bien. Je l'orthographie comme ça. Bon, en fait il a du charme. Ce psy. Le transfert ça ne marche pas avec moi je l'ai prévenu tout de suite, j'ai juste besoin d'une écoute de quelqu'un d'inconnu, il n'y aura pas d'affects, pas de sentiments, ça sera professionnel comme rapport et à la fin je le paierai comme le bon client paie la putain après le service. Il n'a pas de barbe mais un regard noir. Il a des traits fins mais sa mâchoire est carrée et trahi sa virilité : je me suis rendue compte que parfois j'étais tellement mal que j'aurais voulu que n'importe qui me serre contre lui. N'importe qui. Vous avez déjà dû ressentir ça un jour non ? Je ne suis pas la seule. Il m'a demandé mon métier, mon âge, ce qui m'amène ici, si j'ai déjà consulté, si je suis un traitement. Oui je suis un traitement, et je ne fais pas que le suivre, je le suis. Je suis. J'avale des médicaments comme peut-être Jean un jour lorsqu'il aura le Sida. Ce n'est pas drôle Angéline, là tu vas trop loin. Me dira Rachel demain. Tu te rends compte de ce que tu dis ? Tu ne fais pas attention ? Tu vas être lue, les gens vont croire après que tu fais de la provocation juste parce que tu leur donnes à écouter les mouvements de ta pensée. Alors que ce n'est pas ça que tu fais, mais quelque chose de plus noble. Pour toi. Pour moi. Rachel dirait ça peut-être. A l'époque, on mangeait des crustacés, des langoustines, des crevettes du Lévitique, on les vidait, on suçait la chair, avec mayonnaise en tube sans goût. Elton John chantait Daniel, je n'aime pas beaucoup Elton John. Rachel s'en est allée vivre ailleurs dans un autre département, moi aussi, on s'est quittée, elle a suivi un homme. Elles suivent toujours tôt ou tard un homme. C'est pour ça qu'elles ressemblent à des chiens d'ailleurs. Qu'elles aboient et qu'elles mordent parfois. Un coup dans la gueule du chien et c'est mieux ainsi. Alors le psy, il m'a demandé avec délicatesse il m'a amené à dire, je le dis toujours très directement, car savoir d'où vient le problème ne vous permet pas de vous dire quoi faire pour qu'il n'en soit plus un. Il me scrutait lorsque je ne savais pas quoi répondre. J'ai tout raconté, enfin j'ai gardé des choses secrètes, je ne suis pas idiote non plus. Je donne de la vérité mais pas la totalité, il faut bien que j'en garde un peu pour moi sinon la folie me guette et je ne serai plus infirmière mais patiente. Rachel pleurait et son homme devait bien l'aimer, mais ils se sont quittés, il en a trouvé une mieux. Une mieux. Il était merdique cet homme il ne pensait qu'à la gloire ou qu'à se faire bien voir, à briller. Le psy me dit : vous alliez vraiment le tuer ? A votre avis que je réponds.
Et là, c'est quoi ces cheminées qui brûlent ? C'est nous. C'est nous qu'ils brûlent. Tu croyais que c'était des usines. Non, la neige qui tombe sur toi c'est de la cendre et dans les conduits c'est de la graisse, pas de la Grèce, mais de la graisse et c'est nous qu'ils brûlent parce que...parce que ben je ne sais pas trop pourquoi mais ils nous détestent. En Pologne aussi. Les Polonais. J'ai connu un Polonais, un gentil garçon qui mentait comme il respirait. Le mec de Marie a dit : ils font chier avec leur Auschwitz, leur Birkenau, leurs faux sentiments à la gomme. On ramassait les cadavres avec des crochets, on plantait des cadavres maigres, parfois à moitié brûlés déjà. On les mettait les uns sur les autres, ça donnait des visions Dantesque. On mettait le feu, on abattait les femmes, les enfants, on leur mentait aux Juifs nobles, pour qu'ils rentrent dans les fours, bien sûr ils n'étaient pas dupes lorsque nus ils rentraient vivants dans les grands fours. Ils étaient entassés nus et vivants dedans, ils pleuraient et étouffaient. On leur donnait du savon et on leur disait de respirer le gaz qui était un désinfectant. Et lorsqu'on ouvrait les portes, un tas de corps morts s'effondrait. Ils étaient tous allés frapper les portes. Certains étaient encore animés de spasmes. Peu d'entre eux avaient envie de penser à tomber amoureux. D'autres fours servaient à brûler les cadavres. Dans les baraquements, elle est morte avec sa soeur après son journal intime, du typhus. Elle, elle avait onze ans, sa famille fusillée devant ses yeux, elle était cachée. Elle est allée dans la forêt, pendant deux ans elle a vécu toute seule, elle délirait triste. Elle n'était qu'une enfant. Un jour un soldat Allemand qui passait par là a voulu la violer. Il l'aurait violée et il l'aurait tuée après si elle ne lui avait pas planté son couteau dans le ventre, à douze ans. Elle racontait ça des années après en pleurant. On jouait parfois de la musique pour des exécutions. Il n'y avait pas de Tunning, ni de SMS, ni de portables, juste la mort. Les enfants étaient envoyés à la mort par milliers. On enterrait parfois les gens vivants pour aller encore plus vite. On brûlait les tétons à vif. Les scientifiques, une odeur de cochon grillé qu'ils disaient en s'amusant. Le corps était démembré. Bien sûr les crochets croustillaient la chair des cadavres à moitié calcinés. D'un camp à droite et à gauche. A droite la vie, à gauche la mort. On arrachait la peau. On transformait la vermine à l'état de matière première. Les psys en pensaient quoi ? Il a survécu mais il n'arrive toujours pas à en parler. Soixante ans après. En passant, les gens faisaient un signe étrange, un doigt sous la gorge, de gauche à droite, ils ne comprenaient pas. Les chiens des Allemands étaient lâchés et allaient arracher de gros morceaux de cuisses. Dans la rue le SS a tiré dans le visage de son bébé et ensuite comme le sang a arrosé son visage et qu'elle hurlait, paniquée, elle a laissé tomber le corps de l'enfant par terre. Le SS a donné un coup de talon dans le visage qui n'était plus qu'une bouille de sang et de chair. La mandibule avait éclatée en morceaux. Le SS n'a pas tué la mère juste pour la souffrance. Sinon avant que les Allemands ne la trouve, la jeune femme de vingt-six ans devant le petit garçon qui est devenu un homme après la guerre jusqu'à aujourd'hui pour qu'il raconte : les Allemands arrivaient, montaient l'escalier, les bottes claquaient, tac tac tac, elle a préféré se tirer une balle dans la bouche, paniquée. Lui, il a sauté par la fenêtre du deuxième étage : juste le poignet foulé. La chance. Pour en arriver à : ils font chier avec Auschwitz, Birkenau. Que faisait Jésus pendant ce temps-là ? Hein ? En chemise jaune et cravate de circontance ? Non ? J'ai pris un quatrième rendez-vous avec mon psy je ne sais pas si les trois premiers me font du bien mais quelque chose à changé : j'ai laissé dire le mec de Marie, ses commentaires. Je ne me suis même pas mise en colère contre lui pour son idiotie. Sinon à part ça, Besame Mucho.
Angéline
mardi 25 janvier 2005
La Reine Charlène
C'était l'été 1997, Charlotte qui n'est pas son vrai prénom, qui en fait se prénommait Charlène mais bon ne sait jamais était avec moi, elle venait d'une sorte de club med à deux francs six sous où l'ennui est de prime et l'obscène de rigueur. Les Gentils Organisateurs (c'était ça ? je ne me souviens plus très bien) étaient chauds et buvaient beaucoup le soir. Il y avait des parties carrées à plusieurs dans les chambres. Charlène était, comme dirait un homme vulgaire une salope finie. Elle était blonde et pas franchement belle d'après moi mais elle me trouvait pas non plus très belle, donc on convenait que nous étions des filles belles mais pas de la même beauté. Elle purement sexuelle, charnelle, lumineuse, moi beauté intellectuelle, froide, ténèbreuse. Pas du même pays, elle était française d'origine slave. Elle m'avait dit. Cet été-là, nous avons beaucoup nagé dans les piscines, nous sommes allées au cinéma avec des garçons. Tous les jeunes à l'époque se précipitaient plusieurs fois de suite pour aller voir Scream. Le film était réputé terrifiant et connaissait des problèmes avec la censure un peu partout dans le monde : soi-disant qu'il poussait les jeunes à la violence et au meurtre. Charlène préférait aller au cinéma pour les garçons, moi parce que j'étais cinéphile et que j'allais tout voir, y compris les films de genre que j'affectionne beaucoup. Cet été-là, ce fut l'été du meurtre d'une femme noire, elle avait été retrouvée violée et assassinée près du cimetière où sont enterrés des gens à la famille de la femme de mon oncle. Cette femme s'appelle Marie du Ciel. Je traduis tout de suite. Marie du Ciel savait que son mari m'avait prise dans la paille. Je le sentais et je l'ai toujours senti. Voir le regard sombre qu'elle m'a lancé à la mort de ce dernier en 2002. Je ne suis pas allée à l'enterrement mais les jours suivants, j'ai mis mes vêtements les plus colorés : là-bas c'est un signe qu'on se moque de la mort de la personne, qu'on vise ses proches. J'avais fait exprès, comme une mini-vengeance contre son silence à elle, perfectionnée par l'aide de l'esprit mensonger de la société portugaise : en France nous avons le même. Enfin vous. Vous avez le même. J'étais comme anéantie : il ne m'avait pas laissé le temps pour que je le tue. Mais bon. Bref. Il y avait une allée de châtaigniers, à l'ombre on y allait avec Charlène. Claudia avait déjà un bébé, attendait un deuxième, c'était la catastrophe à mes yeux. Cette femme noire assassinée fut vite oubliée, les Portugais sont comme les Français, ils sont racistes, sauf qu'eux c'est moins les Arabes que les Noirs. J'ai vu sur Canal + dans le Zapping Steeve Boulay et Christine Bravo qui étaient offusqués par une phrase d'un type qui prétendait que les Français sont racistes. Ils disaient, les deux idiots : comment vous pouvez dire ça c'est pas vrai. Bienvenue sur Terre. Les humains à défaut d'être tous racistes sont pétris de bonnes intentions souvent, ça fait des bombes atomiques et des femmes noires violées et étranglées ensuite, laissée près des cimetières, certainement pour qu'on les enterre plus vite. Charlène me disait : elle a dû jouir avant quand même un peu : elle était le contraire de moi : cynique. Elle semblait ne pas réaliser l'horreur de la situation : bah Angéline on est là pour s'amuser. Je m'écrasais devant elle. C'était une rencontre estivale, un copinage avec intérêts à peine cachée : je voulais nourrir mes écrits et ma peinture des gens que je rencontrais. C'était le sujet de mon art, les autres. Et ce n'était pas original.
Charlène me disait qu'elle avait le clitoris percé. Je ne l'ai pas crûe. Elle m'a montré vaguement, en effet, et pas que le clitoris, le nombril. Dans ma tête je savais que je n'étais pas une fille comme elle, pas de la même race inférieure, que j'étais dans une autre voie, parallèle d'ailleurs, pas mieux, celle des éternels affligés. Je n'étais donc pas perverse, moi qui avais toujours cru l'être à cause du frère de ma mère. Mais non. J'étais loin d'atteindre le niveau de Charlène : si Dieu existait et qu'il comprenait les pensées d'une jeune femme, il pourrait comprendre mon désarroi face à la chair qui a poussé de la Terre comme les arbres et le reste. Le Prêtre disait au jeune homme : quand tu caresses l'écorce des arbres, tu caresses le torse d'un homme. Le prêtre trouvait que les térébinthes sentaient le sperme. Une odeur de foutre, je cite le Prêtre. Le Prêtre prenait le jeune homme pour un novice, la pureté lui donnait le vertige, son corps vieillissait il l'avait perdu. Tout n'est que Sexuel. Charlène me racontait ses attaques sexuelles : c'est moi qui viole les garçons. Je me suis bien gardée de lui dire ce qui m'était arrivé, je l'avais dit à Claudia mais Claudia était comme moi, une affligée. Le Prêtre du village avait une réputation de coureur de jupons, il allait au bar et saluait les hommes qui jouaient au poker à table avec des assiettes de chorizo fort ou pas, il buvait un rouge, c'était un original. Les vieilles mères ne l'aimaient pas. Sur les murs chauds de l'été portugais, les maisons défaites, ça sentait l'urine, une odeur d'urine de bière SuperBock. Elle n'aimait pas Charlène, enfin je veux dire moi. Je veux dire : ses seins en avant, son cul bien en arrière pour tordre, elle était tordue dans son âme. Dans tous les sens du terme. Je ne comprenais pas pourquoi la sexualité était un cas de conscience chez moi et que chez elle c'était un divertissement. Pourquoi l'importance se disputait à la gaudriole et au néant, pourquoi j'étais sérieuse et elle non. Un sexe d'oncle aurait pu la rendre sérieuse pour dix, comme moi pour vingt d'entres vous. Qui n'imaginez pas. Le pire c'est la fausse pitié. N'ayez pas pitié juste de vous-même lorsque vous donnez votre pitié à une femme violée, parce que la société ne sait pas en parler. C'est toujours selon des limites rigides, des codes pour faire propre. Un viol ce n'est pas propre, comme tuer une femme Noire. Qu'en pense Le Pen ? Cil ? Dans mon cas je croyais que j'allais y passer. Qu'il allait me tuer.
Dans le vingt heures, on va en parler platement. Je veux dire les filles qui en parlent et qui l'ont vécu jouent le jeu de celui qui l'interroge bien souvent. C'est de la guimauve mauve. Ou alors on se retrouve face à des hommes qui essaient de vous enfoncer encore plus en se moquant de votre douleur. On n'a pas parlé de leurs mères à ces garçons de maman chérie, l'image de la femme tronquée, l'image d'eux-mêmes en eux-mêmes dévastés. Ceux-là, je leur pardonne. Je leur dis comme Ralph Fiennes dans La Liste de Schindler : je te pardonne. Les filles parlent à visage caché ou alors il faut que ça soit une célébrité quelconque pour vraiment en parler mais ça tombe à plat souvent, car on va dire ensuite : elle dit ça pour un coup de pub. Le viol a bonne presse à la télé, ceux qui violent sont bien sûr des salauds mais finalement pas tant que ça. Finalement. Dans la tête de beaucoup d'hommes ou de femmes aux coeurs de pierre : l'alchimie entre la violence et le plaisir de la violence est délicate. Je n'ai pas ressenti de plaisir à avoir peur pendant. Je précise. Physiquement j'ai eu mal. Mais parfois, même, la victime peut très bien ressentir le plaisir des mécaniques, et c'est peut-être la pire des choses car finalement, dans la tête d'un basique ça sera : elle en voulait la garce. Souvent la douleur est rangée à l'étage des inférieurs car dans la société, montrer qu'on est bien sans écorchures intérieures c'est le top des tops. Mentir en fait, pour des questions de quoi ? De pouvoir, de fric, tout ça c'est un refrain connu. Je dirais que je n'aurais pas dû vivre cette chose qui m'est arrivée, et Charlène peut-être n'aurait pas dû jouer à l'époque les pétasses extraverties. Je dirais que j'étais destinée à autre chose et que le destin s'est bien moqué de moi quand même. Je dirais que cette expérience n'est pas un avantage contrairement à ce qu'on dit : oui mais la chose vous a rendue plus forte, plus courageuse. Pourquoi avoir besoin de courage alors que l'amour existe quelque part au niveau de mon plexus solaire ? Hein ? Cela ne m'a pas aidé et je m'en serais bien passé mais c'est vrai ce que j'en ai fait par la suite, ça m'a rendue celle que je suis aujourd'hui, c'est-à-dire une inférieure. Avec l'âme du sucre dans le coeur en somme. Vous voyez des yeux verts, des yeux marrons et hop, c'est l'amour. Pardon Jérôme mais j'arrête, je ne coucherai pas une seconde fois avec toi. J'ai fait ça parce que j'avais mal. Tu sais, dans ton torse d'homme il y a quelque chose d'invisible, un souffle, parfois tu as mal quand tu es frustré, ou quand ta mère meurt seule dans son lit vieille avec des couches pleines. Et bien une femme ça fonctionne pareil, nous sommes faites de vos côtes et vous êtes faits dans nos utérus. Dans son invisible, elle aimerait exister sans qu'on se rende compte qu'elle est moins forte physiquement, qu'elle a un trou à la place d'une queue et une poitrine un peu plus prononcée. Cette femme noire n'aurait jamais dû mourir et j'ai pleuré ce jour-là parce que je ne l'avais jamais connue : elle est morte dans d'horribles souffrances. J'avais du chagrin pour moi et pour elle car nous sommes de la même race : des inférieures. Qu'on viole ou qu'on tue, jetées près d'un cimetière. Je jouais souvent près du cimetière petite. Les morts étaient les derniers êtres de la planète à pouvoir me faire du mal. Sa famille a dû avoir tellement de peine et de chagrin. Je ne sais pas comment ils font pour supporter. La mort d'une mère Noire violée et assassinée justement parce que les autorités font moins de zèle avec les femmes noires violées et assassinées. J'ai de la chance, je suis blanche, quand je serai à nouveau violée et assassinée pour la première fois, on fera une enquête policière complète, et en plus, j'aurai sur moi un enquêteur charmeur comme dans les films, qui me parlera : Angéline, je te promets, je le trouverai. On connaît la chanson. Du même film. J'ai pleuré ce jour-là, les gens étaient tous au cimetière, des vieilles sales avec des cannes, penchées marchaient dans la poussière du Portugal. L'air marin. Les châtaigniers, l'allée que je vois encore maintenant : et mon sourire en voyant les enfants jouer avec des chiens errants.
Angéline.
lundi 24 janvier 2005
Les Féeries et le Loup
Cher Jean, j'ai quelque chose à t'écrire, j'aurai toujours quelque chose à t'écrire. A la question : si tu étais un personnage de cinéma, tu serais qui ? Je lui ai dit plein de titres et quand j'ai dit Michelle Pfeiffer dans la peau de Catwoman in Batman Returns de Tim Burton, Jérôme a tiqué. Je sais, tu es navré du processus qui m'a mené jusque là. Effectivement c'est triste, je me plains. Mais je t'en prie ne pleure pas : ou alors dans les bras de ton homme, ça m'ira mieux ainsi. On va dire : elle n'y arrive pas, elle va pas bien dans le deuil, et puis en plus elle raconte de plus en plus n'importe quoi. Alors comment faire ? Comment faire pour passer la crise ? Jérôme m'a dit alors, intelligent, qu'il aimait beaucoup Tim Burton, surtout son dernier film, Big Fish. A mes yeux son pire film. Un film vendu alors que Batman le Défi ne l'était pas. Sinon, il aimait beaucoup Quentin Tarantino moi qui n'en raffole pas, tu sais les Kill Bill. Où Lucy Liu et Uma Thurman que j'aime beaucoup sautent en l'air partout avec des épées. Comme dans Tigre et Dragon d'Ang Lee mais en pas pareil. D'Ang Lee j'ai beaucoup aimé The Ice Storm avec le beau Kevin Kline et l'impressionnante Sigourney Weaver. On dirait un robot cette femme tellement elle est belle. Je suis certaine qu'il aime aussi les films pornos ce Jérôme au look Edwards. Il a du charme, ce n'est pas le problème, tous les hommes n'ont pas du charme. Il n'est pas beau mais pas moche, il a son charme, et puis il est plus intelligent que je croyais, moi qui croyais qu'ils étaient tous...légers. Là, tu me dirais : arrête ton cynisme, certains vont croire que tu penses ce que tu dis. Ensuite ils vont prendre cette phrase et vont te la ressortir en t'expliquant : oui mais tu sais les autres hein ils sont moins bêtes que toi au final t'es gentille arrête un peu ton cinéma, maman. Tu me dirais que forcément, le jeu ou le je implique d'être touché là où le sang coule. Jean, tu ne devrais pas m'envoyer de SMS en me demandant si je vais bien après être venu lire ici ce que j'écris : oui je vais bien et je t'emmerde d'ailleurs. La chose te paraît clair ? Moi ça me paraît crystallin. Tu ne le prendras pas mal je le sais, car dans un cul de sac affectif, on dit souvent des obscénités. On ne peut pas faire autrement. Pourquoi j'aime autant Twin Peaks le film ? De David Lynch ? Pourquoi ? Parce que je suis comme Laura Palmer, je ne veux pas que les autres deviennent comme moi. Mais la plupart du temps, à ce niveau dans l'aîne ils sont pire. Pire. Je ne veux pas que vous deveniez comme moi. Je ne vous connais pas et je vous protège, c'est pas une démarche humaine ça Rachel. La société protège bien aussi non ? Rachel qui adore la série Les Sopranos. Vous ne voyez pas qu'on se débat avec les mots au lieu de faire des débats philosophiques stériles. Je ne suis pas stérile. Au début de ce blog j'étais avec quelqu'un, on voulait un enfant, j'étais beaucoup plus reposée dans mon coeur qu'aujourd'hui. Jérôme est prof. La différence entre moi et Laura Palmer c'est que j'ai pas été assassinée par mon père. C'est la seule. Mais non, je serais Catwoman dans Batman Returns : à l'époque Burton savait transformer de vulgaire film de super-héros en oeuvre d'art décalée à cent pour cent. Voir pour le croire Michelle Pfeiffer qui se fait un brin de toilette là juste pour se faire du bien. La neige ne tient pas. Ils se félicitent. Jérôme écrit aussi un blog, mais il n'a pas voulu me donner l'adresse, je lui ai donné l'adresse du mien, je n'ai pas peur ni honte de ce que j'écris. Pas satisfaite mais au contraire très fière. Les cons ça ose tout, je n'ai pas encore osé tout pourtant je vous certifie d'être très con. Jean dirait : attention, ils vont te croire ils sont débiles ceux qui te lisent. Il me l'a dit : des gens seuls. Je lui ai dit : on est toujours seul dans sa tête avec sa voix. Ce qui est dégoûtant c'est quelqu'un qui n'a pas peur de sa voix intérieure. Qu'elle soit prose ou slam, papier toilette ou serviette de table en tissu.
Un philosophe m'a dit : il faut briser nos chaînes mais la société ne veut pas : l'homme seul et intelligent lui fait tout pour que ses liens se brisent et qu'il devienne enfin libre. Il faut être libre. Là, Jean tu me dirais : tu as réussi à moitié le truc. Il te reste encore tes propres chaînes, les chaînes sociales, tu as réussi ma belle à les enlever. Tu ne vois plus par les yeux de la communauté. Jean, c'est vrai. Je suis très fière de ça. Mais attention que tu me dirais : des gens ont envie d'être méchant avec toi quant ils te lisent. Pourquoi ? Le narcissisme imposé ? La façon d'imposer certaines choses : "Le Pen est un porc" etc ? Heureusement que ses élécteurs ne te lisent pas, qu'ils passent leur chemin, qu'ils sont trop chastes pour ça. Tu me dirais : tu écris des choses pures, même les machins sexuels finalement mon amour. Tu es mon amour encore oui même si c'est fini et je suis bien sans toi comme j'étais bien avec toi, tu comprends quelque chose à cet étrange sentiment ? Non bien sûr, tu es très jeune encore ma belle. Tu te crois sortie de la cuisse de Jupiter. Jean m'a dit ça une fois, alors que ce n'était pas juste : on me dit beaucoup de choses pas juste, je dois supporter beaucoup beaucoup beaucoup de choses pas juste. Comme vous peut-être. Je ne dirai pas que je subis beaucoup d'injustice, je dirais de choses pas justes. La chose atténue. Jean, tu es sorti de quelle cuisse toi pour me dire ça ? Pas capable d'être non pas honnête mais intègre, je vais te dire, tu devrais aller aux toilettes, vider ton ventre de toutes ses ténèbres en priant ton labeur car tu portes une croix du Christ autour de ton cou sans même y penser, ensuite une fois propre, un lavement terminé, tu pourras aller te faire troncher par n'importe quel homme qui passera. Voilà qui est dit. Mais tu as raison, même les machins sexuels c'est pur. Le texte est pur. Le bloc. Sinon quoi d'autre tu me dirais : Marilyn Manson, tu n'avais pas autre chose à mettre ? J'aimais beaucoup Marilyn Manson en 1996, j'avais seize ans-dix-sept ans. J'écoutais beaucoup de choses mais quand j'étais en colère en peignant mes toiles, mes croûtes plutôt, je mettais sa musique inaudible, ça m'emportait. Je n'avais pas besoin de beaucoup c'est vrai. Jean n'est pas très Manson, plutôt Jazz, pour un garagiste...Norah Jones c'est du Jazz ou c'est de la soupe ? En tout cas c'est doux c'est bien. Toutes ces choses populaires. Jérôme écoutait Iron Maiden lui, ce n'est pas mieux que Marilyn Manson, au royaume des aveugles, les clairvoyants sont rois. Jérôme avait plus d'assurance cette fois-là que la dernière. Cher Jean, je n'ai pas pu résister à son charme : un jour Catherine Millet disait qu'elle avait eu du goût pour des hommes laids, je me suis dit que beaucoup d'hommes qui l'avaient aimée de n'importe quelle façon possible avaient aussi du goût pour les femmes laides. J'ai beaucoup aimé son livre. Tu m'avais dit en riant : un livre cochon. Et tu me trompais déjà certainement à l'époque. Donc tes jugements, tes jugements tu les emportes dans une autre pièce. De mes goûts, de mes saveurs, du mouvement de la pensée, de la chose la plus anodine, de la chose la plus importante, et mes globules rouges. Fais attention à mes globules rouges, je suis vivante, je suis quelqu'un de vivant et je ne me laisse pas faire. Fais gaffe Jean. Jérôme a un corps beaucoup plus beau que sa tête. J'étais agréablement surprise et les caresses vives et actives m'ont fait sourire les yeux fermés : j'étais bien nue contre cet homme nu, ç'aurait été une femme je ne sais pas je n'ai jamais essayé. Mais je crois que je vais avoir du mal, quand c'est pas notre sexualité, c'est pas notre sexualité. C'est comme ça la vie un jour on veut être avec quelqu'un et finalement Dieu nous met quelqu'un d'autre sur notre chemin. Dieu ou la croix du Christ autour du cou. Ils mettent des crucifix dans leurs maisons. Vous pensez que ça va vous protéger de l'extérieur ? Et de quoi on devrait avoir peur, de la bête dehors qui rôde ? Du loup ? Vous avez peur de ça ? Moi aussi mais je ne mets pas de croix sur mes murs, ça risquerait de faire des traces, je n'aime pas les traces dans l'âme qui restent alors sur les murs vous imaginez. Après il faut frotter. J'étais attirée de toute façon par Jérôme. Et ce n'était pas le désespoir ni la mélancolie qui me poussait. Mais un souffle qui vient peut-être de l'espace où il n'y a pas d'oxygène. Et qui me disait : vas vers lui. Donc dans son lit, dans son appartement, on s'embrassait dans le noir après, bien sûr j'ai regardé parfois sa décoration, il n'y avait pas de crucifix sur les murs, j'étais peut-être la bête qui rôdait et qui a su rentrer chez lui. J'étais gênée lorsque sa bouche s'attardait sur mes seins. Je regardais exaspérée en l'air. Les hommes regrettent le temps où ils mesuraient cinquante centimètres et qu'ils têtaient maman. Maman qui faisait la leçon. Avec ses deux biberons intégrés en elle. Mais ensuite il s'est rattrapé et là j'ai voulu m'oublier. Bien sûr, il avait oublié le préservatif, moi pas. Faut quand même pas déconner, on ne s'aime pas encore. Son corps me plaisait, son odeur. Moi aussi je portais à ma bouche ses seins pour voir et il semblait apprécier. Les gays connaissent bien cela : le téton est très sensible chez eux. Enfin je veux dire chez les hommes. Angéline Fottorino sous prétexte d'analyser le comportement amoureux tombe dans le plus plat des narcissismes, où la violence bête et méchante se dispute aux vérités de jeune fille livrées avec un monte-charge. Que son talent relatif d'écriture lui donne l'envie d'écrire est normal mais cela ne l'empêche pas de tomber dans le piège de la facilité. Fottorino crache sur toutes les figures connues de la société, pêle-mêle, peut-être avec plus de talent et d'affirmation qu'une Virginie Despentes mais ses croûtes ainsi exposées ne la sauvent pas des bas-étages des textes faciles et finalement prétentieux. Apparemment ça faisait longtemps que Jérôme n'avait pas couché avec une femme, je lui ai demandé après, dans les caresses calmes dans le noir quand tout est fini : il m'a dit : environ six mois. J'étais contente. En même temps j'imaginais toutes les masturbations qu'il avait dû faire en six mois de temps le prof. Jérôme me regardait avec les étincelles vous savez, des fois faut coucher avec quelqu'un pour l'aimer. Même si c'est un amour débile. Il m'a dit avec une voix qui ne trompe pas : à quoi tu penses ? C'est mauvais signe lorsqu'ils disent ça. Malgré l'obscurité, on devinait certains de nos traits, je lui ai fait un grand sourire découvrant mes dents blanches : un sourire chaleureux. Du style : ne t'en fais pas, je suis là. Et peut-être même que je vais te revoir toi. Finalement, il était beau après avoir joui en moi. Cher Jean je voulais te dire tout ça. Je voulais te parler de mes féeries qu'on ne voit pas et de mon loup qu'on fait fuir à coups de crucifix sur les murs. Dans les maisons. Où nous sommes tous bien au chaud. Où nos affaires sont bien pliées dans nos tiroirs, dans nos placards, dans nos buffets, dans nos commodes, dans nos boîtes, dans nos coffres secrets. Alors Jérôme, avant de s'endormir dans le noir complet m'a demandé encore : si tu étais Michelle Pfeiffer en Catwoman, je devrais faire attention à ne pas tomber amoureux de toi alors ? Et bien je lui ai fait un deuxième grand sourire et un vrai. Mes sourires sont vrais. Quant ils sont faux, c'est que je n'en fais pas.
Angéline.
dimanche 23 janvier 2005
The Time is Now
Si j'étais nerveuse c'était parce que mon divorce allait être prononcé. Je n'avais pas la force d'y aller. Car il m'a dit : moi j'y serais. Et bien vas-y je lui ai dit au téléphone. Mon avocate m'a dit vu le dossier : aucun problème, je serai là, moi. En fait elle connaît bien l'avocat d'Edgar. Elle le connaît très très bien. C'est plus ou moins un pote. J'étais nerveuse à cause de ça, donc c'est pour ça que vous me preniez pour une manipulatrice. Je ne pouvais pas vous le dire, je voulais le vivre pour moi et l'écrire ensuite. Car tout ce qui tourne pas rond j'ai envie de l'écrire comme la Maison des Morts. Edgar tu m'as emmené partout, en Italie, en Espagne, en Grèce. Le Maroc, on a pas eu le temps de le faire, tu buvais, tu me frappais. Je regrette d'avoir été une de ces femmes battues complètement perdues et désorientées, je regrette de t'avoir laissé faire lorsque tu m'as cassé l'avant-bras. Je ne peux plus voir un uniforme dehors sans penser à toi. Ce n'est pas douloureux c'est désagréable. Comme un toucher rectal. Il faut prendre le plis. Tu as pris le plis. Je ne voulais pas y aller, je ne pouvais pas. Tu m'as dit au téléphone : on devrait boire un café ensemble, pour fêter notre échec aux yeux de la société. Aux yeux de la société ? Tu parles toujours avec un air faux, un air emprunté, tu fais les grands seigneurs mais moi je sais et tu sais que je sais que je t'ai vu. J'ai vu ce que tu valais. Mon dinosaure. Tu es un fossile pour moi maintenant. Aux yeux de la société mais je m'en fiche. Le fait que tu aies été flic a joué en ta faveur avec les preuves que j'ai apportées, ils auraient pu te poursuivre, mon avocate m'a dit : il a joué des relations, et en fait, ils vont lui faire casquer sur la pension. Elle m'a dit ça comme ça, casquer. C'était curieux dans sa bouche ce mot, cette expression. On ne va pas prendre un café ensemble Edgar. Au Maroc, tu y allais pourquoi déjà ? Pour les petits garçons ? Huit, neuf, dix ans. Onze ans. On est encore petit à onze ans, même aujourd'hui malgré tout. Tu ne le savais pas ? Qu'on ne couche pas avec un enfant qui te dit : monsieur monsieur, fais-moi l'amour fais-moi l'amour. Et qui te demande de l'argent. Bien sûr il demandait. Mais on ne dit pas oui à tout. Par exemple, Jean-Marie Le Pen dit non quand on lui dit que les chambres à gaz ont existé. Il devait prendre dans ses bras ses filles bébés déjà boulottes, son cuisinier est noir ça prouve qu'il est pas beaucoup raciste, juste un peu. M'enfin bref, j'ai beaucoup pleuré je me souviens, comme l'autre, je me souviens, dans la salle de bains avec les photos pédophiles. Merci d'avoir brûlé mon coeur, d'autres avant toi l'ont fait pour rien, je n'avais rien fait de mal à personne, merci. Et après aussi. Encore. Donc je vais faire un tour au pays des lesbiennes, tu vois, pour l'écrire ensuite. Je vais ramener Katia chez moi un soir. Et on va voir ce qu'on va voir, peut-être qu'avec une femme. Même si ce sont les mêmes mensonges, les mêmes délires, plus ou moins. Edgar, au Maroc, tu n'aurais pas dû sucer un petit garçon et lui donner du fric après. Tu sais pourquoi ? Non, tu ne vois pas bien ? Ton père a dû te faire quelque chose petit. Vu vos rapports. Devant lui tu t'écrases, merde tu as cinquante ans passé. Tu t'écrases comme le petit garçon que tu as été. Merci Papa Richard. Bravo d'avoir tué ton fils pour en faire un pédophile non assumé. Marc Dutroux a plus de charme. Tu étais si pur au début ou moi si aveugle je ne sais pas. Si gentil, si intelligent, si posé, si calme, si courtois, si clair, si lumineux. Tu cachais bien ton jeu. Ceux qui me traitent de manipulatrice n'ont jamais vu de vrais manipulateurs, ils devraient s'inquiéter ou vieillir un petit peu plus, ça leur ferait pas de mal. Et je ne suis pas naturaliste. Je m'en fiche. Je suis Angéline, c'est mon prénom que voulez-vous que j'y fasse ? Je ne pouvais pas y aller. Non. Mon avocate a appelé : super qu'elle m'a dit. Ah bon, on divorce, super. C'est super. D'après elle, la pension va m'aider considérablement : traduire : je vais pouvoir la payer sur plusieurs mois. Plus vite que prévu. Les avocats sont aussi des fossiles. Je voulais remettre à l'endroit les choses qui ne tournaient pas rond, en tout cas celles que je pouvais mettre à l'endroit. Refaire ce qui avait été oublié, j'ai oublié d'être moi-même. Me casser l'avant-bras Edgar, c'est le meilleur service que tu m'as rendu avec le recul. Tu aurais dû le faire plus tôt, je t'aurais quitté plus tôt. Et peut-être que je n'en serais pas à me dire aujourd'hui : tentons l'amour avec une fille. Katia, une arabe, une belle arabe lesbienne. Plus belle objectivement que les filles boulottes de Le Pen qui ne sont pas sexy, tout comme leur père. Marie ce soir m'a dit : on va fêter ton divorce ma belle, j'irai donc fêter mon divorce je suis sa belle, et il y aura son connard de syndicaliste qui ne m'aime pas, normal c'est un chien cet homme, divorcé il y a longtemps, abandon de femme et d'enfants. Je ne devrais pas juger mais c'est vrai, il a tout abandonné. Femme et enfants, sans donner un centime. C'est un salaud. Il avait peut-être ses raisons mais les Momies d'Egypte avaient les leurs. N'est-ce pas Edgar, tu voulais m'emmener en Egypte voir comment on pratiquait l'inceste, comme au Maroc avec les petits garçons : monsieur monsieur fais-moi l'amour fais-moi l'amour. Tu m'as raconté ça ivre et tu te lâchais lorsque tu étais ivre. Fais-moi l'amour fais-moi l'amour. Tu avais l'air de dire : je ne pouvais pas résister il était trop mignon. J'ai pleuré toute la nuit après. Tu ne le sais pas et tu t'en ficherais si tu le savais. Tu devrais aller au Diable. Et je te hais. Mais ce n'est pas un règlement de compte, je n'ai jamais régler mes comptes ici, je ne vois pas l'intérêt. On n'est pas là pour s'insulter. Pauvre con. Mais tu me disais : ton talent explose lorsque tu es sur la voie de l'intime, lorsque tu exprimes tes sentiments comme des boules de feu que tu craches de ta bouche en direction du coeur du lecteur, c'est pour ça que ça provoque des réactions bizarres, souvent bien, mais souvent à côté. Tu ne contrôles pas, encore moins que ceux qui écrivent des inepties. Ta confusion a un sens profond qu'on arrive pas à déceler. Tu n'as rien compris Edgar : je n'ai pas de talent, être lucide ce n'est pas avoir du talent, c'est souffrir en regardant les étoiles la nuit au Portugal en plein été. En bas dans la vallée, au clair de lune, on voit les feux des pyromanes, il fait tellement chaud qu'on ne peut pas dormir. On voit dans les ténèbres la rangée de châtaigniers, tu vois Edgar nous ne sommes jamais allés au Portugal, tu voulais casser la gueule à mon oncle, le mettre devant ce qu'il m'avait fait : mais c'était un mensonge de plus de ta part bien sûr. Je ne t'en veux pas tu sais. J'ai l'impression d'être responsable de ta pédophilie. En même temps mon avocate : on n'a pas de preuves concrètes, vous avez déchiré les photos. J'étais perdue et je ne comprenais pas. Donc les photos à la poubelle. Je suis bête parfois. J'aurais dû les garder : même qu'elle m'a dit. Elle se lâche, elle aura son fric qu'elle attend, elle tenait à ce que je m'en sorte avec justice, elle tenait à ce que justice me soit rendue, que je le méritais, que j'étais un exemple pour les jeunes femmes. Etc etc. Je n'ai jamais couché avec des avocats. Je couche avec des profs, des garagistes, des homosexuels refoulés et dégueulasses, mais pas avec des avocats. Cela m'exaspère, je me demande : quand deviendrais-je enfin bourgeoise ? Sinon dans les autres blogs, on ne parle pas de divorce, on parle de, je cite l'auteur : "mes coups de gueule, mes envies, mes larmes, mes goûts musicaux, comment je profite de la vie". Profiter. Le mot le plus moche que j'ai jamais entendu. Comme si c'était gratuit. Les Hutus, les Tutsis. Les Incas, les Momies d'Egypte bien sûr, Edgar voulait voir les pharaons dans leurs sarcophages, on devrait aller à Paris, rue des Artistes. Tu verrais la Tour F.L. comme elle est belle. Edgar a connu Charles Trenet dans sa jeunesse, je ne vous l'ai jamais dit ? Charles a couché avec Edgar. Vous voulez avoir des détails croustillants ?
Allons-y. Charles Trenet ne jouissait qu'en se masturbant. Edgar lui pinçait les tétons c'était tout. Trenet jouissait, hop. Se nettoyait. La sodomie il n'avait plus l'âge des exploits. Bien sûr, je fais du mauvais esprit, honte à moi. Honte à moi de raconter ça, qui est vrai. Trenet amenait de jeunes garçons, à l'époque c'était pas encore de la pédophilie, tout au plus de la pédérastie. Des jeunes, aujourd'hui les associations contre les viols d'enfants hurleraient d'horreur. Des momies du Pérou. Elles auraient tort car : monsieur fais-moi l'amour, fais-moi l'amour. C'est logique. Trenet ensuite mettait un peignoir blanc je crois et allait jouer au piano des mélodies. A Cabourg, avec son frère de lait, Edgar couchait aussi. Trenet ensuite chantait la mer, douce France, y'a d'la joie, Proust dans son lit qui ne vivait plus que dans son lit, etc etc. That's it. Si on savait comment couchait les artistes, ce qu'ils feraient dans leur intimité, et pas leur intime arrêtez de confondre par pitié, on les écouterait avec une autre oreille c'est certain. Mais c'est bien de ne pas tout savoir. Comme moi, j'ai la ferme intention de goûter au fruit féminin dans peu de temps. Maintenant que les hommes sont derrière moi, sans mauvais jeu de mots. Vous ne le saviez pas ?
Angéline.
Rocky Horror Picture Show
Je vous préviens tout de suite, c'est mon dernier post sombre. Et puis j'ai pris en pitié les pervers qui trouvent ce blog dans des demandes cochonnes. Donc ce post leur est dédié, parce que j'ai eu un peu pitié. Et comme j'aime venir en aide aux gens, c'est mon métier, et bien je le fais. Je me suis souvent demandée ce que penseraient de moi mes collègues s'ils lisaient tout ça. Chose que, normalement, un écrivain, un vrai, ne se demande pas. Ou alors en secret. Pas pendant que j'écrivais, après, bien longtemps après. Et bien j'en suis arrivée à la conclusion suivante : si j'écris c'est fait pour lire. Même lorsque j'ai embrassé cette fille. Ma vie je la passe à la moulinette, ensuite vous avez le nectar, l'essentiel, c'est peut-être pour ça que c'est lourd ou que c'est pesant, tout le monde n'est pas capable de mettre des anges dans les mots. Ou des fleurs bleues. Tout ce que je réussis à mettre ce sont des démons et des clowns débiles qui se prennent pour la Vierge Marie ou qui se regardent dans un miroir. Sinon je voulais dire que j'ai fait exactement ce qui me répugne, j'ai pris quelqu'un pour avoir des rapports sexuels avec lui. Les hommes sont choqués d'être utilisé. Je veux dire les hommes qui sont honnêtes. D'habitude les hommes n'aiment pas vraiment bander, ce n'est pas bander qui est agréable, c'est se masturber. Surtout si c'est par une main féminine. Enfin lorsqu'ils ne sont pas gays, c'est de plus en plus rare. Je plaisante. Mais le choc c'est le toucher. Cette main féminine qui touche la partie la plus...intime d'eux. Et surtout le scrotum si sensible. En eux, il n'y a rien, ils se sentent vides, en se vidant les testicules, c'est la volonté de se remplir l'âme qui explose. C'est visible. Alors le désarroi naît lorsqu'une femme leur tend une lance : l'eau qui a coulé de ton torse t'a-t-elle appris quelque chose ? Non bien sûr. Mais ce n'est pas grave. Pour celles qui aiment, la bouche est un sas, dans la gorge, parfois elles tiennent longtemps le chibre. Pourquoi est-ce si bon Margaret ? Ils posent la question en sueur, les yeux fermés la tête en l'air. Avec leur femme, ça n'est pas pareil, ils ne demandent pas, leur femme trouve que la fellation est une perversion. Leur femme est une poupée sociale. Les petits pervers sont allés bien au-delà depuis des années déjà. Ils veulent du violent : Que la fille soit niquée à mort, qu'on lui crache sur la gueule, qu'on lui foute des baffes, qu'on la nique à mort. La mort revient souvent comme la grande soeur du sexe. Ils veulent que la fille lèche leur anus. Et qu'ensuite on la force à faire ce qu'elle veut pas. Un viol consentant. Beaucoup de fantasmes de viol car le viol c'est la seule solution de forcer quelqu'un à t'aimer, ils pensent dans leur inconscient. Comment je le sais ? Je suis allée voir tout simplement. Sinon cette émotion toujours intacte, lorsque le sperme gicle, c'est le résultat de quelque chose. Beaucoup de sperme, c'est à double tranchant. Il y a la satisfaction d'avoir giclé beaucoup, mais aussi, comme disait Jean : la honte de la pleureuse. Les mecs qui ont la pleureuse. Ils ont leurs mots bien à eux sur la sexualité. C'est lié à leur manque d'éducation. La femme en revanche n'a aucun résultat, elle s'agite, elle caresse ses seins. L'homme a voulu lui en tordre un. Les fantasmes nourrissent leur impuissance. Par exemple en banlieue dans les caves. Les filles bonnes, les petits gays rebeu, les témoins craigneux. C'est incroyable ce liquide blanc, ils aiment la texture pour la plupart, l'odeur, c'est agréable, de se souiller, car le sexe dans leur tête relève de la souillure. C'est profondément enfoui bien sûr. Dans le mouvement de la pensée, ils sont dans leur voiture au stop, ils voient une paire de fesses bien moulées, ils sont dans les chiottes près de l'église non loin de la mairie, ils sont gays et hop, ils bandent. Sur les portes des numéros de téléphone : tu aimes te faire sucer à mort (à mort toujours), tu aimes m'enculer, viens vite, phone-moi. Ils ne disent même plus : téléphone-moi. Mais c'est dépassé Angéline, tu ne savais pas ?
Cette émotion si palpable et qui fait battre leur coeur à cent à l'heure. Ou alors plus ils retiennent d'éjaculer et plus c'est puissant après. Des fois ça retombe à plat, ils se sentent comme des cons, la journée va mal se passer. La petite serviette dans la table de nuit. Ou alors le lubrifiant, quant ils sont gays. Soyons nul deux minutes. Jean doit en racheter depuis qu'il est avec Marc. Du gel je veux dire. Jean-Marc et Marc, n'aurait-il pas pu choisir un garçon qui ne s'appelle pas Marc ? Il paraît qu'il est gentil : Jean tu dis le contraire de ce que tu me pleurais il y a deux semaines. Tu es étrange ou alors tu n'as pas de parole, l'un ou l'autre. Je sais que tu n'aimes pas que je raconte les machins sexuels cependant le garçon lui a éjaculé dans la bouche au mauvais moment. Ensuite, comme il était vexé il allait sur les blogs des familles dans canalblog, ça l'excitait de voir des mères pondeuses étaler leurs chefs-d'oeuvres de bébés en mettant des messages du style : voilà mon premier fils, je suis émue, il a cinq heures. Snif. Son sexe aussi. Snif. Dans la voiture, il se masturbait dans la voiture. En public c'est encore meilleur. Ou alors avec moi dans le garage. Lorsqu'il était en moi et que je sentais bien que je partais dans ma tête et dans mon corps, mon coeur à cent à l'heure et que j'étais ailleurs, que les murs du garage partaient, je fermais les yeux, le rouge me montait aux joues comme avec Mike, sauf que Mike ne voudrait pas coucher avec moi même comme ça pour faire connaissance, Jean lui semblait s'acharner avec douceur sur son travail rendu à l'heure. Je l'aimais, je jouissais relativement souvent avec lui. Alors qu'il faut me prendre bien et longtemps pour que ça monte. Comme la moutarde. Ils aiment être paillards. C'est drôle, ahahahahah. Mouais. Les sites qu'il préfère : s'insurger contre Britney Spears. Il aurait été un peu plus digne, lui qui écoutait de la bonne musique, il n'aurait pas parlé de cette salope car : c'est comme le cunilingus, c'est une question de goût après tout. On écrit des choses comme ça pour comme dit Stephen King que je n'aime pas lire d'ailleurs : comme d'aller aux toilettes se débarasser de quelque chose. Son grand fantasme c'était d'éjaculer sur ses excréments. Il avait le Sida, il écrivait des livres sur Isabelle Adjani, et aussi à l'ami qui a oublié de je ne sais plus quoi. De lui sauver la vie. Qui ne m'a pas sauvé la vie. Un très beau livre, le début des années quatre-vingt-dix. Elle avait onze ans. Elle était petite. Tu ne le savais pas ?
Lorsqu'ils voient qu'on est bien roulée, lorsqu'on joue à les allumer il y a la mécanique de la Maison des Morts qui se met en place, c'est-à-dire l'éternel tartare dans lequel ils tombent tous. Je devrais dire on mais je dis ils. Après le sexe, ils voient qu'ils ont faim. Une fringale. Ils allument la télé. Ou alors ils vous caressent, vous avez envie de leur mettre un genou dans les parties. Vous n'aimez pas qu'on vous caresse. Votre oncle vous a caressé après. Son sexe en vous a dû éjaculer, vous n'avez plus le souvenir précis. Mais généralement : un pénis éjacule dans un vagin. C'est fait pour ça à la base. Un pénis dans un anus c'est pareil. Ils vous caressent, alors qu'ils ont fait en vous, comme pisser ç'aurait été pareil, ils ne comprennent pas que vos pensées sont fracturées et que ces fêlures sont pour adultes. Ils sont débiles avec leur virilité mal ravalée. Ou alors ils se prennent pour des filles avec bas et talons aiguilles, que c'est laid. Les hommes hétérosexuels ont aussi des fantasmes homosexuels. Ils sodomisent les femmes mais en fait c'est comme s'ils sodomisaient de jeunes hommes. Le prêtre sodomisait bien le jeune homme en imaginant qu'il s'agissait d'un être sans sexe mais avec des seins sans tétons. C'était à l'envers et c'est pèrevert. Mais ça n'était pas drôle, le prêtre il a eu le Sida, les gens de l'église lui ont dit : dehors. Au Prêtre. Ils ont mis des années, avant ils cachaient le sexe sous la soutane. Pourtant on voyait l'équerre que ça formait. Trêve de plaisanterie, des fois on a envie de caresser un chat quant on voit tout ça et d'ouvrir la fenêtre en grand, qu'on soit tranquille quand tout va bien. Tu voudrais que tout soit beau. Mais ça ne l'est pas. Ils mangent sexe à l'air, à moitié mou et à moitié dur un morceau de melon dans le frigo. Ils ont parfois des pulsions de meurtre pendant la pénétration. La fille pleurait toujours, son mec adorait la prendre pendant ses règles. Elle avait mal elle était énervée. Elle n'en pouvait plus. Enceinte, elle ne pensait qu'à avorter de cet homme qui était une merde, objectivement. Elle rêvait de sa mère morte, elle la voyait près d'un bloc de glace dans une chambre froide avec des fleurs gelées. Et des étoiles par terre cassées. Des étoiles de Noël. C'était intense. Elle se réveillait, il bandait à mort. Merde quoi. Il adorait la prendre enceinte, il adorait l'enfant en elle qui était un garçon. Le sperme devait gicler au fond, il se disait, sur le gosse, mon gosse. La chose l'excitait. Il est toujours vivant et je ne vois plus cette fille qui était plus malheureuse que moi, moins forte aussi. Elle aurait voulu sucer mais ne savait pas comment faire en fait. La chose la dégoûtait mais elle le faisait pour lui : mais Anne, je t'aime, tu ne veux pas me le faire ce cadeau ? Angéline avec Paolo, elle vous a raconté aussi, elle le faisait bien. Mais c'était pas son truc. Elle n'est pas gay, elle n'aime pas avoir la bouche pleine. Ou alors dans les années 30 elle aurait fait fureur. Elle aurait sauté tous les mecs à sa portée. Sur des violons déprimés. Et des trompettes désabusées. Elle riait pendant l'amour avec un gars qui s'appelle Rémi. Angéline. Un casse-croûte qu'elle disait avant, elle était tellement malheureuse, tellement à plaindre la pauvre, elle pleurait ensuite, elle était condamnée à la perversion. Une nuit avec Rémi. Il essayait de la faire jouir et elle, elle riait, chatouillée. Il se rendait pas compte qu'il rentrait même pas en elle, à trente-cinq ans et elle vingt tout juste, c'était grave, elle en savait plus sur la chose. Et l'amour ? Tu ne savait pas que ça existait aussi ?
Finalement les nuits lorsqu'ils sont seuls dans leur tête ils se réveillent, ils n'en peuvent plus. Se masturber fait passer le temps, regarder sur le net les sites pornos US. Ce qu'ils aiment ? Sean Paul et son R'n'b foireux. Dans le livret, c'est : merci Dieu de m'avoir donné mon talent. Gros con. La musique, ils sont attachés mais c'est des trucs de jeunes hommes à la dérive : Jeff Buckley, Portishead, Radiohead, Massive Attack. Des trucs biens mais qui lassent un jour. Ils ne comprennent pas qu'on ait pas les mêmes goûts qu'eux, qu'on se dise : se faire lécher le clitoris est meilleur que lécher leur putain de gland qu'ils ne lavent jamais. Le prépuce enlevé, c'est cachère et en plus ils sont propres pour la vie. Regarder Jean-Marie Le Pen, il sera sale dans sa bouche à vie, mais il assume, il faut bien qu'on parle de lui un peu avant son décès. Le sauveur de la France, tu parles ! Comment baisait-il les femmes au fait ? Là, je crois que je tombe dans la diffamation mais je vais dire ceci et mes lecteurs vont me soutenir : on dira que c'est de la poésie personnelle. C'est comme ça. Pour se défendre. On leur dira, vous ne le saviez pas ? Ils pleurent seuls parce qu'on ne sait jamais. Leur mère leur manque, leur compagnon de chambre. Ils sont amoureux d'un homme mais dans le milieu homo, la franchise...C'est vrai, Jean était hypocrite. Et moi aussi d'ailleurs. Je devrais aller coucher avec Katia, on jouerait à broute-minou ensuite on ferait saute-mouton. Je dis ça parce que j'en peux plus de la guimauve : je t'aime mon amour mon petit lapin mon petit lapin d'amour. Le lapin devant Angéline a été écorché. Les gros yeux, le sang, on lui a ouvert le ventre, elle a pleuré, elle était petite. Et c'était où ça ? Dans ce pays de pères-verts, le Portugal. Elle l'aimait de tout son coeur mais son coeur ne l'aimait pas de la force de ses tripes. Le sang leur monte aux joues lorsqu'ils s'aident des talons et des orteils pour pousser, dans le trou qu'ils remplissent de leur pénis. Le fantasme c'est aussi la douleur. C'est la douleur. C'est la douleur qu'on ressent et qui fait plaisir. Angéline demandait à Paolo : gifle-moi, ensuite elle pleurait en regardant l'océan et le crépuscule si beau : elle aurait voulu un homme qui la tue en la violant. Pourquoi son corps n'était-il pas mort avec le reste ? Tu peux me le dire ?
Leur résultat sur la peau d'un autre, ou d'une autre, lorsque le liquide coule, lorsqu'il voit le partenaire le visage tartiné, c'est un autre choc. Ce matin j'ai mangé comme une cochonne des tartines à la confiture de fraises. Avec du beurre. Et un bol de lait au cacao. Je prends mon temps sinon c'est un petit café de ma senseo rouge. C'est vrai. Et je me suis dit en me voyant dans le miroir, en ayant retrouvé de vieilles photos de moi et d'Edgar que je pensais perdues à jamais, dans le mouvement de la pensée devant le miroir les photos dans ma tête, je me suis dit : tu te rends compte que tu es quelqu'un de bien, une belle personne, tu ne le savais pas ?
Angéline.
samedi 22 janvier 2005
Dieu parfois
Katia a vingt-sept ans. Elle a été élevée dans la religion musulmane. Elle m'a embrassée hier soir sur la bouche avec la langue, comme je n'étais que mélancolie cabossée, je me suis laissée emporter par ce flux, par le flux de la tendresse, certes entre deux femmes mais tendresse quand même. Douce. J'ai aimé ce baiser car elle embrasse bien. Je suis hétérosexuelle, je lui ai dit elle n'a pas voulu entendre ce fait, elle a fait comme si. Faire comme si. Son père est musulman. Sa mère est musulmane. Couverte de la tête aux pieds, hiver comme été, printemps comme automne. La prière plusieurs fois par jour. J'ai appris avec un type à l'hôpital à faire la prière. Il voulait me convaincre de devenir musulmane. Je lui avais répondu avec ironie : je ne vais déjà pas voter donc la religion...Bref il m'a appris les rites. Se nettoyer les oreilles, la bouche, les pieds, les mains. Dieu a besoin de tout ça ? Il faudrait lui demander personnellement. Car voilà le message véhiculé : même si être lesbienne était marcher dans la voie du péché, il me semble que dans n'importe quel texte religieux Dieu dit : choisi. Choisi ton chemin, quel qu'il soit. Mais : il y a pire que l'eau froide, il y a l'eau tiède. C'est pire. C'est pire. Katia ne croit pas en Allah. Elle l'emmerde, d'après ses propres dires. Elle emmerde ses frères aussi, qui surveillaient ses moindres faits et gestes avec les garçons : ils étaient cons, m'a dit Katia, parce qu'ils voulaient que j'aille avec les filles, ils ne savaient pas que j'étais lesbienne. Quand on leur a dit je me suis faite casser la gueule presque. Par mes propres frères. Elle ne les voit plus aujourd'hui. J'avais pris un café-crème et elle un café normal. A la soirée du nouvel an je l'avais vu boire des demi, elle avait fait un concours idiot et pas drôle à mon sens avec un des gays de l'écurie de Jean-Marc V, mon ex-amant amoureux amouraché assassiné. Elle était avec Cécile. Cécile qui m'a envoyé un e-mail je ne sais pas comment. Me disant que Jean me trompait et que c'était de notoriété public dans le cercle de ses amis. Bref, je ne vais pas revenir là-dessus, peu importe. Katia l'a quittée à cause de ça. Katia voulait me voir vite après, mais j'avais dit : non, pas tout de suite. Je sentais le coup venir. Je me suis perdue avec Jean, un gay qui ne sait pas ce qu'il veut vraiment, une femme, des enfants ou un anus masculin à lécher et à remplir. Pardon de parler comme ça, ce n'est pas ma vraie voix, je m'excuse, c'est la voix de la Maison des Morts qui revient parfois. C'est la voix d'Angéline Morte qui revient, elle ne devrait pas revenir puisqu'elle est partie ces derniers temps et que je suis bien dans ma mélancolie en sourdine, c'est ma fenêtre à moi et ça n'est pas noir contrairement à ce que dit Solicia, c'est blanc. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Katia me regardait comme un homme attiré aurait pu me regarder, me convoiter, me désirer. C'est gênant, je ne me sens jamais flattée d'être désirée : il faut faire attention aux requins qui nagent dans les rues. Dans l'air. Katia m'a parlé très ouvertement et très franchement de son histoire. Elle n'a rien de féminin, seul son visage la trahit. Mais elle s'habille comme un garçon, d'ailleurs la première fois que je l'ai vue en octobre dernier je me suis demandée : femme ou homme ? Mais la plupart du temps, les androgynes ne sont ni beaux ni moches, ils sont, alors qu'elle, c'est une fille androgyne mais belle. C'est rare. Je me sentais à l'aise avec quelqu'un qui me parlait avec franchise de son histoire : j'avais l'assurance que mes histoires les plus sombres n'allaient pas être mal jugées ou mal interprétées. Je n'ai pas été jugée avec Katia. Et donc en retour je lui ai rendu son cadeau : je n'ai pas jugé. Contrairement à une vieille soirée avec des syndicalistes. Ils font beaucoup de notes de frais, ils trichent beaucoup dans leur propre métier pour l'argent, à leur place j'en ferai autant mais moi ça me dépassait qu'on puisse accepter un système pareil. Que l'hypocrisie soit devenue drôle et amusante à pratiquer. Périlleuse mais fun. Un gros type qui buvait sur sa chaise disait : j'ai fait passer plus de mille balles de faux frais de déplacement alors que je suis resté chez moi à bouffer du cassoulet, et ils n'ont rien vu dans le site, au bureau. Ce soir-là, personne ne m'a draguée et heureusement, je n'étais pas d'humeur (vous allez dire que je suis rarement d'humeur mais c'est faux). Rires : ahahahahahahahahah. Ils ont rit à son discours au type. Ensuite, avec des airs intéressés de spécialistes concernés, ils disaient que les sites allaient fermer pour la Belgique, que la Chine etc etc. Les bouteilles de vin se vidaient sur la table. Ils se baffraient. J'en restais clouée de mutisme sur ma chaise. Le rire fait passer beaucoup de choses. J'adore rire d'ailleurs. Surtout quand on me plante un couteau dans le coeur. Katia me parlait souvent des garçons de la cité qui se moquaient d'elle parce qu'elle faisait la fille-garçon et que ça ne marchait pas. Elle voulait se battre. Elle était émue en parlant de tout ça. Ses parents voulaient la faire soigner de son lesbianisme en la renvoyant en Algérie avec au programme : apprentissage intensif du Coran, enfermement chez un oncle et une tante pour qui elle aurait dû faire la cuisine et le ménage. Mais elle s'est défendue. Ses frères l'ont humiliée, ils lui ont craché dessus. Sûrement qu'ils étaient pervers. Qu'ils devaient rêver sexuellement de leur soeur, qu'ils avaient envie de la prendre, sinon pourquoi un frère cracherait sa salive puante sur le corps de sa soeur ? Thomas, mon grand frère n'a jamais craché sur moi ni même levé la main sur moi. Allah est décidément un sacré lâche, il n'a rien à envier à Buddha, à Jéhovah, à Jésus, à Jean-Paul 2. Un Sacré, oui, mais un sacré lâche. Katia m'a dit : Allah c'est un mensonge des hommes pour tenir les femmes en laisse, pour les baiser et les violenter, qu'elles acceptent leurs délires sexuels. Comme Jésus, il a été inventé pour être interprété à l'infini, par tout le monde, tout le temps partout. A Lourdes il sert à vendre des statuettes, dans les églises, il sert à vous donner bonne conscience. Ou alors aux commères du coin de se réunir pour parler d'un tel. Mon Dieu mais la petite infirmière qui habite en face, elle ne va jamais à l'église non ? Vous l'avez vu une nuit sortir en pleurs ? Je m'étais levée pour aller boire un verre d'eau...N'importe quoi. Katia a une poitrine opulente. Moi qui ai une poitrine ni trop ni pas assez ça me faisait peur. J'ai senti ses seins contre les miens pendant le baiser. Un air triste de guitare seule aurait eu le même effet dans mes oreilles que ce baiser tendre. Il m'a fait du bien. Il m'a donné envie d'aimer les gens. Il m'a donné envie de pardonner mieux que ça à Jean. J'ai eu envie d'attendre encore, d'être dans ses bras. Je ne l'ai pas invitée chez moi. Sinon je crois que dans la ligne de la mélancolie, j'aurais couché avec elle. Avec cette femme. Je lui ai promis qu'on se reverrait. Elle sait. Que je ne suis pas lesbienne. Qu'un Allah est trop petit, trop bas pour moi. Que je ne peux pas. Qu'il faut écouter ce qu'on peut faire et ce qu'on ne peut pas. Que la mélancolie est douce et qu'il faut en faire du sucre dans le sang, en évitant si possible le diabète. J'ai aimé parce que, chez moi, je me suis assise en pleine nuit en regardant un film, un de mes films préférés, In the Mood For Love, et que Katia devait rentrer chez elle, avec en tête ce qu'elle m'a raconté. Et puis j'ai imaginé notre table, avec les tasses des cafés encore fumantes. Mais nous n'étions plus là.
Je mangeais quelques olives en regardant le film. J'aime les olives piquantes. Je me suis souvenue des oliviers au Portugal. Et des serpents dans les rochers qui sautaient parfois au visage des gens, comme des ressorts, il fallait faire attention où on posait les pieds. Et puis j'ai été là pour Jean, je me suis dit. Alors allait-il être là pour moi à une heure du matin ? J'ai appelé. Assise, enfin, affalée je devrais dire dans mon canapé bon marché, j'ai appelé. Sa voix pâteuse m'a fait rire, je le réveillais. Je me suis dit : peut-être que Marc dort à côté de lui. Mais je n'ai pas souffert de cette pensée. J'ai été triste de voir que ça ne me faisait plus mal d'avoir perdu Jean. Bref, il a accepté de me parler, quand je lui ai dit que j'avais du vague à l'âme. Il sait que mon vague à l'âme en fait, il faut comprendre un tsunami à l'âme. C'est trop tard maintenant pour les systèmes de détection, ils sont morts. Des femmes, des enfants, des hommes, ils étaient vivants encore une semaine avant. Où sont-ils passés ? Jean m'a écouté parlé de Katia, il m'a dit qu'il ne voulait plus la voir, elle et Cécile. Il savait qu'elles avaient cassé. Il m'a dit : tu ne vas pas devenir lesbienne quand même ? Je lui ai dit : tu me connais, je ne suis pas lesbienne, tout au plus gay-friendly comme ils disent dans leur communauté. Je ne suis d'aucune communauté, je suis Angéline Fottorino, c'est déjà bien non ? Il m'a dit quelque chose qui m'a fait chaud au coeur, je ne sais pas si c'était sincère ou non mais : C'est beaucoup mieux que tu le penses Angie. Il m'appelle Angie maintenant, à cause de la chanson des Rolling Stones que Tori Amos a reprise dans son maxi de Crucify, j'ai décidé d'avoir tous ses maxis et ses singles. Petit à petit. L'argent que j'avais mis de côté avec Jean pour d'éventuelles vacances va me servir à ça. La vie continue et c'est entièrement de ma faute. Samuel ne reviendra pas. Marie veut que je revoie Jérôme, celui qui ressemble à Anthony Edwards. Je suis allée chercher une photo de cet acteur sur le net. Comme quoi on peut être pas beau et être sexuellement attractif. Autrement, dans ce dîner de syndicalistes, il y a eu un intermède "religion". Vous savez ça se passe par intermèdes dans la société. Ils sont comme ça, avec beaucoup de limites, ils sont coincés dans le regard des autres. C'est triste. Donc le gros du cassoulet dit : moi une voyante m'a dit que j'étais très protégé, que je pouvais faire des choses qui passent et que tout le monde ne pouvait pas faire. Un autre a dit : moi aussi comme si c'était un fait avéré et vérifié. Résultat, quatre mois plus tard, le gros avalait de la soude, appelait gendarme, ex-femme et collègues pour leur dire qu'il allait mourir. Et il est mort. Ahahahahahahahah.
Angéline.



